Eretz Hadasha (Nouveau pays)
La palme de la prétention, tendance « badboy »,
revient cette année à la liste Eretz Hadasha, qui a fait de la lutte contre la
corruption son étendard. Son leader, Eldad Yaniv, est avocat et ancien
conseiller du ministre de la Défense Ehoud Barak. Sa campagne se joue
principalement en ligne, avec une série de clips, titrés « le Système », qui en
ont fait le chouchou des réseaux sociaux et – du moins à ses propres yeux –
l’ennemi public numéro 1.
Avec l’acteur Rani Blair, 3e sur sa liste, Yaniv y affirme que les puissants du
pays ont des comportements mafieux et racontent des secrets qui les « font
faire dans leur pantalon », selon ses propres mots.
Son credo ? « N’ayons pas peur ». L’activiste raconte notamment que Binyamin
Netanyahou planque des dollars dans ses chaussettes pour financer ses basses
manoeuvres politiques.
« Nous nous présentons pour combattre les liens officieux entre les riches, le
pouvoir et la presse en Israël », explique Yaniv. « Ce scrutin du 22 janvier
doit faire entrer à la Knesset des militants qui représenteront une opposition
de combat. Tous les anciens partis font aujourd’hui partie d’un système
corrompu et dirigé par les grands patrons. Pour changer les choses, il faut un
nouveau dispositif qui soit transparent et n’appartienne à personne. » Selon
tous les sondages publiés, Eretz Hasdasha ne devrait pas dépasser le seuil
parlementaire des deux mandats et ne fera donc pas partie de la 19e Knesset.
Mais les dirigeants du parti ne se laissent pas démonter pour autant : « les
jeunes voient ce qui se passe. Ils écouteront la voix du coeur au moment de
voter ».
Ahim Anahnou (Nous sommes frères)
Il existe déjà plusieurs députés éthiopiens.
Mais pas assez, selon David Abebe, chef de file de ce parti sectoriel qui
souhaite faire davantage pour la communauté issue d’Afrique que les
parlementaires éthiopiens de Kadima, Likoud, Shas et Avoda. « Le gouvernement
nous a amenés ici, mais ne sait pas comment nous intégrer et c’est de pire en
pire chaque année », déclare Abebe.
Or, continue-t-il, le pays se prive ainsi d’une nouvelle génération, diplômée,
née en Israël, mais qui se sent discriminée, tant à l’école que sur le marché
de l’emploi.
Le nom du parti provient d’une citation de la Genèse, qui met l’accent sur la
fraternité qui se doit d’exister entre les Juifs, même lorsqu’ils viennent de
loin.
Et Abede de critiquer le « cynique usage de la communauté éthiopienne pour
obtenir des donations étrangères ». « Le gouvernement devrait avoir honte ! »
lance le leader.
« Le 22 janvier prochain, aucun Noir ne votera pour un Blanc », avance-t-il,
prédisant à son parti 4 mandats dans la future Knesset.
Alé Yarok – Hareshima Haliberalit (Feuille verte – la liste libérale)
Fondée en
1999, Alé Yarok est surtout connue pour sa défense de la légalisation du
cannabis.
Cette année, la formation a néanmoins fait disparaître ses dreadlocks au profit
d’un programme économique plus élargi, à la frontière entre libéralisme et
libertarianisme.
Son leader Yaron Lerman, se veut surtout le chantre de la liberté individuelle.
Au programme : séparation de l’Etat et de la religion, transports en commun le
samedi, réduction de toutes les taxes, et privatisation des terrains sous la
tutelle de l’Autorité israélienne de la terre. « Le gouvernement a augmenté les
taxes sur l’essence, l’électricité et même la bière », attaque Lerman, « et les
revenus fiscaux ne vont pas à tous les citoyens, mais à certains groupes de
lobbys comme les syndicats, les harédim et les grands patrons ».
Autre idée : la privatisation de la carte scolaire (à l’aide de « bons
scolaires ») qui stimulerait la compétition entre les établissements publics et
permettrait aux parents de choisir les professeurs de leurs enfants, au lieu de
les confier aux bureaucrates du ministère de l’Education.
Et, bien entendu, Alé Yarok souhaite toujours que les Israéliens puissent «
fumer des joints chez eux, sans problème avec la police ». Lerman se réfère à
deux récents sondages qui accordent 3 sièges à son parti. Et critique au
passage les instituts qui effectuent leurs enquêtes sur des lignes fixes et
passent donc à côté des plus jeunes – cibles du parti – équipés de portables.
Da’am, le Parti des ouvriers
A l’opposé de leurs confrères pro-cannabis, Da’am
revendique fièrement l’étiquette socialiste. Ses priorités ? Fin de la
privatisation et nationalisation de toutes les ressources naturelles
nationales.
Asma Agbaria Zahalka, la seule Arabe israélienne à la tête d’un parti en lice
pour la Knesset, explique que la formation se bat contre la nature patriarcale
de la société arabe et refuse de plier face aux « hamoulot » (les clans
arabes). 3 des 5 candidats de premier plan sont des femmes. Ce qui distingue
Da’am de Hadash, l’autre parti judéo-arabe au programme socialiste, qui se
place davantage sur le terrain diplomatique.
Agbaria Zahalka fait partie des dirigeants du Centre de conseil aux
travailleurs. Elle se bat notamment contre le chômage des femmes arabes, sans
emploi pour 80 % d’entre elles et veut mettre fin aux emplois contractuels,
qu’elle compare à de l’esclavage.
« A Da’am », conclue-t-elle, « Juifs et Arabes collaborent harmonieusement.
J’appelle les électeurs à ne pas voter par communautarisme mais à promouvoir la
lutte des travailleurs. »
Koah Lehashpia (le Pouvoir d’influencer)
A l’autre
bout de l’échiquier politique, Koah Lehashpia s’adresse aux traditionnels
électeurs de Shas.
A l’instar de son grand frère ultra-orthodoxe, la formation a été fondée par le
rabbin Amnon Yitzak, qui en est le mentor spirituel, sans être candidat
lui-même. D’ailleurs Yitzak, antisioniste, ne compte pas voter pour son propre
parti, car il boycotte les élections. Par le passé, l’homme a qualifié Adolf
Hitler et Théodore Herzl « des deux grands criminels » de l’histoire juive
récente.
Issu du mouvement « Shofar », il est surtout connu pour ses discours
grandiloquents qui menacent les Juifs laïcs de très graves punitions après leur
mort et mettent en garde contre les technologies modernes. Or, s’il diabolise
l’usage de ces dernières, il a récemment été filmé avec son Smartphone. Quand à
l’opération Pilier de défense, c’était, dit-il, une punition contre le
gouvernement israélien « pour avoir voulu enrôler de force les harédim ».
Le programme du parti prévoit donc, logiquement, le prolongement de la loi Tal
(qui exempte les orthodoxes de service militaire), la baisse des prix via
l’annulation de la TVA et le pain à un shekel.
Les anciens en action
Ne pas oublier les aînés. Tel est en substance le
message du Nouveau parti des retraités, répondant également au nom de Dor Bonei
Haaretz (la génération qui a construit le pays). Début décembre, la liste présentait
son programme à Tel-Aviv sous le slogan : « Parce que nous devons prendre soin
de papa et maman ».
Le but du parti ? Toucher les 30-40 ans et les rallier à la cause de leurs
doyens. Pour le président de la formation, Ephraïm Lapid, « Dor est le seul
parti social d’Israël ».
« A gauche, à droite et au centre, tout le monde vous parlera de justice
sociale, des armes nucléaires iraniennes ou de la paix avec la Syrie, mais
personne ne défend les sujets qui sont nos priorités ». Et de citer la santé,
les pensions, le droit à la retraire dans la dignité et le logement.
Aujourd’hui, 804 000 citoyens de 65 ans et plus résident dans l’Etat hébreu.
Soit 1 individu sur 10, dont 14 % continuent de travailler même après la
retraite. La loi oblige les employés à quitter leurs activités à l’âge de 67
ans mais, pour l’assistante sociale Dalia Nakar, qui a récemment rejoint la
formation, cette mesure doit être revue. « Ils sont encore jeunes », expliquet-
elle. « Avoir 67 ans aujourd’hui, ce n’est pas comme il y a 30 ou 40. Nous
voulons changer la loi pour que les Israéliens puissent arrêter de travailler
par choix et non par obligation, car les personnes âgées peuvent contribuer à
la société de nombreuses façons », continue Nakar.
Pour ce qui est du système de santé, Midad Gissin, numéro 2 du parti qui s’est
battu contre le cancer il y a 25 ans, déclare que Bonei Dor ne constate aucun
changement.
Il faudrait pourtant élargir les fonds pour le quatrième âge, afin que les
retraités « n’aient pas à choisir entre s’alimenter ou acheter des médicaments
». « Aucun autre parti ne soulève la question de la santé », rappelle Gissin, «
mais c’est le seul sujet en réalité qui concerne tout le monde, sans
distinction de couleur, de race, d’âge ou de religion. Chacun se préoccupe de
santé et quiconque n’a jamais été malade le sera un jour. »