Binyamin Netanyahou tente péniblement d’assembler un
gouvernement de coalition. Beaucoup voient là un marchandage et des tractations
bassement politiciennes. Des commentateurs plus modérés diront, certes, que la
formation d’un gouvernement, comme tout processus de négociation, exige des
compromis pour atteindre le but suprême : parvenir à un accord qui consiste,
dans le cas présent, à former un gouvernement stable, capable de gouverner le
pays dans les méandres d’un avenir complexe.
Que l’on soit optimiste ou cynique, une chose reste certaine : les postes clés
seront offerts à des politiciens sans expérience dans le domaine où ils vont
exercer ou pire, totalement non qualifiés pour gouverner.
Les critères qui président au choix des ministres en Israël sont très
différents de ceux utilisés outre-Méditerranée. Comparer les membres du
gouvernement israélien à leurs homologues américains ou européens peut nous
apprendre beaucoup sur notre mode de fonctionnement quant à la sélection de nos
gouvernants et sur les modifications qui s’imposent.
Revenons sur les dernières élections et leurs enjeux. A la suite du mouvement
pour la justice sociale de 2011, la principale question, présente durant toute
la campagne électorale, a été l’accessibilité au logement. A un point tel, qu’à
la veille du vote, le Premier ministre Netanyahou, pour apparaître, in
extremis, comme celui qui ferait baisser le prix des logements, a annoncé que
Moshé Kahlon occuperait la tête de l’Autorité foncière israélienne. Car si
Kahlon a su opérer une réduction radicale des tarifs des téléphones portables,
il devrait être capable d’en faire de même avec le secteur de l’immobilier.
Mais qui sera le prochain ministre du Logement ? La question reste en suspens
puisque Shas, qui en avait assuré le contrôle depuis 4 ans, ne fait toujours
pas officiellement partie de la coalition. C’est le Shasnik Ariel Atias qui
siège à la tête de ce portefeuille depuis 2009 après avoir officié comme
ministre des Communications (de 2006 à 2009). Ce qui a donné l’occasion à un
critique de noter qu’« Israël est le seul pays où le ministre de la
Communication n’a pas de télévision chez lui ». Atias ne possède d’ailleurs pas
non plus de diplôme universitaire (c’est-à-dire un diplôme séculaire). Quant à
son expérience en matière de logement (avant d’avoir été nommé ministre), elle
se résume à une condamnation pour l’agrandissement illégal de sa maison et le
refus d’obtempérer à l’ordre de destruction qui en a découlé.
Un sujet en vogue
La baisse du coût des téléphones portables continue à être un
argument de poids puisqu’il a été repris très récemment par Israël Katz,
ministre des Transports depuis 2009 : « Nous réduirons le prix des voitures
comme nous avons réduit le coût de la téléphonie portable. Je sais que je vais
devoir faire face à beaucoup d’obstacles et de difficultés, mais cela ne me
découragera pas. » On se doute qu’il en faut plus pour dissuader Katz. Ministre
de l’Agriculture, il avait été l’objet d’un rapport très critique pour avoir
nommé à la tête de la commission pour le prix du lait un homme sans diplôme
académique et ce, malgré une spécification gouvernementale faite à ce sujet.
La même année, la police a d’ailleurs recommandé sa mise en accusation pour
avoir favorisé la nomination d’amis politiques à des postes importants ou pour
des contrats passés avec son ministère.
Si son dossier a finalement été clos par manque de preuves, un certain nombre
de ses collègues ont été inculpés. A la décharge de Katz, il est l’un des
ministres à posséder un diplôme universitaire – en relations internationales –
de l’université Hébraïque de Jérusalem. C’est d’ailleurs là qu’il a commencé sa
carrière politique comme membre du parti Herout. En tant que tel, il a mené des
manifestations violentes et a été responsable de la détention du recteur de
l’université avant d’être suspendu de l’université suite à ses agissements.
Pourtant, cela ne veut pas dire que tous les membres du gouvernement, ou même
ceux évoqués plus hauts, soient incapables ou incompétents.
D’ailleurs, beaucoup d’entre eux sont hautement qualifiés. Yaacov Neeman, grand
avocat israélien, en est un exemple. Nommé ministre de la Justice, il a été
immédiatement mis en accusation et a démissionné. Un an plus tard, la cour a
déclaré n’avoir retenu aucune charge contre lui.
Certains ont fait savoir qu’il aurait été attaqué pour, précisément, empêcher
la nomination de professionnels au détriment des politiciens.
On pourrait ajouter qu’au contraire de l’attitude professionnelle et sans
surprise américaine, un des avantages du mode de nomination israélien des
ministres est qu’il rassemble des hommes aux parcours différents voire
originaux et offre, par là même, un gouvernement aux vues larges et variées.
Prenons le cas d’Amir Peretz. En dépit de son manque de formation
universitaire, il a dirigé la Histadrout avant de devenir ministre de la
Défense. Qui sait ? L’opinion d’un cultivateur d’ail est peut-être pertinente
sur les questions de défense internationale.
Quoi qu’il en soit, il semble que, dans le domaine politique, nous ayons à
apprendre de l’Occident.
Nommer un professionnel, avec de l’expérience, des qualifications et des
diplômes académiques à des postes ministériels pourrait se révéler bénéfique
pour le gouvernement et la population en général. Yaïr Lapid et d’autres jeunes
politiciens appellent à un nombre de ministres limités dans le prochain
gouvernement. Voyons si, de concert avec le Premier ministre, ils oseront aller
plus loin et nommer des professionnels – et non pas en termes de manigances
politiques – aux postes de direction du pays.