Quelles sont les qualités requises pour réussir en
amour ? Communication, compromis, respect, compliments, capacité de résoudre
des conflits et attentes réalistes. Ce qui est vrai entre des époux l’est
également pour des partenaires politiques. Le Premier ministre Binyamin
Netanyahou et le leader de Kadima Shaoul Mofaz se chamaillaient méchamment
jusque récemment.
Mais mardi 8 mai, lors de la conférence de presse pour annoncer la formation
d’un gouvernement d’union, les deux dirigeants rivalisaient d’amabilité. Reste
que les familles des deux partenaires, le Likoud et Kadima, mettront du temps à
s’adapter à cette nouvelle relation, imposée par surprise. Chacun des leaders a
obtenu l’accord de son parti assez facilement, mais des deux côtés, le
scepticisme va bon train. L’accord de coalition stipule que Kadima restera au
gouvernement jusqu’à la fin du mandat officiel, le 22 octobre 2013. Mais une
clause de sortie est prévue si les objectifs mutuels n’étaient pas atteints.
Comme dans tout mariage, des épreuves seront à surmonter et des pièges à éviter.
Lesquels ? Quatre datesclés à retenir.
23 juin : socio-économie
Les manifestations de l’été dernier ont commencé en
période de vacances universitaires et se sont achevées à la reprise des cours.
Une nouvelle protestation a déjà eu lieu samedi 12 mai, mais les choses
devraient s’intensifier à partir de samedi 23 juin, le week-end de fin de
semestre. Pendant ses 43 jours en tant que chef de l’opposition, Mofaz avait
fait le voeu de conduire la nouvelle protestation socio-économique prévue pour
cet été. Mais désormais, plutôt que de la mener, il risque fort d’en être la
cible privilégiée et de se retrouver acculé par la pression.
L’accord de coalition prévoit que les deux partis travaillent ensemble au
budget 2013, qui devrait allouer davantage de prestations sociales. Ce qui
relèvera de l’exploit puisque, avec la crise économique mondiale, les
exportations israéliennes ont été revues à la baisse et les caisses de l’Etat
ont diminué. Ce budget risque ainsi d’être le plus serré que ce gouvernement
ait jamais connu. Il devra d’abord passer l’épreuve du cabinet ministériel cet
été, puis une première lecture à la Knesset en octobre et une présentation
finale à la fin de l’année. A ce titre, la décision de l’agence Moody de
baisser la note de crédit israélienne la semaine dernière n’est pas de bon
augure.
1er août : État et religion
La loi Tal a été déclarée inconstitutionnelle en
février dernier par la Cour suprême. Le gouvernement a désormais jusqu’au 1er
août pour proposer une alternative.
Kadima se réserve le droit de quitter la coalition si la loi n’est pas réformée
d’ici là. Les parlementaires de Kadima ont mis Mofaz en garde : une rébellion
massive du parti est à prévoir en cas de promesse non tenue.
Le président de la coalition, Zeev Elkin, architecte de l’accord avec Kadima,
s’est dit confiant quant aux chances de succès. Ce qui devrait malgré tout se
révéler compliqué, vu que les 16 élus Shas et Judaïsme unifié de la Torah
s’opposeront aux 43 parlementaires Kadima et Israël Beiteinou, dont la réputation
dépend de la réussite de cette réforme militaire.
Selon Elkin, les partis ultrareligieux devraient voter contre la réforme mais
rester dans la coalition. Un facteur important pour Netanyahou : le Premier
ministre voudrait continuer à gouverner avec les partis haredi pour la
prochaine Knesset.
Quant à Mofaz, selon ses collaborateurs, contrairement à Livni, le nouveau chef
de Kadima n’a pas exigé la sortie des partis religieux du gouvernement comme
condition préalable pour rejoindre la coalition. Il entretient en outre de
bonnes relations avec le président du Shas Eli Yishaï et de Judaïsme unifié de
la Torah, Moshé Gafni, ce qui devrait faciliter un compromis.
7 novembre : diplomatie
Voilà plus de 20 ans que les experts qui analysent le
comportement de Netanyahou lui prédisent un virage à gauche. Virage aujourd’hui
possible après la mort de deux idéologues de droite à forte influence sur le
Premier ministre : son beau-père, Shmouel Ben Artzi, décédé le 9 novembre
dernier à l’âge de 97 ans et son père, Benzion Netanyahou, à l’âge de 102 ans,
le 30 avril dernier.
A peine relevé de la Shiva, le Premier ministre entamait les démarches pour
former un gouvernement d’union nationale, négociant un accord qui oblige le
gouvernement à prendre des mesures significatives en faveur du processus de
paix. Même si les progrès de ce dernier dépendent bien davantage de l’issue des
élections américaines ou du scrutin - encore non programmé - de l’Autorité
palestinienne, que des élections israéliennes qui n’auront finalement pas lieu
cette année.
L’administration du président Barak Obama a radicalement diminué la pression
sur Israël quant à la question palestinienne ces derniers mois. Les Américains
ont-ils tiré les leçons des couacs de début de mandat ? Serait-ce le refus des
Palestiniens à retourner à la table des négociations ? Ou encore les élections
approchant et le souci de ne pas perdre l’électorat juif ? Les stratèges de
Netanyahou penchent pour la troisième hypothèse. De même qu’ils croient à la
victoire renouvelée d’Obama et à une reprise de la pression diplomatique une
fois la campagne achevée.
Mofaz, lui, a exprimé son admiration pour Obama et pourrait aider à pousser
Netanyahou de l’intérieur, comme le ministre de la Défense Ehoud Barak l’avait
déjà fait en 1999.
Selon Elkin, les politiques de droite devraient se réjouir de l’actuelle
alliance avec Kadima. Certes, la coalition s’est ouverte au centre, mais elle
aurait pu virer encore plus franchement en cas d’élections anticipées et de
nouveau gouvernement.
31 décembre : politique
Selon l’accord conclu entre le Likoud et l’ancien parti
d’opposition, la réforme du système électoral doit avoir lieu avant la fin de
l’année. Faute de quoi, Kadima s’en ira. Les principaux donateurs de Mofaz à Los Angeles, la famille
Nazarian, sont également les fondateurs du Centre de responsabilisation
citoyenne en Israël, un groupe qui milite pour changer le système.
Et la question s’est également retrouvée au premier plan depuis que deux des
critiques les plus virulents de Netanyahou l’ont soulevé : l’ancien chef du
Mossad, Meir Dagan, et le leader du nouveau parti Yesh Atid, Yaïr Lapid.
Le groupe de lobbying de Dagan, Yesh Sikuï, est conseillé par le même stratège
que Mofaz, Lior Chorev.
Mofaz s’est vu recommander de se cantonner à des questions consensuelles,
faciles à faire adopter, telles que renforcer les branches exécutives et
législatives et modifier le système de nomination des ministres. Lancer de
grandioses initiatives, comme par exemple des élections régionales directes
pour la moitié de la Knesset, serait malvenu. Une idée pourtant défendue par
Mofaz durant sa campagne, mais qu’il ne semble plus avoir à cœur de promouvoir
désormais. En outre, les partis Shas, Israël Beiteinou et Hatsmaout
(Indépendance) sont farouchement opposés à une telle mesure. Et Mofaz ne sera
que trop heureux d’être perçu comme un stabilisateur de la vie politique tout
en maintenant la coalition intacte.
Avoir à sa disposition une large coalition de 94 parlementaires permettra en
outre à Netanyahou de construire de mini-alliances sur certaines questions-clés
et faire passer toutes les mesures qu’il souhaitera, se reposant
essentiellement sur les trois principales factions : le Likoud, Kadima et
Hatsmaout. Ensemble, les trois partis disposent de 61 élus, une majorité à la
Knesset.
S’ajoute aux précédentes une dernière date-butoir pour Netanyahou que personne
n’évoque encore : le 9 novembre. A compter de ce jour-là, le Premier ministre
dépassera les 2 432 jours de mandat de l’ancien Premier ministre Itzhak Shamir,
et arrivera en seconde position derrière David Ben Gourion. Le premier Premier
ministre d’Israël était resté en poste pendant 13 ans, près de deux fois plus
longtemps que Netanyahou. Mais avant de s’approcher de ce record, une longue
route reste encore à faire pour Netanyahou: de nombreux défis et, sans aucun
doute, d’autres mariages politiques à venir.