Haïm Amsalem accuse les politiciens du Shas
d’ignorer les décisions d’Ovadia Yossef, chef spirituel du parti
ultra-orthodoxe, au sujet de la conversion. Selon le leader du parti Am Shalem,
la campagne électorale de Shas a mis l’accent sur des conversions strictes.
Motif : l’absence d’autorité politique de Yossef au sein de son parti. « Ce
n’est plus un secret. Le rabbin Ovadia Yossef ne contrôle plus ce qui se passe
autour de lui ces jours-ci », rapportait Amsalem au Jerusalem Post avant les
élections. Lorsqu’on lui demande qui est aux manettes du parti à l’origine
d’obédience séfarade, ce dernier répond « les Lithuaniens », sous-entendant
par-là, les Juifs ashkénazes haredim.
« Les Lithuaniens dominent Yossef »
Amsalem, qui a beaucoup écrit sur la
question de la conversion, assure que ses propos plus « tolérants » concernant
les non-juifs d’origine juive sont basés sur la pensée de Yossef. « Quand
Ovadia Yossef était Grand rabbin, les conversions en Israël étaient les plus
rapides au monde.
Un candidat à la conversion pouvait être reconnu converti en quelques jours
seulement », affirme Amsalem. Yossef a, dans le passé, parlé publiquement de la
nécessité d’un assouplissement des conversions : « Accepter le joug des
commandements est essentiel dans ce processus, mais il ne faut pas pousser les
convertis trop loin. Il n’est pas bon de leur causer de la souffrance en les
rejetant », avait-il expliqué en 2008.
A la surprise de tous, le problème des conversions a joué un rôle important
dans la campagne électorale. En plus d’Amsalem, Shas et Habayit Hayehoudi en
ont fait un point crucial. Le Shas a mis le sujet à l’ordre du jour en
propulsant sur la toile un clip controversé qui sous-entendait que le Likoud-
Beitenou légiférerait sur des conversions plus « légères » qui
contrecarreraient la loi juive. La campagne du parti s’est portée sur le statu
quo en matière de relations entre la religion et l’Etat. La priorité ? Maintenir
l’identité juive du pays.
Naftali Bennett et son parti national-religieux HaBayit Hayehoudi entendent eux
prendre possession du service des conversions ainsi que du ministère des
Affaires religieuses afin de promulguer des réformes « significatives ». La
conversion est vue par beaucoup comme la solution à l’expansion des mariages
mixtes. Plus de 330 000 Israéliens venant de l’Union soviétique ne sont pas
juifs selon la Halakha. La réforme des conversions, en allégeant le processus,
simplifiera la question.
Mais les rabbins haredim prennent le sujet d’un autre point de vue : la
conversion doit être « méritée », c’est-à-dire que le sujet doit respecter la
loi juive à la lettre.
Quid du mariage civil ?
« Le but principal est de ne pas dégoûter le public en
conversion de la religion », affirme pour sa part Amsalem.
Concernant les transports pendant shabbat, le rabbin, plus libéral sur les
questions sociales que le Shas, ajoute : « Ceux qui voyagent le shabbat
continueront à le faire avec ou sans les transports publics. En somme, que
gagne-t-on à tenter d’imposer l’opinion de la minorité sur celle de la majorité
? », se demande-t-il. Par ailleurs, ses propositions de mariage civil sont
aussi considérées comme « libérales ».
Sur ce point, le rabbin reconnaît ne pas être pour que l’union civile se
répande au détriment du mariage religieux. Mais un couple dont un des
partenaires n’est pas juif devrait pouvoir sceller son union : « Si vous
n’autorisez pas l’union civile entre un Juif et un non-Juif, vous pensez
vraiment qu’ils ne resteront pas ensemble pour autant ? », poursuit-il, et de
répondre : « Si, ils le feront. Et tout ce qu’on obtiendra, c’est qu’ils iront
se marier à Chypre. Ce n’est pas acceptable que dans un Etat démocratique des
milliers de couples doivent aller à l’étranger pour pouvoir se marier. »