Mais quelle surprise ! Voilà sans doute l’expression la plus employée
dans les rédactions françaises pour parler des résultats. On chuchote un peu
partout le nom de Yaïr Lapid, jusque-là méconnu et, surtout, on surinterprète
le score du Likoud.
Petit tour à gauche tout d’abord avec les titres de Libération. Celui du mercredi 23 janvier, par exemple, « Elections israéliennes, le temps
des surprises ». (Et d’un !) Le résultat du Likoud est résumé par « Netanyahou
prend une claque ».
Et pourtant, il semble bien que Bibi soit toujours le Premier ministre, non ?
Libération ne peut s’empêcher de mettre son grain de sel en donnant une
appréciation bien peu justifiée sur le fonctionnement de l’Etat juif : « Le
pays se surprend parfois lui-même ». Et oui, les Israéliens savent faire preuve
de réflexion, ils changent d’avis, ils se remettent en question. Quelle surprise ! L’article sous-entend que le gouvernement, la politique, le
pays même, tournent un peu en rond. Il prédit même une coalition tellement
bancale qu’il faudra se rendre à nouveau aux urnes, sans surprise, puisque – de
toute façon, on le sait – le système électoral israélien ne vaut pas
grand-chose.
Passage par la relative neutralité du journal Le Monde qui avait choisi de
suivre le déroulement de la journée de vote sur son site Internet. Le 22
janvier, le quotidien a publié de sympathiques photos rendant mieux compte de
l’ambiance en Israël. Panneaux de campagnes politiques, visages des candidats,
regroupements de partisans, un beau tableau pour un jour important.
Néanmoins, l’analyse un peu rapide a vite fait de Lapid le grand gagnant : «
Lapid, gagnant inattendu de ce scrutin ». Encore une fois, les journalistes français sont surpris ! « Yaïr Lapid, la
surprise des élections » (et de deux !). Le journal attribue au parti centriste
un franc succès et lui prédit même un certain avenir en politique. Il faut
pourtant se souvenir des émergences fréquentes de partis centristes qui, au
terme d’un mandat à la Knesset, disparaissent aussi vite qu’ils sont venus…
Première et sans doute unique prise de risque pour Le Monde.
On peut encore relever les « demi-succès pour Bennett » et « succès étriqué de
Netanyahou ». Avec 31 mandats, il semble que l’on puisse quand même dire que
Netanyahou a gagné ces élections.
Et à part le processus de paix ?
Les Echos, eux, ont utilisé tous les mots clés
dans leur premier article post-élection : parlement, bloc, majorité, coalition.
A nouveau, on retrouve « une victoire étriquée » et un « affaiblissement » du
centre droit face au centre et aux Travaillistes. On parle ici aussi de «
semi-victoire ». Deux nouveautés néanmoins : à la rédaction des Echos, on n’est
pas surpris et il y a un avenir. On parle déjà de coalition, de prochain
gouvernement et des futurs postes ministériels.
A noter aussi l’article du journal Le Point, daté du 23 janvier, qui titre : «
Netanyahou, contraint de composer avec le centre ». Et d’y ajouter une photo
d’un Bibi déconcerté. La veille, Le Point avait titré : « Israël : Yaïr Lapid
ou la victoire des indignés ». Pourtant, la plupart des jeunes qui était dans
les rues de Tel-Aviv il y a un an et demi n’ont pas voté Lapid.
Le Figaro, plutôt positionné à droite, a proposé un bon dossier à la veille du
scrutin. Il présentait les principaux partis et candidats à la future Knesset.
Concernant les résultats, on peut noter le titre du 23 janvier en référence à
Netanyahou : « Un vainqueur en demi-teinte ».
Et oui, de la mesure et de la modération pour les Français, un peu frileux
peut-être. Pour éviter les prises de positions, mieux vaut user de nuance, même
si cela ne veut plus dire grand-chose. Personne n’ose vraiment parler d’envie
de changement, de libéralisation, parce que – tout simplement – personne n’est
vraiment sûr qu’il s’agisse de cela.
A 4000 km, on reste donc sur ses positions, en tentant de dévier sur le sujet
plus général de la question palestinienne.
Parce qu’au final, concernant Israël, c’est encore ça qu’on connaît le mieux.