Pierre Jestin, la planète avant tout
By DOSSIER DE LA REDACTION
02/28/2012 14:10
Candidat Europe Ecologie Les Verts (EELV), Pierre Jestin a vécu en Angleterre, en Israël, puis en Italie ou il réside encore aujourd’hui. Ses deux mots d’ordre : respect de l’environnement et justice sociale
Pierre Jestin Photo: Pierre Jestin
Pierre Jestin vient du monde militant. Dans son enfance, il est frappé par les
centaines d’oiseaux morts sur les plages de sa Bretagne natale du fait des
marées noires, puis par le combat citoyen mené contre le nucléaire dans la
région. Né à Brest en 1968 dans une famille modeste, il fait des études
économiques à Paris puis entame un doctorat sur la répartition des richesses,
qu’il ne finira pas. Etudiant, il milite à SOS Racisme et au PS, est élu au
Crous et dans les assemblées étudiantes. Il part outre-manche exercer plusieurs
métiers qui gardent pour point commun la transmission de la langue et de
l’économie. Aujourd’hui, à Milan, il est consultant indépendant, enseigne le
français des affaires et le français à l’Université. Lassé du climat pluvieux
britannique, il partira un an en Israël, volontaire dans les kibboutzim. Le
soleil méditerranéen l’attire, il a envie d’apprendre l’hébreu et de découvrir
une société. Il explique qu’un sentiment de dette envers les Juifs l’animait
également, lui le Français dont le pays a collaboré avec le régime nazi. Puis
l’amour le retiendra en Italie.Avec sa femme, il y élève aujourd’hui ses
deux enfants.
Français de l’étranger, il est très attaché à la
bi-nationalité et au rayonnement de la culture française. Il ne s’agit pas de
chauvinisme, explique-t-il, mais d’ouverture d’esprit et de promotion de la
diversité qui font la richesse humaine.
Son programme politique, aligné
sur celui des Verts, promeut l’accès à l’enseignement en langue française pour
les Français de l’étranger. Il souhaite développer le programme FLAM
(consolidation du français langue maternelle), une initiative du ministère des
Affaires étrangères qui n’existe pas en Israël à l’heure actuelle, et qui permet
aux enfants de garder le contact avec la langue française quand on vit à
l’étranger. Il est contre la double imposition des Français de l’étranger,
proposée par des députés de droite comme de gauche. Une mesure d’autant plus
injuste, selon lui, que les expatriés et ressortissants payent souvent une
lourde contribution dans leur pays de résidence, sans bénéficier des mêmes
avantages sociaux qu’en France.
Pas d’amalgame entre Verts et Front
national
Pierre Jestin a conscience que l’écologie est sans doute moins
prioritaire pour les Français d’Israël que dans d’autres pays. Mais, insiste-il,
le Proche-Orient est hautement concerné par les questions de partages des eaux.
Si une crise hydraulique survenait, c’est l’ensemble de la région qui serait
menacée. Il rappelle également les difficultés d’irrigation du Néguev et du lac
de Tibériade. L’écologie, c’est l’avenir, martèle-t-il. Quant au conflit
israélo-palestinien, Jestin se prononce pour une solution à deux Etats
souverains, côte à côte. Pour lui, le droit israélien à la sécurité est
fondamental, mais la paix passe par la reconnaissance d’un Etat palestinien. A
ceux qui écartent d’emblée le parti des Verts en raison de son ralliement à la
cause palestinienne, il réplique que la position française à l’égard du conflit
a très peu évolué depuis 40 ans, quel que soit le parti au pouvoir. Il n’est
donc pas du ressort des députés, selon lui, de trancher sur cette question de
politique étrangère. Et de s’agacer de l’amalgame entre les écologistes et le
Front national, pointés par certains, comme des “partis d’extrême”. Les
Verts, souligne-t-il, défendent la liberté d’expression, le débat démocratique
et la solidarité.
Avec peu de moyens à sa disposition, “contrairement aux
millions d’euros du PS et de l’UMP”, Pierre Jestin financera lui-même sa venue
en Israël en mai prochain, “après l’élection présidentielle”. Ce sont Pâques et
Pessah qui l’empêchent de se déplacer plus tôt. Laïc, le candidat respecte
néanmoins les traditions religieuses de chacun. Ses valeurs à lui sont celles de
la République sociale et universelle.
Parviendra-t-il à convaincre les
Français d’Israël, au vote décisif pour la 8e circonscription ? Réponse en
juin.
■ Quel est votre principal trait de caractère ? La
générosité.
■ Hormis vous, quel candidat est le plus adapté ?
Personne.
■ Que vous a toujours reproché votre mère ? Mon indépendance
d’esprit.
■ Le pays où vous souhaiteriez vivre ? J’aimerais retourner
vivre en Israël, dont je garde un souvenir inoubliable. Ou encore en Amérique du
Sud.
■ Qu’est-ce qui vous tire du lit le matin ? Le soleil, quand il
brille. Et mes enfants. Ce sont eux, en général, qui me réveillent et nous
jouons un peu avant que je parte au travail.
■ Qu’est-ce qui vous tient
éveillé la nuit ? La campagne électorale.
■ Quel est votre artiste
préféré ? Bach. Ari Folman et Edgar Keret, pour les Israéliens.
■ Quel
Israélien mériterait qu’on lui consacre un film ? Le chat du rabbin. Plus
sérieusement, Amos Oz ou Joseph Cedar.
■ Que changeriez-vous chez les
Israéliens si vous le pouviez ? Rien.
■ Que changeriez-vous chez les
Français si vous le pouviez ? J’aimerais que les Français soient plus ouverts
sur le monde. Qu’ils fassent réellement preuve de la fraternité universelle dont
il est question dans les textes fondateurs de la République.
■ Quel
conseil donneriez-vous à un nouveau venu en politique ? Je lui dirais de faire
preuve de détermination et de confiance en soi. Il en faut pour survivre dans
cet univers impitoyable. Je lui conseillerais également de s’entourer de
personnes fiables et aimantes, avec qui il apprécie travailler. La beauté en
politique, c’est l’énergie et l’action collective.
■ Donnez-nous une
bonne raison de ne pas entrer en politique.
La politique est une passion
un peu triste. C’est une lutte permanente, on est dans la confrontation et le
conflit. Il est parfois difficile de rester léger et aimant dans cet
univers.
■ Quel est votre modèle ? Nelson Mandela.
■ Vous êtes
plutôt ipad, Blackberry, ou papier et crayon ? Je suis partisan des deux. J’aime
beaucoup le papier et le crayon, mais je vis avec mon temps donc j’ai adopté la
technologie. Internet permet une ouverture démocratique incroyable, comme on l’a
vu récemment avec le printemps arabe. Mais je trouve important également que les
jeunes gardent le contact avec le manuscrit.
L’écrit permet d’aborder la
réflexion, la profondeur, choses que la culture du “zapping” a tendance à
occulter.
■ Quel est votre souvenir d’enfance le plus marquant ? Les
oiseaux marins morts sur les plages de Bretagne.
Nous les ramassions,
agonisants, recouverts de pétrole et on ne pouvait plus rien faire pour eux. Les
manifestations contre le nucléaire, également. Dans les années 1970, le
gouvernement a tenté d’imposer le nucléaire en Bretagne, et des dizaines de
milliers de personnes ont manifesté tous les week-ends, jusqu’à ce que le projet
soit abandonné. Aujourd’hui encore, il n’y a pas de nucléaire en Bretagne. La
région n’en a pas besoin.
■ Qu’est-ce que personne ne sait de vous ? Je
n’ai rien à cacher.
■ Ce que vous détestez par-dessus tout ? Le racisme,
l’antisémitisme et la xénophobie.
■ Le personnage historique que vous
méprisez le plus ? Tous les dictateurs, Hitler, Mussolini, Staline. Les
personnages qui encouragent la violence gratuite.
■ Le fait militaire que
vous admirez le plus ? La Résistance contre l’occupation nazie.
■ La
réforme que vous estimez le plus ? L’abolition de l’esclavage.
■ Le
talent que vous auriez aimé avoir ? Pouvoir voler. Et savoir bien jouer du
piano.
■ Quelle aurait été votre profession en 1912 ? J’aurais été
aventurier. Un peu comme Tintin.
■ Baguette ou pita ? Pita pour aller
avec le houmous, qui est l’un de mes plats favoris. Mais j’adore aussi une
baguette avec du miel.
■ Votre état d’esprit présent ? Je suis combatif
et déterminé. Je suis également heureux d’échanger et de dialoguer. Je conçois
la politique comme une manière de partager, de trouver des compromis
ensemble.
■ Quelles sont les fautes qui vous inspirent le plus
d’indulgence ? Celles qui sont liées à l’amour.
■ Le slogan qui
résumerait votre programme politique ? Ensemble pour un avenir juste et
solidaire.
■ Votre devise dans la vie ? En renonçant à l’impossible, l’on
finit par renoncer à tout. Je trouve d’ailleurs que cette phrase s’applique bien
aux Israéliens. Il y a une énergie très forte dans ce pays.