Il est d’ailleurs probable que cela lui convienne davantage. Lapid sait que son
entrée au gouvernement peut l’empêcher de remplir ses engagements électoraux.
Il y a comme une malédiction à entrer dans les gouvernements de Binyamin
Netanyahou, car jusqu’à maintenant personne n’a pu y tenir ses promesses
(Netanyahou compris). C’est bien connu, avec Bibi, c’est toujours pareil. On
arrive avec des espoirs et ils sont anéantis.
A la fin du mandat, les ministres repartent frustrés sans comprendre ce qui
leur est arrivé et « comment Netanyahou leur a fait ça » : le temps s’est
écoulé et rien n’a bougé.
Dans l’opposition, Lapid a toutes les chances de s’épanouir. L’homme est
ambitieux, éloquent et persévérant. Il connaît les médias et sait s’en servir.
Avec 19 sièges, Lapid accomplira ce que Tzipi Livni n’a pu faire avec 28 :
rendre la vie de Netanyahou infernale. Puis, au prochain scrutin national, il
sera en lice pour le poste de Premier ministre (s’il accepte de laisser de côté
cette suffisance qu’il affiche depuis les élections).
Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour le moment, c’est la guerre des nerfs.
Les prochaines semaines seront le théâtre d’échanges spectaculaires, de
retournements et autres surprises – une partie de poker où tous les coups
seront permis.
Pourtant, il existe déjà une alliance : celle qui unit Lapid et Bennett.
Qui fait grincer des dents les ultra-orthodoxes et rend nerveux Netanyahou.
Elle ne date pas d’hier puisqu’elle s’est élaborée bien avant les élections, au
cours de plusieurs rencontres. A un moment où les sondages donnaient Netanyahou
gagnant avec 36 ou 37 sièges et où les deux jeunes candidats n’avaient pas
aussi fière allure : Lapid essayait de passer la barre des 10 sièges, quant à
Bennett, face au tandem Netanyahou-Liberman, il était hors jeu.
Désespéré, il s’est alors tourné vers Lapid.
Egorger la vache à lait
Les deux hommes ont plus d’un point commun : ils sont
jeunes, de la même génération, tiennent le même langage et manient des concepts
similaires. Une petite kippa posée sur la tête de Bennett les sépare, et
encore. Les deux hommes s’entendent à merveille et sont comme des frères
(jusqu’à prochaine notification).
Pour Lapid, Bennett est l’allié parfait. Le seul point qui les divise vraiment
reste un accord avec les Palestiniens ; or, la question ne se résoudra pas
avant longtemps et Lapid le sait. D’ailleurs, son but principal est tout autre.
Lapid l’a promis, il s’attaquera aux droits et devoirs des Haredim. Selon lui,
ceux-ci profitent de l’Etat sans rien lui donner en retour. Pour le dirigeant
de Yesh Atid, la plupart des difficultés rencontrées par la classe moyenne
viennent de là.
Son plan est clair : les Haredim doivent quitter la coalition, revenir à une
représentation normale et proportionnelle de leur population et ne pas peser autant
dans les décisions économiques et sociales du pays. Il faut aussi couper la
source de revenus que constitue l’Etat pour eux. En un mot : la vache à lait
doit être égorgée. Et puis, comme tous les citoyens, ils doivent s’engager dans
l’armée.
Après les élections, l’accord entre Lapid et Bennett est devenu officiel.
Ils en ont formulé les termes, sans signer de contrat. Ils ont inauguré un
nouveau style de politique, plus direct, plus léger, où donner sa parole tient
lieu de signature.
Leurs négociations ont débuté sur les problèmes politiques. La limite pour
Bennett est l’évacuation des implantations. Lapid a alors posé la question
directement : qu’en est-il des avant-postes comme Amona ? Bennett est parti
plancher sur le problème avant de revenir avec une réponse claire et nette. Si
la Cour suprême décide qu’un avantposte doit être évacué, ce sera fait.
L’alliance tient toujours
Sur la question du service militaire, Bennett ne
souscrit pas totalement au programme de Lapid. Pour lui, la population ultra-orthodoxe
doit certes être recrutée, mais d’une manière judicieuse et non dans un grand
raz-de-marée.
Plutôt que d’utiliser la force, inefficace selon lui, Bennett suggère des
sanctions économiques : les récalcitrants ne recevront pas un seul shekel de
l’Etat tant qu’ils ne remplissent pas leurs devoirs vis-àvis de lui.
De son côté, Lapid est prêt à faire des compromis sur le nombre.
Selon son programme, dans les cinq prochaines années, seuls 400 hommes
resteront assis à étudier la Torah. Les autres auront rejoint les rangs de
l’armée ou effectueront un service national.
Mais comme 400 reste tout de même un nombre irréaliste et draconien, il est
prêt à l’élever à 1000, peut-être même plus.
Si la question du recrutement militaire n’est donc pas tout à fait réglée,
Lapid et Bennett ont décidé qu’elle ne les diviserait pas et qu’ils la
remettaient à plus tard.
Aux dernières nouvelles, leur alliance tient toujours. Ni les tentatives
désespérées des Haredim (par l’intermédiaire de rabbins du courant nationalreligieux)
ni les appels du pied de Netanyahou en direction de Bennett n’ont réussi à la
briser.
Même son de cloche dans les camps des deux élus. Parmi les membres de Yesh
Atid, on entend une seule chose : Yaïr adore Naftali.
Ils sont amis et ont confiance l’un dans l’autre. Yaïr a parié sur Naftali et
ne croit pas que leur pacte sera rompu. Si tel devrait être le cas, Lapid
restera dans l’opposition et ne fera plus confiance à Naftali.
Mais cette possibilité est écartée d’un revers de main, décidément, Lapid n’est
pas inquiet.
Idem dans les rangs de Habayt Hayehoudi : Naftali adore Yaïr. Il n’y a pas de
risque de rupture. Pour Bennett, il est temps que quelqu’un fasse quelque chose
pour le pays.
Lapid et lui forment une nouvelle génération politique et la partie ne fait que
commencer.