Conclusion : un représentant local a de grandes chances de poursuivre une
carrière politique nationale. C’est d’ailleurs l’ambition de beaucoup de
conseillers municipaux, tentés d’échanger leur siège du conseil de la ville
contre un fauteuil à la Knesset – qui est pour eux la véritable assemblée.
Anat Hoffman – qui a siégé 14 ans au conseil municipal – l’affirme sans détour
: « La mairie joue le rôle de couveuse.
Après tout, siéger à la Knesset n’est pas si différent qu’être représentant du
syndic d’un immeuble. Dans tous les cas, il s’agit de représenter des
électeurs. » Membre de la coalition et adjointe au maire de Teddy Kollek,
Hoffman a ensuite été la principale rivale du maire Ehoud Olmert pendant ses
deux mandats. Elle a, elle aussi, tenté, à deux reprises, de passer du conseil
municipal à la Knesset (aux couleurs de Meretz), mais en vain (située à une
place peu favorable de la liste, elle s’est désistée).
Si la mairie est un tremplin pour les candidats à la Knesset, ces derniers ne
le lui rendent guère : à l’exception de l’approbation de gros budgets pour des
projets de construction à grande échelle, comme le tramway promu par Olmert et
l’autoroute Begin – Jérusalem a rarement bénéficié de l’élection de l’un de ses
anciens conseillers municipaux, même ceux qui ont réussi à entrer au
gouvernement.
« Ce que vous voyez d’ici n’est apparemment pas ce que vous voyez de là-bas »,
constate l’adjoint au maire Pepe Allalu de Meretz, « le seul cas où cela nous a
servi c’est quand l’ancien porte-parole de la municipalité sous le mandat de
Loupolianski – Gil Sheffer et avec lui Gidi Shmerling – a rejoint le bureau du
Premier ministre. Ils ont fait beaucoup pour attirer l’attention sur les
besoins de la ville, mais c’est l’exception qui confirme la règle. » Nir Barkat
l’a bien compris. Récemment, il a donc suggéré de se présenter aux prochaines
élections municipales sous la bannière du Likoud, qui a refusé. Jérusalem, malgré
ou à cause de tous les problèmes concernant son statut, n’intéresse apparemment
aucun parti. Ni le Likoud, ni Avoda, ni même Habayit Hayehoudi ne veulent
parrainer un candidat pour la course à la mairie.
L’antichambre du Shas ?
Poursuivons notre promenade dans la galerie de
portraits : l’un des plus célèbres et anciens représentants de la ville qui a
fait sa place sur la scène politique nationale, n’est autre qu’Eli Yishaï. Il
débute sa carrière politique en 1987, comme assistant personnel de Nissim Zeev.
Le cas de ce dernier mérite aussi le détour. Zeev a eu le premier l’idée d’un
parti séfarade haredi à Jérusalem. Mais il n’imaginait pas que ce qui allait
devenir le Shas, se hisserait à l’échelle nationale. Zeev a servi dans l’armée,
terminé ses études dans la prestigieuse yeshiva Porat Yossef et passé un an
comme hazan dans une grande synagogue séfarade de Brooklyn, entre 1974 et 1982.
Après avoir fondé la branche de l’association mondiale des Sefardim Shomere
Tora (les séfarades observants) en 1983, il est élu au conseil municipal.
Adjoint au maire sous Kollek (1983-1993), il l’est encore pendant le premier
mandat d’Olmert de 1993 à 1998. Avant de démissionner pour la Knesset.
Revenons sur Yishaï. Après le départ de Zeev, c’est à son tour de prendre un
jeune assistant, qui deviendra bientôt célèbre : Arie Deri. Ce dernier ne prend
pas le temps de siéger au conseil municipal. Après une ascension politique
fulgurante, il arrive à 24 ans au ministère de l’Intérieur, alors aux mains de
Shas. Et cinq ans plus tard, Deri, à 29 ans, devient le plus jeune ministre de
l’Intérieur.
Quant à Yishaï, il restera au conseil municipal jusqu’en 1996, où une décision
de Rav Ovadia Yossef le mènera à la Knesset.
Puis, quand Deri est condamné en 1999, c’est lui qui prend la tête de Shas.
Aujourd’hui, les deux hommes travaillent de concert pour diriger le parti.
Olmert vs. Itzik et Rivlin
Dans ces portraits, se distingue celui d’une femme :
Dalia Itzik. Elle a commencé sa carrière publique à la tête de l’Association
des enseignants de Jérusalem. D’abord, conseillère municipale, elle est bientôt
adjointe au maire Teddy Kollek. Ce dernier s’était présenté à la tête d’une
liste indépendante, mais la capitale représentait un enjeu important pour le
parti travailliste, alors au pouvoir.
Itzik, elle, est élue députée à la Knesset en 1992. A l’orée d’une carrière
prometteuse, elle espère être bientôt ministre et refuse donc d’être la
candidate travailliste pour la mairie de Jérusalem aux élections municipales de
novembre 1993, où Kollek perd face au Likoudnik Olmert. Elle aura eu raison :
après avoir officié à la tête des portefeuilles de l’Environnement de 1996 à
1999, puis de l’Industrie et du Commerce en 2001, et de la Communication en
2005, elle sera nommée présidente de la Knesset en 2006, toujours sous la
bannière travailliste.
Olmert aura tenu les rênes de la municipalité de Jérusalem le temps de deux
mandats, jusqu’en février 2006. Cette annéelà, Itzik lui prête allégeance alors
qu’il devient le leader de Kadima, que tous deux ont rejoint (l’une d’Avoda,
l’autre du Likoud) dans le sillage d’Ariel Sharon.
Aujourd’hui, 20 ans après leur opposition à la mairie de Jérusalem, ni Olmert,
ni Itzik ne siègent à la Knesset. En 2008, Olmert démissionne de son poste de
Premier ministre, suite à des accusations dans plusieurs affaires de
corruption. De son côté, Itzik, après avoir vu que ses chances d’obtenir une
bonne position sur la liste de Kadima étaient minces, a, bien avant les
élections 19e Knesset, annoncé qu’elle prenait congé de la vie politique.
Reouven Rivlin, du Likoud, qui en 2009 a remplacé Itzik à la présidence de la
Knesset, a lui aussi commencé sa carrière politique dans les couloirs de la
municipalité de Jérusalem, de 1978 à 1983, comme conseiller municipal et adjoint
au maire. En 1988, alors qu’il aspire à se présenter à la tête de contre
Kollek, le Likoud choisit un autre membre de sa branche locale, Shmuel
Pressburger, un proche d’Olmert.
Pressburger perdra, mais Olmert gagnera contre Kollek, quelques années plus tard.
Suite à un long antagonisme entre les deux hommes, Olmert refusera d’inclure
Rivlin sur les listes de son conseil municipal. Rivlin reste alors à la Knesset
dont il est nommé président en 2003, l’année où Olmert quitte la mairie pour
devenir l’adjoint de Sharon au poste de Premier ministre.
Il occupera de nouveau le poste en 2007, après avoir été le rival malheureux de
Peres pour la présidence de l’Etat. Rivlin est considéré comme un candidat de
choix pour devenir chef de l’Etat, si Shimon Peres devait décider de ne pas se
représenter.
Une affaire de famille
Parmi les députés ultra-orthodoxes, quelques-uns de
leurs membres ont aussi emprunté la voie qui mène de la politique locale à la
politique nationale : de Kikar Safra à l’hémicycle de Givat Ram.
Meir Poroush a d’ailleurs été le pionnier en la matière. Après avoir siégé au
conseil municipal pendant 13 ans – dont 7 comme adjoint au maire Kollek –
Poroush est arrivé à la Knesset. Itzhak Pindrus, représentant de Yahadout
Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah, composé de différents groupes) explique
comment les nominations se déroulent : « Chez nous, les candidats ne sont pas
choisis en fonction de leurs mérites ou de leurs actions, même si cela peut
parfois être pris en compte. Nos rabbins désignent plutôt les candidats en
fonction des groupes auxquels ils appartiennent. Poroush est donc passé du
conseil municipal à la Knesset, quand il était temps que son mouvement, Shlomei
Emunim, atteigne cette position. » Chez les Poroush, la politique est une affaire
de famille : le père de Meir, feu Menahem Poroush, était membre de la Knesset,
et son fils, Israël Poroush, est adjoint au maire d’Elad.
En 2008, Meir Poroush, alors ministre adjoint, brigue la mairie. Comme dans le
cas de Rivlin, quelques années plus tôt, les intérêts internes du parti ont eu
raison des sondages d’opinion, puisque Poroush concourt en lieu et place du
maire en exercice, Loupolianski. Et perdra, contre Barkat.
Un autre membre du courant haredi qui a fait le grand saut de la mairie à la
Knesset est Ouri Maklev, de Yahadout Hatorah. Jusqu’à il y a 4 ans, il était
l’adjoint du maire Loupolianski. Depuis il a obtenu ses galons de député.
Maklev, qui appartient au mouvement Deguel Hatorah et représente donc le
segment lituanien haredi, est entré à la Knesset de la même façon que Poroush :
parce que c’était son tour, selon le strict et compliqué système de rotation et
de nomination de son segment. De même, Pindrus et Yossi Deitch, second adjoint
au maire, auront aussi leurs sièges à la Knesset en temps voulu, sauf si des
tensions internes amènent les différentes composantes du parti ashkénaze haredi
à se séparer avant.
La voie royale
Eli Gabai de l’ancien Parti national religieux (PNR), a été
membre du conseil municipal entre 1993 et 1998 avant d’être nommé à la Knesset.
Il siégeait au sein de la commission du planning et de la construction, dirigée
par des représentants de Yahadout Hatorah – d’abord Poroush, puis Loupolianski
et plus tard Yehoshoua Pollack.
De 1997 à 1998, Gabai était aussi adjoint au maire d’Olmert.
Il a laissé un héritage au conseil municipal : son fils, Yaïr.
Ce dernier a commencé dans les rangs du Parti national religieux – Habayit
Hayehoudi avant de devenir conseiller municipal indépendant. Avant les
dernières élections, il a échoué à obtenir une bonne place sur la liste du
Likoud.
On ne sait si le jeune Gabai va rester au conseil municipal ou renoncer.
Deux autres anciens assistants de Teddy Kollek ont fait aussi leurs débuts sur
la scène municipale. L’un est le maire actuel de Haïfa, Yona Yahav et l’autre,
Erel Margalit, un entrepreneur, numéro 8 sur la liste travailliste.
Yahav, né à Haïfa, a étudié à Jérusalem. Elu président de l’association des
étudiants, il est bientôt assistant et porteparole de Kollek. Vers 1993, il
retourne dans sa ville natale où il devient l’adjoint du maire Amram Mitzna.
Aux élections de 1996, il réussit l’exploit de se faire élire député pour
Avoda, poste qu’il occupera jusqu’en 1999, où il décide alors de briguer la
mairie de sa ville natale. Ce sera chose faite, en 2003, en tant que candidat
de l’ancien parti Shinoui.
Aujourd’hui, il est à Kadima.
Margalit, lui aussi venu à Jérusalem pour étudier à l’université Hébraïque,
occupera le poste de directeur du département pour le développement de
Jérusalem (alors section de la municipalité devenue depuis autorité
indépendante).
Il quitte la politique pour une carrière dans le hi-tech et l’investissement.
Considéré comme un bon candidat contre Barkat à la mairie de Jérusalem,
Margalit a décidé, voilà un an et demi de se concentrer sur une carrière
parlementaire.
Placé 8e sur les listes travaillistes, il a fait son entrée à la 19e Knesset,
le mois dernier.
Margalit est donc le dernier exemple à avoir emprunté la voie, apparemment
royale, qui mène des couloirs de la municipalité de Jérusalem à ceux de
l’assemblée nationale d’Israël.