Après une campagne électorale relativement morne, les Israéliens
sont allés voter mardi 22 janvier pour transmettre aux élus politiques un
message clair et net : une demande de changement.
Deux nouveaux venus dans la politique, Yaïr Lapid et Naftali Bennett, ont fait
le plein de scrutins. Novices, ces nouvelles têtes d’affiche, promettent une
nouvelle donne. La vieille garde – Binyamin Netanyahou, Avigdor Liberman, Tzipi
Livni, Shaoul Mofaz – en a pris pour son grade. La question est de savoir
maintenant de quel changement il s’agit. Ce que le pays réclame concerne plutôt
la politique intérieure qu’extérieure.
Car si le peuple avait voulu se prononcer en matière de diplomatie et de
sécurité, il aurait plébiscité Tzipi Livni, Meretz ou même Kadima, autant de
partis qui préconisent une position différente que celle que Binyamin
Netanyahou.
Livni, par exemple, souhaite reprendre les choses où elles en étaient restées
quand elle négociait avec Ahmed Qurei de l’OLP. Les résultats des élections et
le petit nombre de sièges remportés par la candidate ont montré que personne
n’était intéressé par cette idée.
Les voix se sont plutôt portées sur Lapid, Shelly Yachimovich et Bennett. Or,
aucun de ces candidats – pas même Bennett, souvent labellisé comme un candidat
d’extrême-droite – n’a mené sa campagne sur des thèmes de politique extérieure.
Les trois candidats ont mis l’accent sur la nécessité de régler les problèmes
intérieurs : Lapid pour une égalité en ce qui concerne le service national et
les impôts ; Yachimovich pour un niveau de vie plus abordable ; et Bennett pour
une baisse du coût de la vie et le renforcement des valeurs juives et
sionistes. Si ce dernier a fait campagne pour des logements moins onéreux, il
n’a pourtant pas réclamé plus de constructions en Judée-Samarie (alors qu’il
n’y est pas du tout opposé).
Ces revendications en disent long sur la situation du pays aujourd’hui et sur
l’urgence d’un changement. Un premier signe en est le pourcentage des votants,
66 %, un peu plus élevé, qu’aux dernières élections, où il était de 64,72 %. A
l’opposé de ce que beaucoup prétendaient, le pays n’est ni apathique ni
désengagé. Il est même, tout le contraire, engagé et préoccupé.
Un pays mature
Cet électorat intéressé par les questions de politique
intérieure est pourtant très conscient des défis et problèmes extérieurs
auxquels le pays est confronté : de l’Iran, qui appelle à la destruction
d’Israël, à l’Egypte, dont le Président traite les Juifs de singes et de porcs,
en passant par une Syrie qui s’effondre, et une autorité palestinienne qui se
désintéresse d’une résolution du conflit. Alors pourquoi les Israéliens ont-ils
voté pour des candidats qui ont mis ces questions au second plan ?
Considèrent-ils qu’elles sont moins importantes qu’elles ne l’étaient en 2009 ?
Si, par son actualité et son urgence, la politique étrangère est toujours
présente dans les esprits, le regard porté sur elle s’est modifié. Avec le
temps et l’expérience, les Israéliens semblent n’être plus naïfs. Ils croyaient
qu’avec le retrait de la bande de Gaza, la paix viendrait naturellement. Une
deuxième Intifada et les résultats désastreux de cette action leur ont ouvert
les yeux.
Ils se sont finalement rendus compte que des forces agissent de l’autre côté
des frontières du pays – l’Egypte, la Syrie et l’Autorité palestinienne – sur lesquelles
ils n’ont pas prise. Le printemps arabe a mis Israël dans une position
difficile : des événements dramatiques extérieurs se sont déroulés à ses portes
sans qu’il n’ait aucun moyen d’agir ni d’influer d’une manière quelconque sur
le cours des choses.
Par contre, dans le domaine des affaires intérieures, les citoyens se sont
aperçus qu’ils ont un rôle à jouer. Le score surprenant de Lapid et la
possibilité d’une coalition sans la participation des partis ultra-orthodoxes
montrent que si les électeurs ne peuvent intervenir sur les événements
extérieurs, ils le peuvent certainement sur le plan intérieur.
Les résultats de mardi indiquent clairement qu’Israël se tourne vers lui-même,
mais pas dans un sens isolationniste.
Ce vote pour un changement au niveau national reflète la position d’un pays
enfin mature. Les Israéliens acceptent finalement qu’il y ait des choses qu’ils
ne peuvent changer.
Ce découragement passager a favorisé une nouvelle perspective et un nouveau
départ : les électeurs luttent enfin pour des causes et des combats tout aussi
importants et qui ne dépendent que d’eux. La question est maintenant de savoir
si les nouveaux élus politiques sauront les mener et les remporter.