La Chine : un refuge pour les Juifs persécutés pendant la 2nde guerre

Le musée des réfugiés juifs de Shanghai a reconstitué leur histoire alors qu'ils résidaient dans la partie pauvre de la ville

By MARK ANDREWS
August 18, 2016 12:40
Avril 1946 : les réfugiés de Hongkou recherchent leurs proches dans des listes de survivants des cam

les réfugiés de Hongkou recherchent leurs proches dans des listes de survivants des camps. (photo credit: DR)

 
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«Ne tend-on pas un siège à une personne fatiguée ? Cela semble un geste tout à fait naturel. C’est ce qu’ont fait les Chinois avec nous. Ils nous ont laissés nous installer, ils nous ont permis de vivre à leurs côtés », explique Izak Rosenberg-Aamidor. Une allusion à la bonne volonté dont ont fait preuve les habitants de Shanghai vis-à-vis des réfugiés juifs – dont sa propre famille – qui fuyaient l’Europe déchirée par la guerre.
Plus de 30 000 juifs sont ainsi arrivés à Shanghai en trois vagues d’émigration. Entre 1933 et juin 1940, la plupart font le voyage en bateau, depuis les ports italiens. Avec l’entrée en guerre de l’Italie, cette route est bloquée. Jusqu’en juin 1941, quelques réfugiés parviennent encore à parcourir la longue marche, semée d’embûches, à travers l’Union soviétique. Mais lorsque la guerre éclate entre l’Allemagne et l’URSS, cette voie est également fermée, sauf pour ceux qui se trouvent déjà dans la région.
La plupart des nouveaux arrivants sont logés dans le district de Hongkou, un quartier assigné aux immigrants étrangers. « C’était la partie pauvre de la ville : il y avait beaucoup de bâtiments vides », se souvient Zhou Xiaoxia, le directeur du musée des Réfugiés juifs de Shanghai. Pendant les années 1930, les Japonais n’ont pas cessé leurs attaques sur la cité, jusqu’à leur prise de contrôle totale, incitant de nombreux Chinois à fuir les zones occupées. Malgré les troubles, les juifs continuent à arriver et redonnent vie au quartier autour de Tilanqiao à Hongkou. Les commerces portant des noms allemands font leur apparition autour de Chushan Road (aujourd’hui Zhoushan lu) et le secteur est bientôt surnommé « la petite Vienne » (Little Vienna).

L’an dernier, la direction du musée a ressuscité un de ces endroits : Zum Weissen Rössl (à l’auberge du Cheval blanc) désormais situé en face du musée sur Changyang lou, l’ancienne Ward Road. L’établissement d’origine a vu le jour en 1939, fondé par Rudolf Mossberg qui avait fui l’Autriche. Créé sur le modèle des cafés viennois, il porte le nom d’une opérette populaire de l’époque et devient le rendez-vous nostalgique des juifs germanophones exilés. Le soir, il se transforme en boîte de nuit où se produisent régulièrement des musiciens. On y sert entre autres la fameuse Wiener Schnitzel (escalope viennoise). L’auberge d’origine, située à un peu plus d’une centaine de mètres, a été démolie en 2009, jugée insalubre par la municipalité. Cela s’est produit lors des travaux d’élargissement de la route, dans le cadre des efforts de réhabilitation de la ville en vue de l’Exposition universelle de 2010.

Apatrides


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Contrairement à de nombreux réfugiés de langue allemande, la famille d’Izak Aamidor est originaire de Pologne. Son père est lié à la yeshiva de Mir, ils parlent le yiddish et appartiennent au courant réformé (conservative). Lors du partage de la Pologne entre l’Allemagne et l’Union soviétique, la famille, comme la plupart des membres de la Yeshiva, fuit vers la Lituanie. Le problème le plus ardu, pour les juifs qui tentent alors d’échapper à la furie qui s’empare de l’Europe, est l’obtention d’un visa : Sugihara Chiune, vice-consul japonais en Lituanie, leur en accorde un pour le Japon. En 1941, la famille arrive à Kobe, ville portuaire nippone. Leur objectif initial est d’immigrer aux Etats-Unis, mais l’attaque de Pearl Harbor et l’entrée en guerre de l’Amérique empêchent leur projet d’aboutir. En 1943, ils sont déplacés à Shanghai, suite aux pressions nazies sur les Japonais afin que tous les juifs soient concentrés sur les territoires que ceux-ci contrôlent.

Ainsi, l’armée japonaise va-t-elle confiner tous les réfugiés arrivés après 1937 dans une petite partie de Hongkou définie comme « Zone désignée pour les réfugiés apatrides ». Or ce quartier était déjà le fief de nombreux immigrants juifs. Malgré les pressions nazies réclamant leur extermination, les Japonais ont du mal à saisir l’aversion du Troisième Reich envers les juifs. Preuve en est cette anecdote : à l’époque, le Rav Shimon Sholom Kalish, qui dirige la yeshiva de Mir, est interrogé par les Japonais sur les intentions nazies. « Les Allemands nous détestent parce que nous sommes orientaux », répond ce dernier en toute innocence !

Après 1941, les Japonais s’emparent de la totalité de la ville de Shanghai, auparavant sous administration britannique, française et américaine. Deux ans plus tard, un ghetto est établi, qui va sévèrement restreindre les mouvements des membres de la yeshiva de Mir et des autres juifs, réduisant à néant leurs espoirs de trouver un emploi dans les quartiers plus huppés de la ville. La famille Aamidor survit en grande partie grâce aux œuvres de bienfaisance de la communauté juive : le père d’Izak exerce le métier de chohet (abatteur rituel) et sa mère fait des lessives, pour un modeste revenu. « Nous vivions avec les Chinois », raconte Aamidor. « Dans les ghettos européens, les Allemands avaient complètement isolé les juifs et déplacé les non-juifs, mais nous partagions leur vie, c’est-à-dire également leurs difficultés. »
Avec la défaite du Japon et la fin de la guerre dans le Pacifique, la paix revient. Des colis alimentaires pour la communauté juive commencent à arriver : les réfugiés vont les partager avec leurs voisins chinois, un fait qui reste gravé dans les mémoires jusqu’à aujourd’hui.

Un semblant de vie normale


Quelques traces de cette histoire sont encore visibles de nos jours. Une plaque au 818 de la rue Tangshan révèle que le quartier regorgeait autrefois de maisons Shikumen traditionnelles, ces vieux bâtiments de briques roses, aux portails de pierres donnant sur une cour carrée, mélange d’architecture chinoise et occidentale. C’est l’un de ces endroits qui abritait les réfugiés. « Ma famille vivait dans une petite pièce au dernier étage d’un immeuble comme celui-ci », explique Aamidor.

La ville de Shanghai occupée était, à certains égards, un endroit dangereux. « Ma mère a vu des Japonais tirer sur les Chinois. Il fallait faire très attention, mais la nuit on n’avait pas à redouter de se faire réveiller par des coups violents frappés à la porte. Mon frère pouvait jouer en toute quiétude dans la rue. On menait, malgré tout, un semblant de vie normale, ce qui était inimaginable dans une grande partie de l’Europe. » C’est dans ce relatif sanctuaire qu’Izak Aamidor a vu le jour. En 1948, alors qu’il est âgé de trois ans, sa famille quitte Shanghai pour les Etats-Unis. Cependant, la ville restera toujours pour lui un lieu de refuge. Il y a 15 ans, fuyant des conflits personnels, il postule pour des emplois à Shanghai.

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Lorsque l’on arpente ces quartiers aujourd’hui, le souvenir de cette époque subsiste encore parmi les habitants. Mais les témoins oculaires sont de plus en plus rares, tout comme les bâtiments qui disparaissent peu à peu. Dvir Bar-Gal, un ancien journaliste israélien, a passé de nombreux mois à explorer la région. Depuis 2002, il organise régulièrement des visites de la Shanghai juive. C’est lui qui a réussi à retrouver la trace, en Australie, de la famille à qui appartenait la fameuse auberge du Cheval blanc, permettant sa reconstitution.

Depuis quinze ans, Izak Rosenberg-Aamidor a renoué avec la ville qui l’a vu naître. Il s’est toujours senti le bienvenu ici. Ainsi, le premier mot qu’il a reçu en réponse à une demande d’emploi auprès de l’Université normale de la Chine orientale à son retour à Shanghai a été un chaleureux « Chalom ».
« Je me suis toujours senti à l’aise en Chine. Les gens sont gentils. La Chine a toujours été une terre d’accueil pour les juifs », assure-t-il, en avalant une dernière lampée d’écume de son cappuccino, attablé au café du Cheval blanc. Si les souvenirs s’estompent, les liens restent solides dans cette petite partie de Shanghai.

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