T el-Aviv – Hôtel Dan Panorama. Cinq candidats
sont venus débattre de l’économie au cours d’un événement organisé par la
Chambre de commerce, jeudi 3 janvier. Etaient présents : Shelly Yacimovich
(Avoda), Yaïr Lapid (Yesh Atid), Avigdor Liberman (Israël Beiteinou), Tzipi
Livni (à la tête du parti à son nom) et le ministre des Finances, Youval
Steinitz (Likoud). Une pléthore de stars politiques, donc, pour venir discuter
de l’avenir de la classe moyenne, des petites et moyennes entreprises (PME), de
la fiscalité et des dysfonctionnements du système politique israélien devant un
parterre d’entrepreneurs et d’hommes d’affaires. Pour Lapid, la hausse des taxes
entrée en vigueur le 1er janvier illustre une absence de priorités du
gouvernement. « La classe moyenne est devenue la vache à lait du Premier
ministre Binyamin Netanyahou », a lancé l’ancien journaliste. Et de critiquer
la hausse des impôts tandis que plusieurs budgets ne sont pas réévalués :
salaires extravagants des travailleurs portuaires d’Ashdod, subventions à la
communauté haredi et mauvaise gestion du secteur public. « Comment osent-ils
siéger avec 34 ministres et vice-ministres puis se tourner vers la classe
moyenne en affirmant qu’ils vont leur ponctionner 1 800 shekels supplémentaires
? », s’est indigné Lapid. Les ministres sans portefeuille coûtent 60 millions
de shekels au contribuable, a-t-il continué, l’équivalent de ce que sollicitent
les parents d’autistes en aides sociales. Le système politique est en partie à
blâmer, a plaidé Lapid, en citant l’exemple du parti Shas qui accapare les
fonds publics pour son propre électorat. « C’est ce que je veux être : le Shas
de la classe moyenne », a-t-il conclu. L’ancien ministre des Affaires
étrangères Avigdor Liberman était d’accord pour déclarer le système politique
responsable de la mauvaise gestion économique. Et de pointer du doigt le seuil
parlementaire qui, très bas, fait entrer de très nombreux partis à la Knesset
et rend la gouvernance difficile. Selon les sondages, a-t-il rappelé, 14
formations obtiendront des fauteuils de députés le 22 janvier prochain. « Je ne
dis pas que nous serons comme les Etats-Unis avec deux partis – notre
démographie et notre sociologie ne le permettent pas – mais cinq ou six
seraient largement suffisants ». De son côté, Yacimovich a voulu répondre aux
fréquentes critiques de Steinitz sur le programme économique des Travaillistes
qui, selon le ministre, fera fuir les investisseurs étrangers et détruira la
croissance. « Notre plan n’augmentera pas les impôts des petites et moyennes
entreprises. Au contraire, nous leur faciliterons la vie », a-t-elle lancé au
Likoudnik. « Les très grandes entreprises payent entre 2 et 9 % de taxes,
tandis que les PME payent la tranche maximale. Ce n’est pas logique et c’est
inacceptable », a-t-elle fait savoir. S’exprimant à sa suite, le ministre des
Finances a renchéri, avec toujours Yacimovich en ligne de mire. « Je ne sais
pas ce qui est le plus incroyable : promettre de dépenser 140 milliards de
shekels ou bien voir une personne qui n’a jamais rien dirigé, pas même la
commission parlementaire des finances, et sans aucune expérience sécuritaire
devenir Premier ministre », a-t-il déclaré.
Livni renvoie capitalisme et
socialisme dos-à-dos
Livni, elle, s’est fendue d’une approche très différente.
La priorité économique consiste, selon elle, à faire la paix avec les
Palestiniens. « A mes yeux, le plus important pour l’économie et pour les disparités
sociales, c’est un accord », a-t-elle expliqué avant de tacler la politique du
Premier ministre Binyamin Netanyahou, qui, selon elle, isole l’Etat hébreu sur
la scène internationale. Et de poursuivre : le budget du pays est « mal dirigé
», vers les implantations et les ultra-orthodoxes, a-t-elle ajouté. « On
dépense de l’argent pour déplacer les gens d’une colline à l’autre sur des
lieux dont nous savons, malheureusement, et je répète, malheureusement, qu’ils
ne feront pas partie du futur Etat d’Israël ». Livni s’est également prononcée
pour la lutte contre la concentration de marché, mais contre l’incitation à
l’égard des chefs d’entreprise eux-mêmes. La candidate centriste prône une
approche médiane : protection des travailleurs, mais sans supervision
gouvernementale rigide ; libre-concurrence, mais intervention étatique en cas
de défection des marchés. Elle a ainsi cité les cinq droits de base qui doivent
être fournis selon l’idéologue et leader révisionniste Zeev Jabotinsky : se
nourrir, se loger, se vêtir, se soigner et étudier. Ce à quoi elle a ajouté la
sécurité. « Je ne crois pas au capitalisme à la Netanyahou, sans aucune
régulation gouvernementale, mais je suis également opposée au socialisme à
l’ancienne que promeut Shelly Yacimovich ». L’assistance, très en verve, ne
s’est pas gênée pour mettre les intervenants en difficulté, sifflant et huant
sans vergogne. L’appel de Liberman, pour que le gouvernement reste à l’écart du
secteur privé, a suscité les applaudissements d’une seule personne, tandis que
la plaidoirie de Yacimovich pour une égalité sociale a soulevé l’enthousiasme
du public. Le seul qui ne semblait pas vouloir se départir de sa réserve était
le nouveau président de la Chambre de commerce, Ouriel Lynn. « Le gouvernement
prend l’argent que vous gagnez et le distribue, mais il ne le gagne pas
lui-même », a-t-il affirmé en guise d’introduction. Ancien député Likoud, il a
loué le dynamisme de l’économie israélienne. Et appelé à créer des emplois,
réduire la taille du gouvernement et renforcer le secteur privé. Mais émis des
doutes sur la capacité gouvernementale à faire face à ces défis. « Le véritable
moteur de la croissance est la motivation de tout un chacun de fonder une
entreprise, de prendre des risques », a-t-il rappelé. « Jusqu’à présent, la
Knesset d’Israël n’a pas réussi à comprendre ce fait basique ».