Les partis religieux entreront-ils au gouvernement ?
C’est la question clé.
D’avis général, les résultats du scrutin du 22 janvier confèrent la rare
possibilité de former une coalition sans partis ultra-orthodoxes.
Qui plus est, le brûlant débat sur l’enrôlement militaire des harédim met
toutes les autres formations, peu ou prou, d’accord. Yaïr Lapid, dont c’était
l’un des thèmes majeurs de campagne, a besoin de résultats concrets en la
matière pour satisfaire son électorat, vers lequel ont d’ailleurs migré
certains électeurs traditionnels du Likoud, effarouchés par la montée en
puissance des religieux dans le parti de droite, et fatigués du coutumier «
partenariat naturel » avec les formations ultra-orthodoxes.
Seul problème : le Premier ministre Binyamin Netanyahou, qui désire une
coalition d’au moins 80 députés pour plus de stabilité, aura sans doute du mal
à renoncer à l’alliance avec Shas et Judaïsme Unifié de la Torah (JUT). Un
argument repris par les intéressés au cours du week-end. Une source au Shas a
d’ailleurs laissé entendre à la presse qu’en privé, Arié Déri et Yaïr Lapid
échangeaient de nombreux messages depuis le soir des élections, afin de jeter
les bases d’un compromis entre les deux partis, et ce, en dépit des discours
belliqueux que tiennent les deux leaders en public.
Dans les rangs du JUT, le nouveau député Méïr Poroush a rappelé la longévité de
l’alliance entre Bibi et les partis religieux : « Netanyahou sait qu’il peut
compter sur ses partenaires naturels bien plus que sur tout parti qui
disparaîtra bientôt de l’échiquier politique. Hier, c’était Tommy Lapid,
aujourd’hui c’est Yaïr. Il y a eu le Mouvement démocratique pour le changement
et le Parti du centre.
Nous, nous sommes stables et nous existons depuis 64 ans, et Netanyahou sait
qu’il ne peut rejeter ses partenaires qui l’ont soutenu depuis si longtemps ».
Le Premier ministre doit, en outre, composer avec une autre exigence de Yaïr
Lapid, véritable roi de ces tractations précoalitionnaires : diminuer le nombre
de ministres. Yesh Atid milite en effet pour le passage d’une loi limitant tout
futur gouvernement à 18 portefeuilles ministériels. Une exigence bien difficile
à honorer pour Netanyahou s’il veut, en plus de distribuer le plus de postes
possibles pour attirer les partis dans la large coalition qu’il souhaite
former, satisfaire ses propres députés qui devront de toute façon se contenter
de peu à cause du faible résultat électoral d’une part, et du partage de la
liste avec Israël Beiteinou, d’autre part.
A Yesh Atid, on se montre néanmoins flexible sur la question, en posant pour
condition que la loi soit votée avant les prochaines élections. D’ici là, si le
parti centriste ne siège « certainement pas dans un gouvernement de 30
ministres », décrète-on, il est cependant prêt au compromis. A ce stade, les
négociations portent seulement sur les accords entre les partis en vue d’une coalition
et non les portefeuilles ministériels à proprement parler. Netanyahou, qui doit
effectuer un déplacement officiel aux Etats-Unis début mars, souhaiterait que
la composition du gouvernement soit déjà connue à cette date-là.
Naftali Bennett en sera-t-il ?
Le contraire serait étonnant. Mais, une semaine
après le vote, les articles de presse s’accumulent sur les mauvais rapports
entre le leader d’Habayit Hayehoudi et Sara Netanyahou, l’épouse du Premier
ministre. Le contentieux remonte à l’époque où Bibi était chef de l’opposition
et Bennett, son directeur de cabinet. Mme Netanyahou se querellait souvent avec
lui au sujet des dépenses, mais également de l’emploi du temps de son mari.
De plus, selon le journal Haaretz, Netanyahou accuserait Bennett d’être à
l’origine des fuites qui ont causé le scandale Bibi-Tours. Le Premier ministre
est soupçonné d’avoir fait financer de luxueux voyages et vacances à l’étranger
pour lui-même et sa famille par des associés financiers à la fin des années
1990 et au début des années 2000. Une affaire qui devrait faire l’objet d’un
rapport officiel du Contrôleur d’Etat dans quelques mois.
En attendant, dimanche 27 janvier, le Likoud tâchait de minimiser le poids de
ces intimités personnelles.
« Les motivations du Premier ministre sont purement professionnelles »,
souligne-t-on dans son entourage.
Dans la même journée, Ayelet Shaked, numéro 3 d’Habayit Hayehoudi et bras droit
de Bennett dans l’ancien cabinet Netanyahou, s’est fendu d’un statut sur
Twitter pour répéter que ni elle ni son chef de file n’étaient responsables des
rumeurs qui ont causé le Bibi-Tours.
Shelly Yachimovich, définitivement dans l’opposition ?
Dimanche, les divisions
internes allaient toujours bon train au parti travailliste. Si la présidente
Shelly Yachimovich a, semble-t-il, l’intention de respecter son engagement,
annoncé tardivement au cours de la campagne, de ne pas entrer dans un
gouvernement dirigé par Netanyahou, d’autres députés du parti voudraient la
voir changer d’avis.
C’est du moins ce dont s’accusent mutuellement les numéros 2 et 3 d’Avoda,
Itzhak Herzog et Eitan Cabel. Après l’unité affichée pendant la campagne, les
résultats décevants du parti (15 mandats) tendent à délier les langues et
affûter les couteaux dans le dos de Yachimovich. Certains évoquent ainsi de
nouvelles primaires à l’horizon 2014.
Les derniers arrivés, fraîchement élus députés, tendent au contraire à défendre
la politicienne et veulent lui éviter de céder à la pression. Une position que
défend fermement Mihal Biran, parlementaire depuis le 22 janvier dernier : «
Nous nous tenons aux côtés de Shelly et voulons l’aider à achever de
réhabiliter le parti ».