J.P. L’ancienne secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a écrit dans son
livre l’année dernière que vous lui avez dit, ainsi qu’aux Palestiniens, de ne
pas signer d’accord avec l’ancien Premier ministre Ehoud Olmert et d’attendre
que vous soyez élue, car il n’aurait pas eu « le soutien nécessaire » en
Israël.
T.Z. : Ce sont des aberrations. Je suis désolée, mais c’est la seule réponse
que je peux vous donner. C’est n’importe quoi ! Un mensonge ! Je me suis
entretenue avec Condi après la publication. J’ai également rencontré Abou Mazen
(Abbas) et lui ai demandé : l’ai-je vraiment dit ? Il m’a répondu non et je lui
ai demandé de le dire publiquement, car ma parole a été mise en doute.
Ouzi Arad lui-même a déclaré, après avoir pris connaissance du détail des
négociations, que je représentais les intérêts de la sécurité nationale
israélienne au cours des pourparlers.
Je suis donc la dernière personne qui aurait pu dire aux Palestiniens : « vous
pouvez en obtenir davantage ». Pendant les discussions entre Abbas et Olmert,
je leur ai moins cédé que ce qui était de fait sur la table.
J.P. : Accepteriez-vous la demande palestinienne de reprendre les négociations
là où Olmert les a laissées ? T.L. : Non. Les Palestiniens pensent qu’ils
peuvent récupérer n’importe quelle offre israélienne et dire « commençons de là
». C’est inacceptable. Je n’ai pas apprécié qu’ils aillent aux Nations unies
mais ils en ont manifestement retiré quelque chose. Alors qu’ils oublient leurs
préconditions et relancent les pourparlers.
Cela me dérange que Netanyahou et d’autres élus de droite pensent que j’ai tout
cédé à la table des négociations et que j’étais très faible. C’est faux. Le
lieu pour défendre les intérêts israéliens, c’est justement la table des
négociations.
Regardez la situation maintenant, après quatre ans de stagnation et d’impasse.
Les Palestiniens ont deux Etats : « Hamastan » à Gaza, qui s’est vu assurer une
légitimité grâce à Netanyahou, un fait inacceptable à mes yeux, et un nouvel
Etat reconnu par l’ONU.
Ils ont donc deux Etats pour un peuple dans la bande de Gaza et en
Judée-Samarie, parce que nous ne défendons pas les intérêts israéliens. Lors
des négociations, il était clair que l’Etat palestinien serait démilitarisé,
qu’il ne correspondrait pas aux lignes pré-1967 et qu’il signerait la fin du
conflit.
J.P. : Ehoud Olmert a offert la totalité de la Judée- Samarie, avec des
échanges de terres. Feriez-vous de même ? T.L. : Je ne parle pas d’échanges de terres
mais de compensations. Ceux qui rêvent de refaire l’histoire et de retourner à
juin 1967 doivent savoir qu’il n’y avait pas, à l’époque, de lien entre la
Judée-Samarie et la bande de Gaza.
Il faut pouvoir exprimer l’idée d’un Etat palestinien unique de façon
différente. De l’avis général, si nous conservons les blocs d’implantations, il
faut donner une compensation.
Mais je ne dirais pas à l’avance que le ratio doit être d’un pour un. Ce n’est
pas ce que j’avais offert.
Sur la question des réfugiés, je suis parmi les plus extrémistes en Israël car
je crois que chaque Etat doit répondre aux aspirations de son propre peuple.
Israël a servi de refuge aux Juifs venus des pays arabes, il n’est donc pas une
option pour les réfugiés palestiniens. C’est l’Etat palestinien qui doit
répondre aux aspirations nationales palestiniennes, pas Israël. Contrairement
donc à ce que Netanyahou et d’autres disent de moi, je ne ferai pas de
compromis sur la sécurité. Après quatre ans de Likoud, il y a une érosion de la
position israélienne.
J.P. : Construirez-vous dans la zone E1 ? Fera-t-elle partie de votre frontière
? T.L. : E1 est disputé, non pas entre Israël et les Palestiniens, mais entre
Israël et le monde entier, y compris les Etats-Unis. On n’y construira pas pour
l’instant. Ce qu’a fait Netanyahou, c’était une déclaration politique p o u r
gagner le soutien de la droite, et Israël en a payé le prix.
Nous établirons les frontières à la table des négociations en essayant de
permettre au plus d’Israéliens possible de rester, mais je ne vais pas décider
de cela ici, avec vous. Seulement lors des négociations.
J.P. : Comment pouvez-vous espérer que les électeurs de Tel-Aviv votent pour
vous alors que des roquettes sont tombées dans le centre, parce que Kadima
s’est retiré unilatéralement de la bande de Gaza ? T.L. : Je n’ai jamais promis
à qui que ce soit un conte de fées où « ils vécurent heureux et eurent de
nombreux enfants ». Je ne veux pas épouser les Palestiniens. Je veux divorcer
d’avec eux. La palette de choix existant au Proche- Orient, en particulier pour
Israël, va souvent de Charybde en Scylla. Oui, nous nous sommes retirés de Gaza
et oui, nous avons eu le Hamas en retour. Je pense qu’il faut agir fermement et
user de force militaire contre le Hamas. A ceux qui disent aujourd’hui que le
désengagement était une erreur, je réponds : voulez-vous vraiment aller
replanter le Goush Katif ? Pensez-vous vraiment que les habitants
d’implantations qui y vivaient nous protégeaient ? Dois-je vous rappeler
qu’avant le retrait, nous étions malgré tout attaqués depuis la bande de Gaza ?
Les implantations font partie de cette vision du Grand Israël, du peuple juif
retournant sur sa terre natale et des implantations destinées à occuper toute
la terre. Certains Israéliens croient toujours à cette idée. Très bien. Mais la
vaste majorité d’entre nous aspirent à deux Etats. Lorsque Netanyahou parle de
la solution à deux Etats, il doit également rappeler que les implantations
desservent cette idée. La sécurité doit passer par le renforcement de l’effet
de dissuasion. L’idée est d’avancer avec Abou Mazen sur un accord. Nous devons
isoler Gaza, mais le gouvernement actuel lui donne au contraire une légitimité
et isole Israël.
Nous ne pouvons pas nous le permettre.
J.P. : Contrairement à Shelly Yacimovich, vous continuez à critiquer les partis
de votre bloc. Pourquoi ? T.L. : J’espère qu’en créant ma formation, davantage
d’électeurs iront voter. Les gens me disaient qu’ils ne se reconnaissaient en
personne. Ils ne sont pas socialistes et ne peuvent donc pas voter pour les
Travaillistes, mais ils ne se sentent pas non plus représentés par Lapid. Je ne
critiquerai pas Yacimovich ou Lapid, ni ne les attaquerai personnellement, mais
nous dirons très clairement que ce que nous représentons n’existe pas ailleurs
dans les partis qui devraient dépasser le seuil électoral (deux mandats).
Si Kadima était encore un grand parti, je serais restée dans ma famille
politique. Je suis retournée en politique parce qu’il y avait un vide et que
Kadima a cessé d’exister. Pas à cause de moi, mais parce que les électeurs de
Kadima ne pouvaient plus voter pour le parti après les primaires. C’est
pourquoi j’ai fait le choix de former un nouveau parti.