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De Kikar Safra à la Knesset

By PEGGY CIDOR
02/26/2013 13:41
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Ces dernières décennies, un certain nombre d’officiers municipaux ont commencé par la mairie de Jérusalem pour ensuite atteindre l’hémicycle de la Knesset.

De la mairie à l'hémicycle : la Knesset à Jérusalem
De la mairie à l'hémicycle : la Knesset à Jérusalem Photo: Marc Israël Sellem


Au sixième étage du principal bâtiment de Kikar Safra, là où sont installés les bureaux de la mairie, on peut voir sur les murs les portraits des édiles et principaux conseillers municipaux. Si la plupart des visages sont inconnus du grand public, quelques-uns sont reconnaissables, pour être devenus depuis, des figures politiques nationales.

Conclusion : un représentant local a de grandes chances de poursuivre une carrière politique nationale. C’est d’ailleurs l’ambition de beaucoup de conseillers municipaux, tentés d’échanger leur siège du conseil de la ville contre un fauteuil à la Knesset – qui est pour eux la véritable assemblée.

Anat Hoffman – qui a siégé 14 ans au conseil municipal – l’affirme sans détour : « La mairie joue le rôle de couveuse.

Après tout, siéger à la Knesset n’est pas si différent qu’être représentant du syndic d’un immeuble. Dans tous les cas, il s’agit de représenter des électeurs. » Membre de la coalition et adjointe au maire de Teddy Kollek, Hoffman a ensuite été la principale rivale du maire Ehoud Olmert pendant ses deux mandats. Elle a, elle aussi, tenté, à deux reprises, de passer du conseil municipal à la Knesset (aux couleurs de Meretz), mais en vain (située à une place peu favorable de la liste, elle s’est désistée).

Si la mairie est un tremplin pour les candidats à la Knesset, ces derniers ne le lui rendent guère : à l’exception de l’approbation de gros budgets pour des projets de construction à grande échelle, comme le tramway promu par Olmert et l’autoroute Begin – Jérusalem a rarement bénéficié de l’élection de l’un de ses anciens conseillers municipaux, même ceux qui ont réussi à entrer au gouvernement.

« Ce que vous voyez d’ici n’est apparemment pas ce que vous voyez de là-bas », constate l’adjoint au maire Pepe Allalu de Meretz, « le seul cas où cela nous a servi c’est quand l’ancien porte-parole de la municipalité sous le mandat de Loupolianski – Gil Sheffer et avec lui Gidi Shmerling – a rejoint le bureau du Premier ministre. Ils ont fait beaucoup pour attirer l’attention sur les besoins de la ville, mais c’est l’exception qui confirme la règle. » Nir Barkat l’a bien compris. Récemment, il a donc suggéré de se présenter aux prochaines élections municipales sous la bannière du Likoud, qui a refusé. Jérusalem, malgré ou à cause de tous les problèmes concernant son statut, n’intéresse apparemment aucun parti. Ni le Likoud, ni Avoda, ni même Habayit Hayehoudi ne veulent parrainer un candidat pour la course à la mairie.

L’antichambre du Shas ? 

Poursuivons notre promenade dans la galerie de portraits : l’un des plus célèbres et anciens représentants de la ville qui a fait sa place sur la scène politique nationale, n’est autre qu’Eli Yishaï. Il débute sa carrière politique en 1987, comme assistant personnel de Nissim Zeev. Le cas de ce dernier mérite aussi le détour. Zeev a eu le premier l’idée d’un parti séfarade haredi à Jérusalem. Mais il n’imaginait pas que ce qui allait devenir le Shas, se hisserait à l’échelle nationale. Zeev a servi dans l’armée, terminé ses études dans la prestigieuse yeshiva Porat Yossef et passé un an comme hazan dans une grande synagogue séfarade de Brooklyn, entre 1974 et 1982.

Après avoir fondé la branche de l’association mondiale des Sefardim Shomere Tora (les séfarades observants) en 1983, il est élu au conseil municipal. Adjoint au maire sous Kollek (1983-1993), il l’est encore pendant le premier mandat d’Olmert de 1993 à 1998. Avant de démissionner pour la Knesset.

Revenons sur Yishaï. Après le départ de Zeev, c’est à son tour de prendre un jeune assistant, qui deviendra bientôt célèbre : Arie Deri. Ce dernier ne prend pas le temps de siéger au conseil municipal. Après une ascension politique fulgurante, il arrive à 24 ans au ministère de l’Intérieur, alors aux mains de Shas. Et cinq ans plus tard, Deri, à 29 ans, devient le plus jeune ministre de l’Intérieur.

Quant à Yishaï, il restera au conseil municipal jusqu’en 1996, où une décision de Rav Ovadia Yossef le mènera à la Knesset.

Puis, quand Deri est condamné en 1999, c’est lui qui prend la tête de Shas. Aujourd’hui, les deux hommes travaillent de concert pour diriger le parti.

Olmert vs. Itzik et Rivlin

Dans ces portraits, se distingue celui d’une femme : Dalia Itzik. Elle a commencé sa carrière publique à la tête de l’Association des enseignants de Jérusalem. D’abord, conseillère municipale, elle est bientôt adjointe au maire Teddy Kollek. Ce dernier s’était présenté à la tête d’une liste indépendante, mais la capitale représentait un enjeu important pour le parti travailliste, alors au pouvoir.

Itzik, elle, est élue députée à la Knesset en 1992. A l’orée d’une carrière prometteuse, elle espère être bientôt ministre et refuse donc d’être la candidate travailliste pour la mairie de Jérusalem aux élections municipales de novembre 1993, où Kollek perd face au Likoudnik Olmert. Elle aura eu raison : après avoir officié à la tête des portefeuilles de l’Environnement de 1996 à 1999, puis de l’Industrie et du Commerce en 2001, et de la Communication en 2005, elle sera nommée présidente de la Knesset en 2006, toujours sous la bannière travailliste.

Olmert aura tenu les rênes de la municipalité de Jérusalem le temps de deux mandats, jusqu’en février 2006. Cette annéelà, Itzik lui prête allégeance alors qu’il devient le leader de Kadima, que tous deux ont rejoint (l’une d’Avoda, l’autre du Likoud) dans le sillage d’Ariel Sharon.

Aujourd’hui, 20 ans après leur opposition à la mairie de Jérusalem, ni Olmert, ni Itzik ne siègent à la Knesset. En 2008, Olmert démissionne de son poste de Premier ministre, suite à des accusations dans plusieurs affaires de corruption. De son côté, Itzik, après avoir vu que ses chances d’obtenir une bonne position sur la liste de Kadima étaient minces, a, bien avant les élections 19e Knesset, annoncé qu’elle prenait congé de la vie politique.

Reouven Rivlin, du Likoud, qui en 2009 a remplacé Itzik à la présidence de la Knesset, a lui aussi commencé sa carrière politique dans les couloirs de la municipalité de Jérusalem, de 1978 à 1983, comme conseiller municipal et adjoint au maire. En 1988, alors qu’il aspire à se présenter à la tête de contre Kollek, le Likoud choisit un autre membre de sa branche locale, Shmuel Pressburger, un proche d’Olmert.

Pressburger perdra, mais Olmert gagnera contre Kollek, quelques années plus tard.

Suite à un long antagonisme entre les deux hommes, Olmert refusera d’inclure Rivlin sur les listes de son conseil municipal. Rivlin reste alors à la Knesset dont il est nommé président en 2003, l’année où Olmert quitte la mairie pour devenir l’adjoint de Sharon au poste de Premier ministre.

Il occupera de nouveau le poste en 2007, après avoir été le rival malheureux de Peres pour la présidence de l’Etat. Rivlin est considéré comme un candidat de choix pour devenir chef de l’Etat, si Shimon Peres devait décider de ne pas se représenter.

Une affaire de famille 

Parmi les députés ultra-orthodoxes, quelques-uns de leurs membres ont aussi emprunté la voie qui mène de la politique locale à la politique nationale : de Kikar Safra à l’hémicycle de Givat Ram.

Meir Poroush a d’ailleurs été le pionnier en la matière. Après avoir siégé au conseil municipal pendant 13 ans – dont 7 comme adjoint au maire Kollek – Poroush est arrivé à la Knesset. Itzhak Pindrus, représentant de Yahadout Hatorah (Judaïsme unifié de la Torah, composé de différents groupes) explique comment les nominations se déroulent : « Chez nous, les candidats ne sont pas choisis en fonction de leurs mérites ou de leurs actions, même si cela peut parfois être pris en compte. Nos rabbins désignent plutôt les candidats en fonction des groupes auxquels ils appartiennent. Poroush est donc passé du conseil municipal à la Knesset, quand il était temps que son mouvement, Shlomei Emunim, atteigne cette position. » Chez les Poroush, la politique est une affaire de famille : le père de Meir, feu Menahem Poroush, était membre de la Knesset, et son fils, Israël Poroush, est adjoint au maire d’Elad.

En 2008, Meir Poroush, alors ministre adjoint, brigue la mairie. Comme dans le cas de Rivlin, quelques années plus tôt, les intérêts internes du parti ont eu raison des sondages d’opinion, puisque Poroush concourt en lieu et place du maire en exercice, Loupolianski. Et perdra, contre Barkat.

Un autre membre du courant haredi qui a fait le grand saut de la mairie à la Knesset est Ouri Maklev, de Yahadout Hatorah. Jusqu’à il y a 4 ans, il était l’adjoint du maire Loupolianski. Depuis il a obtenu ses galons de député.

Maklev, qui appartient au mouvement Deguel Hatorah et représente donc le segment lituanien haredi, est entré à la Knesset de la même façon que Poroush : parce que c’était son tour, selon le strict et compliqué système de rotation et de nomination de son segment. De même, Pindrus et Yossi Deitch, second adjoint au maire, auront aussi leurs sièges à la Knesset en temps voulu, sauf si des tensions internes amènent les différentes composantes du parti ashkénaze haredi à se séparer avant.

La voie royale

Eli Gabai de l’ancien Parti national religieux (PNR), a été membre du conseil municipal entre 1993 et 1998 avant d’être nommé à la Knesset. Il siégeait au sein de la commission du planning et de la construction, dirigée par des représentants de Yahadout Hatorah – d’abord Poroush, puis Loupolianski et plus tard Yehoshoua Pollack.

De 1997 à 1998, Gabai était aussi adjoint au maire d’Olmert.

Il a laissé un héritage au conseil municipal : son fils, Yaïr.

Ce dernier a commencé dans les rangs du Parti national religieux – Habayit Hayehoudi avant de devenir conseiller municipal indépendant. Avant les dernières élections, il a échoué à obtenir une bonne place sur la liste du Likoud.

On ne sait si le jeune Gabai va rester au conseil municipal ou renoncer.

Deux autres anciens assistants de Teddy Kollek ont fait aussi leurs débuts sur la scène municipale. L’un est le maire actuel de Haïfa, Yona Yahav et l’autre, Erel Margalit, un entrepreneur, numéro 8 sur la liste travailliste.

Yahav, né à Haïfa, a étudié à Jérusalem. Elu président de l’association des étudiants, il est bientôt assistant et porteparole de Kollek. Vers 1993, il retourne dans sa ville natale où il devient l’adjoint du maire Amram Mitzna. Aux élections de 1996, il réussit l’exploit de se faire élire député pour Avoda, poste qu’il occupera jusqu’en 1999, où il décide alors de briguer la mairie de sa ville natale. Ce sera chose faite, en 2003, en tant que candidat de l’ancien parti Shinoui.

Aujourd’hui, il est à Kadima.

Margalit, lui aussi venu à Jérusalem pour étudier à l’université Hébraïque, occupera le poste de directeur du département pour le développement de Jérusalem (alors section de la municipalité devenue depuis autorité indépendante).

Il quitte la politique pour une carrière dans le hi-tech et l’investissement. Considéré comme un bon candidat contre Barkat à la mairie de Jérusalem, Margalit a décidé, voilà un an et demi de se concentrer sur une carrière parlementaire.

Placé 8e sur les listes travaillistes, il a fait son entrée à la 19e Knesset, le mois dernier.
Margalit est donc le dernier exemple à avoir emprunté la voie, apparemment royale, qui mène des couloirs de la municipalité de Jérusalem à ceux de l’assemblée nationale d’Israël.
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Peggy Cidor
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