Le taux de participation
en Israël par rapport aux Etats-Unis ou en Suisse est élevé, mais toujours
inférieur à celui de nombreux pays européens comme l’Italie, où le vote était
autrefois obligatoire, la Belgique, où il l’est encore, l’Allemagne, les
Pays-Bas et la Scandinavie. Cette dernière décennie a enregistré une diminution
inquiétante de la participation électorale, d’environ 80 % en 1996 à 65 % lors
des dernières élections. Un faible taux de participation est souvent le
résultat d’un espoir déçu, ou tout simplement d’une indifférence. Pour le
sociologue Robert Putnam, la télévision pourrait être la cause d’une baisse de
l’engagement civil, illustré par un faible taux de vote. Dans les années 1950
et 1960, regarder le petit écran est rapidement devenu la principale activité
des pays développés. En Israël, les multi-chaînes ont fait leur apparition dans
les années 1990. La télévision a remplacé les différents divertissements
sociaux, tels que les clubs de bridge, les groupes cultuels ou des clubs de
bowling. Putnam expose dans son livre, Bowling Alone : The Collapse and Revival
of American Community (Jouer au bowling seul, chute et renaissance de la
société américaine, non traduit en français), que les gens se sont peu à peu
retirés dans leurs maisons et que la participation sociale a globalement
diminué, tout comme le taux de vote. Le meilleur remède à ce phénomène décrit
par Putnam est de sortir et de s’impliquer davantage. Le Jerusalem Post, l’AACI
et la Grande Synagogue de Jérusalem ont récemment organisé une série de débats
en ce sens. Prendre part à ces rencontres - à Netanya, Tel-Aviv, Raanana et
Jérusalem - peut contribuer à renforcer le sentiment de devoir civique et la
motivation de se rendre aux urnes.
A quoi bon ?
Un autre facteur contribuant à
une faible participation : le sentiment chez le citoyen que son vote n’aura pas
d’impact réel. Amnon Rubinstein et Adam Wolfson, dans leur livre Absence of
Government: How to Rectify the System (L’absence de gouvernance : Comment
rectifier le système) ont averti que le fort pourcentage de décisions
gouvernementales non appliquées peut créer une indifférence chez les citoyens.
Si le gouvernement n’est pas capable de donner suite aux décisions qu’il prend,
pourquoi prendre la peine de voter ? Selon une étude réalisée en 2005 par Doron
Navot et Rehes Eli, 70 % des décisions du gouvernement israélien - allant des
logements publics à la privatisation des ports maritimes, des réformes de
Compagnie d’électricité israélienne à la construction d’un tramway à Tel-Aviv -
sont restées lettre morte. Le dernier facteur contribuant à la faible
participation électorale relève d’une piètre opinion des hommes politiques.
Tout récemment, Youval Diskin, ancien chef du Shin Bet, a par inadvertance
exprimé publiquement ce sentiment quand il s’est plaint de la « crise du
leadership. » Selon le chroniqueur de Sof Hashavoua et du Jerusalem Post Ben
Caspit, au cours d’une réunion à huis clos avec des amis, Diskin a défendu le
vote blanc en signe de protestation. «Le vote blanc m’apparaît de plus en plus
comme une bonne option, qui pourrait être une forte déclaration, si beaucoup de
gens le choisissait,» a-t-il déclaré. «Nous devons trouver un moyen d’effectuer
un profond changement dans notre pays.» Avec la coalition de droite du Premier
ministre Binyamin Netanyahou en tête dans tous les sondages, la plupart des
partisans de la gauche ou centre-gauche ont sombré dans le désespoir et renoncé
à la possibilité d’un changement politique, alors que beaucoup à droite ou au
centre-droite de l’échiquier chérissent l’idée que le gouvernement actuel
poursuive son mandat. En conséquence, il existe un réel danger que le taux de
participation soit encore plus faible que les années précédentes, lorsque la
concurrence était étroite et que les électeurs sentaient que leur vote ferait
la différence. Ne pas voter dénote un manque d’appréciation de ce cadeau qui
est la démocratie. Le fondement même de tout le processus démocratique est le
droit de vote. Les électeurs ont l’obligation civique de s’informer sur les
enjeux et les programmes des partis en lice pour la Knesset. Aucune démocratie
n’est parfaite. Il existe des bons et des mauvais politiciens partout. Mais ne
pas prendre la peine de se rendre aux urnes ou voter blanc ne fait qu’octroyer
plus de pouvoir aux autres. En moyenne, ces voix non utilisées ont un potentiel
de 15 sièges à la Knesset. Ce potentiel ne doit pas être gaspillé sous couvert
d’indifférence ou de pessimisme.