Quelques heures après les
premiers résultats des urnes, mardi 22 janvier au soir, le ministre des
Affaires stratégiques, Moshé Yaalon, était l’invité des plateaux d’Aroutz 2. Il
tentait avec difficulté de revenir sur le point central de la campagne du
Likoud : un vote pour le parti envoie un message fort au président iranien
Mahmoud Ahmadinejad, à Hassan Nasrallah du Hezbollah et à Khaled Mashaal du
Hamas.
« Et que pensent ces trois dirigeants à présent ? », s’est-il entendu répondre.
De but en blanc, non sans humour, Yaalon a rétorqué : « Ils se demandent qui
est ce Yaïr Lapid ? ».
Car il y a fort à parier que le nom de « Yaïr Lapid » était l’un des plus
populaires sur le moteur de recherche Google, mercredi, dans les capitales du
monde entier. Les preneurs de décisions des pays amis – aussi bien qu’ennemis –
bouillonnaient d’en savoir plus sur cette nouvelle « saveur » israélienne,
devenue soudainement incontournable.
Les nations amies, au moins, seront probablement soulagées par ce qu’annoncent
les résultats : sur les questions diplomatiques/sécuritaires, Lapid n’est pas
un faucon. C’est un modéré pragmatique un tantinet à gauche du Premier ministre
Binyamin Netanyahou, hautement représentatif de la classe moyenne israélienne
et sensible à la nécessité d’un soutien international.
Les spéculations sur la future coalition vont bon train et les noms des
principaux ministres fusent. Quelle que soit la coalition, Lapid – à la tête du
deuxième parti de la Knesset – se verra probablement offrir l’un des grands
ministères suivants : les Affaires étrangères, les Finances ou l’Education.
Un diplomate, diplomate
S’il accepte les Affaires étrangères, le monde – qui
traitait (ou justement ne traitait pas) avec Avigdor Liberman ces quatre
dernières années – ne pourra qu’applaudir des deux mains : Lapid est
l’anti-Liberman.
Tout d’abord, contrairement à Liberman, il ne taxera pas les pourparlers de
paix avec les Palestiniens de perte de temps. Avant les élections, il avait
annoncé qu’il rejoindrait uniquement un gouvernement qui les favorise.
Deuxièmement, son style est nettement différent – moins perçant, moins
combatif, moins conflictuel. Difficile d’imaginer Lapid fustiger les Européens
à la manière d’un Liberman, qui déclarait devant une salle pleine de
diplomates, en décembre, que de nombreux leaders mondiaux seraient prêts à «
sacrifier Israël en un clin d’oeil ».
En tant que ministre des Affaires étrangères, supposons que Lapid sera, comment
dire, plus diplomate. Israël cherche toujours un visage agréable à montrer au
monde, une fonction désormais occupée par le président Shimon Peres, et Lapid
semble être un bon choix pour le job : modéré, séduisant, à l’aise, doté d’un
bon niveau d’anglais, courtois, charismatique. Bref, une personnalité qui
serait la bienvenue dans les capitales étrangères.
Lapid peut jouer tous ces rôles – un visage sympathique face au monde et une
voix influente sur la politique étrangère et sécuritaire – même s’il n’est pas
nommé ministre des Affaires étrangères.
Le ministre de la Défense Ehoud Barak a récemment servi à Netanyahou de lien
avec Washington, où il est bienvenu et respecté, contrairement à Liberman. Quel
que soit le ministère qu’il choisira, Lapid sera sûrement membre du cabinet de
sécurité, où les grandes questions diplomatiques et de défense sont discutées
et adoptées.
Jérusalem, l’intouchable
Ceux en quête d’infos sur le web, cependant, ne
doivent pas se laisser berner par la modération de Lapid. Ni faucon, mais ni
colombe non plus. En octobre, il avait déclaré : « Israël doit se débarrasser
des Palestiniens et ériger une barrière entre nous et eux », ajoutant que «
s’il n’y aura pas de “nouveau Moyen-Orient”, du moins il n’y aura pas trois
millions de Palestiniens en territoire israélien ».
Lapid a également choisi octobre pour prononcer un discours de politique
étrangère à Ariel, où il s’est clairement démarqué de la gauche et a affirmé
son soutien aux blocs d’implantations.
« Il n’existe aucune carte où Ariel n’est pas incluse dans l’Etat d’Israël »,
a-t-il clamé. « On ne se présente pas à des négociations avec seul un rameau
d’olivier, comme le fait la gauche, ou seule une arme à feu, comme le fait la
droite.
On est là pour trouver une solution. Nous ne souhaitons pas un mariage heureux
avec les Palestiniens, mais un acte de divorce avec lequel nous pouvons vivre.
» Lapid soutient Ariel, les grands blocs d’implantations et s’oppose à la
division de Jérusalem, car selon lui, la capitale représente l’ethos du pays,
la raison pour laquelle le peuple juif se trouve en Terre sainte – encore une
fois, des positions qui le placent au coeur du consensus israélien.
Le hic, c’est que le monde ne soutient pas ces points de vue. Les pressions
internationales opérées sur l’Etat juif ces derniers mois portent sur les plans
de construction dans les grands blocs d’implantations et à Jérusalem, que Lapid
encourage. Même s’il devient le nouveau visage derrière ces positions, il est
toujours peu probable que le monde les embrasse.
Néanmoins, le chef de Yesh Atid peut les rendre plus acceptables,
compréhensibles et moins menaçantes qu’elles ne l’étaient ces quatre dernières
années.
Mardi, le jour de nos élections et le lendemain du sermon du président
américain Barack Obama, le Washington Post présentait un éditorial appelant à
une remise au point mort des relations tumultueuses entre Obama et Netanyahou.
Un gouvernement avec Lapid dans un rôle central, de présentateur et d’acteur en
politique, est plus qu’envisageable – et pas seulement à Washington.
Lapid en 5 points
Mercredi 23
janvier, un jour après les résultats du scrutin, les candidats de la liste du
parti centriste soulignaient « la grande responsabilité » dont ils avaient
hérité en gagnant 19 sièges à la nouvelle Knesset. Parfait écho au discours
prononcé par Yaïr Lapid après les résultats, l’expression a été reprise dans
tous les médias.
Selon Adi Kol, neuvième sur la liste du parti, les résultats positifs du
scrutin sont le fruit d’un « dur labeur ». Et elle ajoute : « Nous ressentons
tous l’importante responsabilité de tenir nos promesses. » Kol a annoncé que
les promesses du parti pouvaient être résumées en 5 principes, sur lesquels
Yaïr Lapid serait intransigeant : 1) égaliser le service militaire ou national,
2) réduire le coût de la vie, 3) augmenter les subventions pour le logement des
jeunes familles, 4) insérer des études générales dans le système éducatif
haredi, et 5) relancer le processus de paix.
Quant à savoir laquelle de ces promesses est la plus importante, Kol répond que
l’égalisation des services militaire et social est le point majeur, suivi de la
relance du processus de paix.
Questionnée quant au fait que l’opinion internationale puisse voir d’un mauvais
oeil de faire passer une question intérieure avant le processus de paix, Kol a
sa réponse.
Elle a dit avoir essayé d’expliquer aux médias que « tenter de résoudre un
problème extérieur quand il y a tant de problèmes intérieurs n’est pas une
bonne idée ». Quand la nation sera unifiée de l’intérieur, « il sera bien plus
facile de résoudre un problème extérieur. » Kol, diplômée de l’université de
Columbia de New York, a ajouté avoir étudié différents types de politiques,
soulignant que c’est une valeur américaine de « respecter chaque politique et
de ne pas devenir grossiers les uns envers les autres ».
Elle a dit vouloir apporter ce genre de changement en Israël et être capable de
discuter respectueusement avec les opposants politiques.