Ces quelques truismes mis à part, au regard des récentes manoeuvres politiques,
la future coalition paraît de plus en plus prévisible. La semaine dernière, la
chef du parti travailliste Shelly Yachimovich a affirmé ne pas souhaiter faire partie
d’un gouvernement dirigé par Netanyahou. Elle rejoint ainsi Zehava Gal-On du
Meretz sur la liste des dirigeants de partis sionistes à adopter publiquement
une telle position.
Yachimovich veut-elle épater la galerie, en se positionnant comme la seule
véritable opposition à un gouvernement de droite ? En tout cas, il est peu
probable que Netanyahou cède le ministère des Finances à une personnalité dont
l’idéologie socioéconomique diffère tant de la sienne ; et Yachimovich, qui a
fait du sujet son cheval de campagne, n’acceptera certainement aucun autre
portefeuille.
Avec les travaillistes et Meretz hors du champ, et sans aucune chance qu’un
parti arabe soit invité au gouvernement, il ne reste qu’une seule question
importante pour la 19e Knesset : Netanyahou optera-t-il pour une orientation
ultra-orthodoxe/religieuse ou laïque/centriste ? Les derniers sondages laissent
à penser que la liste Likoud-Beiteinou recueillera 34 mandats, soit plus de la
moitié du nombre requis pour former un gouvernement. Netanyahou pourra faire
son choix parmi les sièges d’Habayit Hayehoudi (14), Shas (11), Judaïsme unifié
de la Torah (6), Yesh Atid (10) et Hatenouah (10), et éventuellement les trois
mandats d’Am Shalem, s’il dépasse le seuil électoral.
L’« alliance naturelle » formée par Netanyahou, il y a quatre ans, se composait
d’une union entre le Likoud, et les partis ultra-orthodoxes Shas et Judaïsme
unifié de la Torah (JUT). Mais cette coalition s’étant avérée être l’une des
plus stables de l’histoire moderne d’Israël, Netanyahou pourrait éventuellement
privilégier la même composition au lendemain du 22 janvier.
La forte baisse dans les sondages du Likoud- Beiteinou ce dernier trimestre est
plus que compensée par la remarquable montée du parti de Naftali Bennett, Habayit
Hayehoudi, passé de trois malheureux sièges à 14 annoncés.
Une coalition de 70 sièges ?
Netanyahou a cependant fait montre d’un certain
niveau d’insatisfaction quant à sa coalition actuelle. A en croire quelques
indications, Avigdor Liberman et lui blâmeraient Shas pour les prix élevés du
logement – le ministère de la Construction et du Logement étant jalousement
surveillé par le député Shas, Ariel Attias, accusé de distribuer des fonds
publics à ses électeurs ultra-orthodoxes, au détriment d’un public plus large.
Le retour en politique de la star de Shas, Arieh Déri, a également marqué le
début d’une nouvelle friction entre Shas et le Likoud- Beiteinou, Déri n’ayant
pas hésité à s’en prendre au Premier ministre sur les questions sociales et
religieuses.
Si Netanyahou opte pour cette coalition, il s’assure quatre autres années de
gouvernance stable – et une version légèrement plus à droite du gouvernement
actuel. Cette éventuelle coalition essaiera sans doute de minimiser
l’importance de la piste israélo-palestinienne, d’encourager la construction
dans les implantations – du moins dans les principaux blocs – et de pousser
pour le renouvellement de la loi Tal, afin que les haredim continuent à étudier
en yeshiva au lieu de faire leur service militaire.
D’un autre côté, une coalition composée principalement des partis
laïcs/nationauxreligieux, du centre-droit, pourrait constituer la base d’une
grande union. Ajoutez les 10 sièges chacun (ou peut-être plus) de Yesh Atid et
Hatenouah, et la coalition pourrait se retrouver avec pas moins de 66 sièges.
Si Am Shalem – le parti ultra-orthodoxe engagé à intégrer les siens dans la
société israélienne – franchit le seuil, le tout pourrait se monter à 70
sièges.
Tous les partis de cette union épousent au moins quelques tendances politiques
droitistes, signe qu’une alliance reste dans le domaine du possible.
Yaïr Lapid, à la tête de Yesh Atid – sans doute le plus centriste des partis –
a catégoriquement nié faire partie de l’aile gauche et exprimé son soutien plus
d’une fois pour les grands blocs d’implantations au-delà de la Ligne verte.
Beaucoup oublient que Tzipi Livni, à la tête du parti Hatenouah, est une
Likoudnikit dans l’âme, élue à la Knesset dans les rangs du parti de droite en
1999, pour lequel elle a officié comme ministre du gouvernement Sharon jusqu’à
son départ pour Kadima, fin 2005.
Si Yesh Atid et Hatenouah pouvaient facilement être considérés comme de
centre-gauche, leur influence en politique étrangère se verrait tempérée par le
titanesque Habayit Hayehoudi et un Likoud qui a pris un virage à droite toute,
depuis ses primaires, en novembre 2012.
Les haredim à l’armée ou au travail ?
Tous s’entendent sur la nécessité
d’intégrer la grandissante communauté ultraorthodoxe dans la société
israélienne.
Certes. Mais une coalition de ce type pourrait connaître des frictions sur la
méthode. Yesh Atid a fait campagne en grande partie sur des projets de réformes
radicales pour imposer l’enrôlement des haredim dans l’armée israélienne, alors
que Habayit Hayehoudi cherche à éviter une telle législation et préfère se
concentrer sur leur intégration sur le marché du travail.
S’il franchit le seuil électoral, Am Shalem pourrait servir de sorte de
médiateur sur la question.
La formation d’une telle coalition pourrait s’avérer une tâche délicate, même
pour un homme politique aussi habile que Netanyahou. Lapid exigera un certain
nombre de portefeuilles ministériels, y compris l’Education. Tzipi Livni
convoitera une position qui lui permettrait de relancer les négociations avec
les Palestiniens, ce que Netanyahou ne semble pas pressé de lui céder.
Habayit Hayehoudi et Israël Beiteinou ont exprimé leur intérêt pour l’influent
ministère de la Construction et du Logement, une question que Netanyahou devra
manier avec doigté.
Presque toutes les factions ont des vues sur le ministère des Finances, que le
Premier ministre aimerait réserver à son propre parti.
Si Netanyahou choisit cette deuxième option, il se trouverait à la tête d’un
gouvernement attelé à réduire la fracture entre laïcs et religieux, qui
soutiendrait la construction dans les implantations, tout en laissant la porte
ouverte aux négociations avec les Palestiniens.
A peine quelques semaines avant les élections, la 19e Knesset se profile plus
clairement que jamais. Netanyahou sera finalement confronté à un choix réel :
renouveler l’alliance national-religieux/ haredi qui lui a permis de gouverner
assez stablement ces quatre dernières années, ou pivoter vers les partis de
centre-droit, évinçant Shas et JUT de sa coalition.
Bien entendu, des variations mineures sont toujours envisageables. Netanyahou
pourrait tenter d’amadouer Shas pour l’amener à faire équipe avec Hatenouah, ou
même inviter JUT à rejoindre Hatenouah et Yesh Atid. Et Meretz ou les
Travaillistes pourraient tout aussi bien revenir sur leur engagement à siéger
dans l’opposition.
Mais, sauf surprise de dernière minute, les règles du jeu politique israélien
sont plutôt connues.
A la réflexion, dans ce pays, les miracles se produisent plus souvent qu’à leur
tour…