D’abord, il a consacré presque tout son temps à la défense et aux affaires
étrangères. Puis il s’est logé dans un gratte-ciel étincelant d’où la classe
ouvrière que son parti social-démocrate prétendait représenter paraissait
encore plus petite que son intégrité.
La manière dont Barak traitait les autres n’était qu’une farce.
Pourvu des qualités relationnelles d’une chauve-souris, il a réussi à s’aliéner
presque tous ceux qui ont travaillé avec lui, des assistants, collègues et
militants à des généraux, en passant par les ministres et autres pontes
médecins.
L’homme qui n’a rien appris et rien oublié, a, en tant que Premier ministre,
attribué des fonctions bizarres : à Shlomo Ben-Ami, l’intellectuel, au poste de
ministre de la Sécurité intérieure, ou au conflictuel Yossi Sarid, au ministère
de l’Education. Il a aussi laissé la Banque d’Israël sans gouverneur pendant
des mois. Et réussi, pendant une décennie, à être en conflit avec un chef de
Tsahal avant de nommer celui rejeté par les décisionnaires, et dans
l’intervalle, à en installer un autre, temporairement, bricolant ainsi avec le bureau
le plus sensible sous sa juridiction, comme si c’était un jouet.
Tout cela, bien sûr, sans parler du fait que sous sa houlette, le Parti
travailliste s’est retrouvé diminué de moitié, réduit à sa formation la plus
exiguë, à tout juste un dixième de l’électorat. Que Barak ait été un désastre
politique est donc incontestable. La question est : pourquoi ? Etait-ce son
seul trait de caractère ou cette sous-performance cache-t-elle autre chose ?
Séparation du pouvoir et du militaire
Deux éléments ont inspiré la carrière
politique de Barak : sa profession et le zeitgeist (l’air du temps).
La présence de sa profession, commandant militaire, en politique, est propre à
Israël.
Nulle part ailleurs dans le monde libre, l’organe législatif est tant submergé
de généraux à la retraite.
En Grande-Bretagne, l’idée de voir, disons, Bernard Montgomery, prendre les
commandes de l’exécutif, n’a jamais traversé un esprit sain. Eisenhower et de
Gaulle étaient certes des militaires de carrière devenus d’emblématiques dirigeants
nationaux, mais il s’agit-là d’exceptions. La règle veut que les généraux
n’embrassent que rarement la politique occidentale et encore moins les postes
de ministre de la Défense et de chef d’état-major.
Aux Etats-Unis, en nommant George Marshall secrétaire à la Défense en 1950, le
Congrès a certifié que c’était une exception : « Le présent acte ne saurait
être interprété comme une approbation du Congrès à de futures affectations de
militaires au bureau du secrétariat de la Défense. Le Congrès stipule qu’à la
fin du mandat du général Marshall, aucune autre attribution de militaires à ce
bureau ne sera approuvée. » Pourquoi ? Parce que quand un général supervise le
chef d’étatmajor, il devient de facto chef d’état-major, qui, mécontent,
devient frustré et même dangereux.
Cette sagesse d’école est nulle et non avenue en Israël. Nous avons eu trop de
généraux en politique, en général, et en tant que ministres de la Défense en
particulier.
Et puis, il y a l’air du temps.
Ehoud Barak est le pur produit de l’arrogance de l’Israël post-67.
Il a vraiment cru, et sans doute le pense-t-il encore, qu’il est supérieurement
intelligent à tous ceux qui l’entourent, et qu’il lui suffit de lancer un petit
os, un titre pompeux pour l’un et pour l’autre, un petit budget, pour les
calmer, tandis que Lui, mène sa barque - seul, rapidement, ingénieusement, et
avec brio.
Il y avait aussi eu le temps de l’alter ego de Barak : Moshé Dayan. Ou pire
encore, le temps mauvais, fanfaron, bravade, hypocrite et cynique, où le chef
de l’étatmajor n’était autre que Shaoul Mofaz, également engagé sur la voie de
notre dépotoir politique.
Il est heureux que cette époque prenne fin.
Espérons que le départ de Barak posera un jalon sur
la route du retour vers la sensibilité sociale, la sincérité idéologique et
l’humilité politique.