Yesh Atid s’avère un tantinet moins hostile avec son « Nous sommes là pour un
changement ».
Et ce, même si Yaïr Lapid a déclaré : « Netanyahou prélèvera davantage d’impôts
sur la classe moyenne israélienne et ne pratiquera aucune coupe dans [les
allocations] à destination des ultra-orthodoxes, des habitants des
implantations, ou des grands syndicats ».
Dans cette compilation de médisance, les trois principaux partis de
centre-gauche mettent bien en relief leur position anti- Bibi, sans vraiment se
démarquer les uns des autres.
Le parti A promet de « relancer le processus de paix », de faire pression pour
une « justice sociale », de protéger l’environnement, d’instaurer le « service
militaire/national/ communautaire pour tous », et d’exiger un « pluralisme
religieux ».
Le parti B, lui, s’engage à réformer le « système politique », à réviser « le
système éducatif », à créer un système plus équitable pour les jeunes
Israéliens qui servent leur pays », à relancer l’économie en offrant une « aide
aux petites entreprises pour la classe moyenne », et à fournir « des options de
logement pour les anciens combattants de Tsahal et les jeunes couples ».
Le Parti C revient sur les services de base tels qu’une éducation de qualité,
des soins de santé abordables, mais non moins excellents, des moyens de
transport fiables, un bon salaire pour un dur labeur, un logement et des
produits de consommation moins chers, une concurrence loyale et une fiscalité
équitable.
Ces programmes pas-vraimentcontradictoires rappellent la remarque du
journaliste américain William Allen White comparant Theodore Roosevelt et
Woodrow Wilson en 1912 : tout ce qu’il voyait « était cet imaginaire gouffre
fantastique qui a toujours existé entre Bonnet blanc et Blanc bonnet ».
1 + 1 = 1
Il existe tout de même quelques différences. Le parti A se positionne
en matière de politique étrangère.
Le parti B est plus créatif, précis et capitaliste. Le C prétend qu’il n’a nul
besoin de politique étrangère et se montre plus ouvert au socialisme. Par
ailleurs, la leader du Parti A – Livni – ne peut supporter Netanyahou, mais
pourrait bien faire équipe avec lui, le chef du parti B – Lapid ] semble le
moins méprisant envers lui, et le parti C – le Parti travailliste de
Yachimovich – a clairement fait part de son refus de siéger dans une éventuelle
coalition Likoud-Beitenou.
Mais pourquoi ces trois sosies politiques ne s’uniraient-ils pas.
Leurs visions idéologiques se ressemblent assez pour opérer une fusion. Tous
veulent mettre fin à la mainmise haredi sur les questions religieuses et le
budget de l’Etat, tous veulent un pays plus humain, productif et idéaliste. Ils
redoutent une coalition menée par Netanyahou avec pour statu quo : indolence,
déviation vers la droite, aliénation des Américains, manque de solutions
créatives et de courage. Ces politiciens gagneraient à coopérer, mais, jusqu’à
présent, ils ne voient pas bien comment. Ils craignent une alchimie
mathématique toxique, où 1 + 1 est souvent égal à 1 – l’alliance de Netanyahou
avec le parti d’Avigdor Liberman l’a prouvé une fois de plus.
De plus, malheureusement, tout est aussi question d’ego. Shelly Yachimovich est
persuadée qu’elle doit diriger le pays : selon elle, les deux autres partis
sont construits à partir de rien, autour de la célébrité d’un candidat, alors
que sa formation est réelle, ancrée dans l’histoire d’Israël, et la plus
populaire des trois.
Tzipi Livni pense être celle qui doit gouverner : selon elle, les deux autres
sont des novices en politique, alors qu’elle a servi comme ministre de la
Justice et ministre des Affaires étrangères.
Yaïr Lapid reste le plus modeste, le moins présomptueux.
Du sordide au sublime
Imaginez un instant que ces trois politiciens – et leurs
partis, qui regorgent de personnes de qualité comme les travaillistes Isaac
Herzog et Avishai Braverman, ou Elazar Stern et Alon Tal de Hatenouah, et enfin
Dov Lipman et Ruth Calderon de Yesh Atid – fassent le choix de se préoccuper de
principes et non de leurs petites personnes. Et que les trois fassent front
commun pour gagner le pouvoir.
Ils souhaitent tous mettre un terme à l’exemption du service militaire pour les
ultra-orthodoxes, encourager le pluralisme religieux, rendre le coût de la vie
plus abordable, et promouvoir le processus de paix sans être des « freiers »,
des pigeons. Pourquoi ne pas hausser la barre, définir leur vision sioniste
moderne, et énoncer des principes de base en lieu et place de simples
déclarations politiques ? Et laisser les autres choisir parmi eux trois le
leader naturel pour un parti commun. Le moyen de sortir de ce dilemme est le
scrutin anonyme. Peut-être alors, un chef de file pourrait-il émerger.
Hélas, un tel altruisme est aussi probable que les régimes utopiques évoqués
par John Lennon dans Imagine. Pendant trop longtemps, la politique israélienne
a fonctionné comme des sables mouvants, noyant les réputations et les espoirs,
et salissant tous ses acteurs. Fidèle à son habitude, le sommet des trois chefs
du centre-gauche s’est clôturé sur des accusations en chassé-croisé, Lapid et
Yachimovich blâmant Livni de se pâmer de son ancienneté et se comporter comme
tous les autres rustres de la Knesset, gâtés, intrigants et experts au jeu
double.
Le sens politique est l’art d’élever cette discipline du sordide au sublime. Peut-être
Tzipi Livni, Yaïr Lapid, et Shelly Yachimovich pourraient-ils mettre en commun
leur courage et leur clairvoyance, forger une coalition puissante fondée sur de
vrais principes, et enthousiasmer les démocrates du monde entier en donnant un
bel exemple de vision sioniste moderne.
Ainsi, nous pourrons associer Livni avec « espoir », et non carriérisme, croire
que Yachimovich « c’est bon » pour Israël, et nous réjouir du « changement »
optimiste, tourné vers l’avenir, promis par Lapid et les autres – et dont nous
avons tant besoin.