Le Bolchoï fait son aliya

Le célèbre Opéra du Bolchoï, qui a survécu aux turbulences de l’histoire, met l’Etat juif au programme de ses tournées à l’étranger.

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July 9, 2013 17:47
L'entreprise a dû survivre aux caprices des différents tsars et de leurs épouses.

P20 JFR 370. (photo credit: Yossi Tzeker et David Yusupov)

 
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Ce n’est pas tous les jours qu’une troupe mythique choisit Israël pour s’y produire. Le célèbre Opéra du Bolchoï, son orchestre et sa chorale, dont la réputation n’est plus à faire, sont actuellement dans la Ville blanche, pour une série de représentations de l’opéra de Tchaïkovski, Eugène Onéguine. Une première pour cette compagnie, que d’honorer la scène israélienne, de sa visite. Le Bolchoï et ce compositeur ont en partage la même nationalité, comme tous les membres de la troupe, à l’époque à laquelle Alexandre Pouchkine a écrit le roman éponyme, qui donnera son nom à l’opéra. Le livret a été publié sous forme de feuilleton entre 1825 et 1832, et la première édition complète a été publiée en 1833.

Eugène Onéguine est généralement considéré comme le must des opéras de Tchaïkovski et comme l’un des plus grands opéras russes, jamais composés. Tchaïkovski l’achève en 1878 et la première a lieu à Moscou en 1879.

Une pléthore de talents 

A sa création, le théâtre du Bolchoï est une institution culturelle privée, sous le patronage du procureur de la Couronne de Moscou, le prince Piotr Urusov. Le 28 mars 1776, l’impératrice Catherine II, accorde au prince le privilège d’organiser des spectacles de théâtre, des bals et autres formes de divertissements, pour une période de 10 ans. Et c’est à la faveur de ce geste que le théâtre du Bolchoï voit le jour.

En 1825, l’année de la publication des premiers extraits du roman de Pouchkine, le théâtre installe ses quartiers à Moscou, dans des locaux très spacieux, qu’il ne devra plus quitter. Près de deux siècles plus tard, la troupe fait ses premiers pas sur le sol israélien, avec un contingent d’artistes non négligeable. Vasili Sinaiski, le chef d’orchestre et directeur musical du Bolchoï va partager sa baguette et le podium avec Alan Buribaev, chef d’orchestre spécialement invité, ainsi que 17 solistes – dont la soprano renommée Tatiana Monogarova, le baryton Norvégien Audun Iversen et la mezzo-soprano Margarita Mamsirova.

L’homme aux multiples talents, qui supervise l’ensemble de la production et veille à ce qu’elle garde son cap, est le metteur en scène et scénographe Dmitri Tcherniakov.

Selon le musicologue et violoniste Victor Licht, natif de Moscou qui réside aujourd’hui à Beit Shemesh depuis son aliya en 1997, Tcherniakov, de par sa créativité singulière, est une valeur ajoutée à cette production. «C’est un metteur en scène d’avant-garde et il fait souvent les choses de manière particulièrement originale et provocatrice », pointe Licht. « Il prend un opéra classique et en fait un opéra contemporain. »

Une histoire de libertés contrariées 

Ce n’est pas un mince exploit pour une institution culturelle de cette envergure, que de se maintenir au firmament pendant si longtemps, surtout si l’on tient compte des nombreux bouleversements politiques qu’il lui a fallu traverser, des périodes de violences qui ont secoué ce coin du globe à des degrés divers, et dont le Bolchoï a subi les secousses. L’entreprise a dû survivre aux caprices des différents tsars et de leurs épouses, sans parler de la révolution communiste de 1917, puis plus tard l’effondrement de l’Union soviétique et la réémergence de la Russie. Rien que cela aurait pu mettre le théâtre et l’opéra à genoux.

Aux heures les plus sombres de l’ère soviétique, les gens font la queue pour une miche de pain plus ou moins frais, les mains gercées, debout dans les rues enneigées pendant des heures, mais la culture et les arts continuent de briller avec leur faste et leur grandeur, qui vont survivre à tous les régimes.

Staline, par exemple, se révèle être un grand fan du Bolchoï. Le musicologue Licht, ajoute que l’institution bénéficie alors de ressources financières puisées dans l’immense pays qui le subventionne. «N’oubliez pas, l’Union soviétique est alors un empire énorme et le Bolchoï engage des artistes, musiciens et chanteurs, issus des quatre coins du territoire.» Il n’empêche que le Bolchoï subit des restrictions sévères et sa liberté de mouvement est restreinte, ce qui, de l’avis de Licht, n’est pas sans conséquences sur la qualité de ses productions qui en pâtissent. « Le Bolchoï n’était pas autorisé à se produire à l’extérieur de l’Union soviétique. C’est ainsi que de très grands artistes sont restés d’illustres inconnus et c’est très dommage. De merveilleux chanteurs de basse, comme Maxim Mikhailov et Mark Raizen n’ont pas fait la carrière internationale qu’ils auraient mérité d’avoir ». Mikhailov, lui est un phénomène sans aucune formation musicale, ce qui ne l’empêche pas de devenir le chanteur favori de Staline. Mais la politique insulaire et le protectionnisme des autorités, assortis d’une interdiction de voyager à l’étranger, vont peser sur la créativité du Bolchoï, avance Licht, et infirmer la qualité de ses productions.

« De grands musiciens et des artistes extraordinaires au Bolchoï à cette époque, ne pourront jamais sortir du pays. Sans ouverture sur le monde, un artiste n’est pas stimulé et souffre d’un sentiment d’étouffement de ne pouvoir se nourrir d’énergies et d’idées nouvelles ».

Le « scandale » de Lady Macbeth 

Le Bolchoï fait ses débuts comme second violon (pardonnez le calembour). C’est son homologue, le théâtre Mariisnky à Saint-Pétersbourg qui a la vedette. « La capitale des tsars, Saint-Pétersbourg, n’a de cesse de rivaliser avec Moscou capitale rouge, née de la révolution d’Octobre en 1917 », explique Licht.

Le changement dans le climat politique se révèle vite une aubaine pour l’institution basée à Moscou. «Puis à la faveur d’un renversement des tendances, le Bolchoï devient numéro un et Mariisnky tombe en disgrâce aux yeux des autorités », explique Licht. Là encore, note-t-il, tout n’est pas rose pour le Bolchoï dans l’URSS des premiers jours. « Nombreux sont ceux qui accusent la troupe de faire de l’art bourgeois réservé à une élite. L’avenir de la compagnie n’est jamais à l’abri du danger ».

Mais il n’en reste pas moins que le Bolchoï a ses partisans et bénéficie d’appuis dans les hautes sphères du pouvoir. « Il y a, au gouvernement soviétique, un certain Anatoli Lounatcharski, qui comprend l’importance culturelle du Bolchoï, et met un point d’honneur à ce que cette maison historique ne soit pas abolie.» Après la révolution d’Octobre, Lounatcharski est nommé commissaire des Lumières dans le premier gouvernement soviétique et, en tant que tel, est en charge de l’éducation. Il est associé à la création du théâtre Bolchoï en 1919, et travaille en collaboration avec l’écrivain Maxime Gorki, le poète Alexandre Blok et l’actrice bolchevique Maria Andreeva, administratrice de l’établissement.

Malgré le soutien enthousiaste de Staline pour le Bolchoï, l’institution connaît quelques incidents de parcours mémorables. L’un d’eux survient en 1936. Le dictateur se rend alors au théâtre pour voir une mise en scène avant- gardiste, et le triomphe de la Lady Macbeth de Mesensk de Dmitri Chostakovitch. « Scandale », dit Licht. « Staline déteste le spectacle ». Le journal officiel du gouvernement soviétique, la Pravda, assassine le spectacle dans ses colonnes.

À l’époque, le compositeur n’a que 29 ans, et Lady Macbeth a déjà connu une tournée triomphale en Union soviétique avec plus de 200 représentations et rencontré un vif succès à l’étranger devant un public enthousiaste aussi bien à Londres, New York, Prague et Copenhague. Rien de tout cela n’aura l’ombre d’une influence sur Staline et suite à la mauvaise presse de la Pravda, le rideau tombe définitivement sur le spectacle.

Le prix de la liberté artistique 

Il faudra attendre 26 ans pour que Lady Macbeth de Mesensk soit remonté et représenté en URSS. On pensait qu’avec l’effondrement du régime soviétique en 1991, les circonstances allaient à nouveau favoriser le Bolchoï dans le sens de plus de liberté artistique. « Mais c’est un changement à deux tranchants », observe Licht. « Pendant l’ère soviétique, le Bolchoï bénéficiait du meilleur soutien financier de tous les théâtres de l’ensemble de l’Union soviétique, mais tout cela a pris fin quand le régime est tombé. Le prix à payer pour la liberté. » L’exigence d’une totale indépendance artistique est toujours à l’ordre du jour et l’ambition de cette institution artistique. « Le Bolchoï se lance dans de nombreuses productions contemporaines », note Licht, à l’initiative de Tcherniakov. Mais audace et originalité ne font pas toujours bon ménage avec qualité, comme souligne le musicologue, et le travail de Tcherniakov ne fait pas toujours l’unanimité. « A mon avis, tout ce que fait Tcherniakov, n’est pas toujours réussi, mais c’est toujours très intéressant. Son travail est provocateur, toujours surprenant, et tout à fait imprévisible. » Malgré quelques réticences personnelles sur la manière de travailler de Tcherniakov, Licht explique que sa venue avec le Bolchoï ici vaut le détour. C’est un événement à ne pas manquer et il ne faut pas bouder son plaisir. « J’ai souvent assisté à des représentations du Bolchoï à Moscou, » se souvient-il, « et c’était toujours intéressant. Je pense que le public israélien va trouver que ce travail mérite le détour. Il y a de jeunes nouveaux talents dans la troupe du Bolchoï, et c’est une grande opportunité pour les Israéliens que de les entendre et de les voir à l’œuvre ».

A l’Opéra d’Israël, au cours d’une conférence de presse que le Bolchoï a donné peu après son arrivée, Sinaiski a fait la promotion du spectacle qui devrait faire le plein. « Ce n’est pas une nouvelle production, mais elle est très célèbre, » a-t- il déclaré. « Le Bolchoï l’a déjà fait tourner dans le monde entier et partout, cela a été le même succès. Nous avons une excellente équipe de jeunes solistes ».

Anton Getman, le directeur général adjoint Bolchoï, s’est quant à lui enthousiasmé pour la programmation de l’Opéra de Tel-Aviv et a regretté que le Bolchoï ait tant tardé à venir. « Je tiens à remercier Hanna Mounitz, directeur général de l’Opéra d’Israël, de nous avoir invités », a-t-il dit. « Cette invitation remonte à trois ans. J’espère qu’ici, les spectateurs apprécieront Eugène Onéguine, qui se trouve être mon opéra préféré. »

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