JUDAISME : L'homme est conduit sur la voie qu'il veut bien suivre

899 judaisme (photo credit:)
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Durant les périgrénations dans le désert, le peuple d'Israël doit affronter tous ceux qui veulent lui barrer la route pour l'empêcher d'atteindre la Terre promise. Et parmi ses ennemis, Balak, roi de Moab qui craint les Hébreux, vainqueurs de rois puissants tels que Sihone, roi des Amoréens et Og roi de Bachan. Que fait Balak ? Au lieu de se porter courageusement avec son armée au devant d'Israël, pour le combattre les armes à la main, il fait appel à un prophète du nom de Bilam. Et que lui demande-t-il ? Tout simplement de proférer des malédictions contre Israël pour le mettre hors d'état de nuire. Rachi explique dans son commentaire pourquoi Balak va chercher assistance auprès d'un prophète, précisément originaire de Midian. Et il dit que Balak, ayant vu Israël vaincre chaque fois d'une manière surnaturelle, sachant d'autre part que Moshé avait vécu de nombreuses années dans le pays de Midian, et enfin ayant appris que toute la force de Moshé résidait dans sa parole, il décida d'envoyer un homme de Midian dont la force était aussi dans la parole. Cet homme selon lui ne pouvait être que Bilam, prophète des nations. Ce tandem Balak-Bilam poursuivait deux objectifs bien précis : empêcher les Hébreux d'entrer dans le pays de Canaan et faire revenir Dieu sur son choix d'Israël comme peuple élu. Cela dit, des deux compères, Balak n'était pas le plus dangereux. La paracha aurait très bien pu s'appeler Bilam plutôt que Balak. Bilam, à qui était donnée l'occasion d'engloutir Israël par la magie des mots. Comme son nom l'indique : "Bilam », prêt à dévorer un peuple. Son but était de maudire les Hébreux, de les affaiblir afin que Balak soit à même de les combattre et les vaincre plus facilement. On comprend dès lors que la réussite ou l'échec de cette entreprise dépendait en premier lieu de l'action de Bilam. Action qui devait décider de l'avenir du peuple d'Israël quant à son entrée en Terre promise. Si Bilam avait, à Dieu ne plaise, réussi, l'aventure d'Israël aurait tourné court, elle se serait terminée à deux pas du pays de Canaan. Heureusement que l'Eternel en a décidé autrement et soit intervenu. Essayons à présent d'analyser ce phénomène d'un homme qui veut faire sortir de sa bouche des malédictions qui comme par enchantement, se transforment en bénédictions, et ce, pas une seule fois mais à six reprises successives. Avant d'examiner ce problème, on ne peut passer sous silence l'étrange démarche de Dieu au début de cette affaire. Démarche qui a fait l'objet de l'étonnement de la plupart des commentateurs. De quoi s'agit-il ? Tout d'abord, Dieu s'oppose catégoriquement à la mission de Bilam. Ensuite, changement de cap, Dieu autorise Bilam à accompagner les émissaires de Moab. Il lui permet de parler mais lui refuse la liberté d'expression. Et au cas où Bilam n'aurait pas saisi, il lui dit très clairement : "Tu ne maudiras point ce peuple car il est béni" (Nombres, 22, 12). Et "la parole que je te dicterai, celle-là seule tu diras" (22, 35). De quelque façon que nos Sages répondent à ces ambiguïtés, ils ne manquent pas de souligner la liberté laissée finalement à l'homme de bien faire ou mal faire. Le libre-arbitre dont parle la Torah dans le Deutéronome est traduit dans le Talmud par ces mots : "l'homme est conduit sur la voie qu'il veut bien suivre." Ce fut le cas de Bilam à propos duquel on assiste en plus à une décomposition de sa personnalité, à une véritable dépersonnalisation. Lui, qui dans sa nature déteste profondément les enfants d'Israël, est entraîné malgré lui à les aimer tout aussi fortement, au point de se souhaiter le même destin: "Puissé-je mourir comme meurent ces Justes, et puisse ma fin ressembler à la leur" (23, 10). Lui qui se veut prophète des nations, se targuant lui-même d' "homme au regard clairvoyant, qui entend les paroles de Dieu qui perçoit la vision du Tout-Puissant" (24, 4), vivra toute sa vie solitaire, misérable, et périra par le glaive dans la guerre que livrera Israël à Midian, (Nombres 31, 8). Dès le début de la paracha, on voit comment, enfermé dans son monde, il reçoit les délégués de Balak. Il ne parvient pas à établir le contact avec eux, et encore moins avec les Hébreux qu'il considère depuis le début comme de vils étrangers. Il entre en conflit même avec son ânesse, cette bête bornée par définition est plus clairvoyante que lui qui est pourtant prophète. Son ânesse voit avec les yeux de l'esprit l'ange lui barrer la route, Bilam l'extralucide ne voit rien. Nos Sages ont souvent comparé Moshé à Bilam. Moshé était un prophète authentique. Bien qu'en relation avec le monde spirituel, il n'ignorait rien du monde matériel, du concret. Bilam était plus devin que prophète. Il évoluait dans un monde irréel qu'il se créait et où il s'enfermait. Au bord de la névrose, il était totalement détaché de ce qui l'entourait. Moshé percevait Dieu à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, tandis que Bilam n'appréhendait la divinité que dans des visions nocturnes qui par définition se révélaient troubles, voire obscures. Ne parvenant pas à maudire, donc à vaincre Israël par le verbe, il va conseiller à Balak d'envoyer les filles de Moab se prostituer aux enfants d'Israël en affirmant : "le Dieu de ce peuple hait la débauche". Bilam ici avait vu juste. Le châtiment divin sera sans appel puisque notre paracha se termine par le verset 9, chap. 25 : "ceux qui avaient péri par suite du fléau furent au nombre de 24 000". Si la massora (tradition) s'est permise de terminer cette paracha sur un événement tragique causant des milliers de morts, nous ne dérogerons pas quant à nous à la règle nous enjoignant de ne pas terminer comme de ne pas commencer tristement les différents passages de la paracha. Parmi les bénédictions que Bilam a été forcé de prononcer, il en est une, la plus forte de toutes, que l'on voit souvent au fronton de nombreuses synagogues. "Ma tovou ohalekha Yaacov, mishkenotekha Israël" : qu'elles sont belles tes tentes, ô Jacob, tes demeures, ô Israël (24, 5). Dans le Talmud, Rabbi Yohanan dit qu'à travers cette bénédiction, Bilam avait vu que la force d'Israël résidant dans ses tentes - les lieux de prières, et dans ses demeures - les lieux d'étude. Tant que les Juifs se réuniront dans les lieux de prière et d'étude, leurs ennemis ne pourront rien contre eux. C'est ce message prophétique que Bilam envoya à Balak. Celui-ci voulant mettre fin à l'élection d'Israël par Dieu ordonna de suite aux filles de Moab de se glisser entre les tentes et les demeures d'Israël pour en faire sortir le peuple et l'entraîner à la prostitution et par la même à l'idolâtrie. Une opportunité pour nous de ne pas prendre les mots prostitution et idolâtrie au pied de la lettre. Mais nous savons que sans nos sociétés il y a plusieurs formes de prostitution et d'idolâtrie. Il nous appartient de nous en éloigner. Cela contribuera certainement hâter la venue du Machiah et la construction du Troisième Temple. Les trois semaines de deuil qui commencent avec le 17 Tamouz suivent de près notre paracha. C'est à nous qu'il appartient de transformer les jeûnes du 17 Tamouz et du 9 av en jours de fêtes, comme l'a prédit le prophète Zacharie au chapitre 8, verset 19 : "Ainsi a dit l'Eternel Tsevaot : le jeûne du 4e mois (17 Tamouz), celui du 5e mois (9 Av), celui du 7e mois (Guedalia) et celui du 10e mois (10 Tevet) deviendront pour la maison de Juda des jours d'allégresse, de joie, et de fête." Famillezaffran@yahoo.fr