La période de latence post-élections américaines : un danger pour Israël ?

Le gouvernement israélien craint que Barack Obama utilise la période de transition présidentielle pour imposer des négociations de paix avec les Palestiniens ou une résolution contraignante

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November 6, 2016 14:11
Rencontre entre Netanyahou et Obama en septembre dernier, en marge de l'AG de l'ONU

Rencontre entre Netanyahou et Obama en septembre dernier, en marge de l'AG de l'ONU. (photo credit: REUTERS)

Les spéculations vont bon train. Le président américain sortant Barack Obama va-t-il utiliser la période de transition pour essayer de laisser sa marque dans l’Histoire en tentant de régler le conflit israélo-palestinien ? Plusieurs options sont à sa disposition. Première possibilité, un discours présidentiel. Une allocution qui resterait dans les mémoires et poserait les bases d’une solution à deux Etats. Deuxième éventualité, un virage à 180 degrés de la diplomatie américaine. A savoir, utiliser le Conseil de sécurité des Nations unies pour faire adopter une résolution qui condamnerait la construction dans les implantations juives de Judée-Samarie, ou pire, imposerait un cadre et un calendrier à un règlement définitif du conflit.

Des Etats-Unis rancuniers

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Au cours de l’année écoulée, l’administration Obama a fait monter la pression sur Jérusalem, multipliant les critiques des nouveaux projets immobiliers dans les implantations et s’inquiétant du futur d’Israël comme Etat juif et démocratique. Début octobre, Washington a été particulièrement irrité quand le gouvernement Netanyahou a approuvé de nouvelles constructions, alors que la relation entre les deux alliés semblait au beau fixe. Un accord de soutien militaire sans précédent venait d’être signé quelques semaines plus tôt, Obama et Netanyahou s’étaient rencontrés pour la dernière fois en marge de l’Assemblée générale des Nations unies et semblaient avoir pour l’occasion mis de côté leur inimitié présumée, enfin les Etats-Unis avaient honoré la mémoire de Shimon Peres par la présence à ses funérailles de deux présidents et la mise en berne des drapeaux. La Maison-Blanche s’est donc sentie trahie.

Martin Indyk, ancien envoyé spécial d’Obama pour la relance des négociations entre Israéliens et Palestiniens, avait alors expliqué au New York Times que le gouvernement américain haussait le ton depuis déjà plus d’un an sur la question des implantations, mais qu’Israël faisait la sourde oreille. Et d’avertir qu’il arrivera un moment où il y aura des répercussions à ce que certains à Washington considèrent comme une volonté israélienne d’enterrer définitivement la solution à deux Etats. Un indice sur ce que pourraient être les conséquences dont parle Indyk est apparu dans le même journal en date du 6 octobre : « La meilleure option à présent serait de présenter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution officielle mettant en place les grandes lignes d’un accord de paix réglant l’ensemble des questions : la sécurité d’Israël, le futur de Jérusalem, le problème des réfugiés palestiniens et celui des frontières des deux Etats », affirmait alors l’éditorialiste du grand quotidien américain.

Benjamin Netanyahou aurait donc de bonnes raisons de s’inquiéter. Lors d’une rencontre avec des habitants d’implantations juives en octobre, le Premier ministre aurait expliqué à ses interlocuteurs que la période de transition présidentielle aux Etats-Unis serait particulièrement sensible. « Nous devons agir prudemment et vous, plus que d’autres, devez le comprendre », aurait-il dit aux Israéliens résidant au-delà de la Ligne verte, selon le quotidien Haaretz. Alors que le Premier ministre a nié avoir fait de tels commentaires, son cabinet a par la suite publié une déclaration dans laquelle il est précisé que le chef du gouvernement a en effet mis en garde son auditoire. « Par le passé, des présidents américains en fin de mandat ont pris des initiatives contraires aux intérêts d’Israël. Le Premier ministre espère que cela ne se reproduira pas, que les Etats-Unis ne changeront pas leur politique et empêcheront toute résolution anti-israélienne d’être votée à l’ONU », y était-il expliqué.

Clinton ou Trump ?

« Je suis sûr que Netanyahou a reçu certaines informations émanant de Washington suggérant que cela va arriver. A sa place, je ne serais pas tranquille non plus », confie le Pr Eytan Gilboa, spécialiste de la politique américaine au Moyen-Orient. Cet expert rappelle que la relation entre Obama et Netanyahou a été particulièrement orageuse et affirme que certains au sein de l’administration américaine aimeraient régler leurs comptes avec le Premier ministre israélien. Du côté de la Maison-Blanche, on aurait ainsi du mal à passer l’éponge, en particulier après le discours contre l’accord nucléaire iranien que Netanyahou a prononcé devant le Congrès en mars 2015.



En outre, Obama voudra sûrement expliquer pourquoi il a échoué à faire la paix entre Israéliens et Palestiniens, l’un des principaux objectifs de ses mandats en politique étrangère. Et à n’en pas douter, il blâmera le Premier ministre israélien.
« Il y a dans la relation aigre-douce entre Israël et les Etats-Unis depuis quelques années un réel problème personnel. Cette dimension disparaîtra avec le nouveau président, peu importe qui sera élu. Il y a, à mon avis, une réelle animosité entre les deux hommes, et le fait que Netanyahou se soit adressé directement au Congrès sans en avertir la présidence, a encore aggravé la situation. Je ne crois pas qu’Obama le reconnaîtra, mais c’est là l’une de ses principales motivations. Quoi qu’il en soit, ce qu’il va choisir de faire dépendra de l’issue de l’élection. Hillary Clinton a déjà dit qu’elle voulait relancer les relations avec Israël. Toute action extrême d’Obama viendrait contrarier son programme. Si Clinton gagne, il devra donc la consulter avant d’agir. Si Trump l’emporte, paradoxalement, Obama aura les mains plus libres et sera peut-être encore plus convaincu de la nécessité d’une initiative sur la question israélo-palestinienne. »
Dennis Ross, ancien conseiller pour le Moyen-Orient de Barack Obama, déclarait fin septembre lors d’une conférence :

« Si Trump gagne, Obama sera plus enclin à aller devant le Conseil de sécurité pour proposer quelque chose de contraignant, qui créera pour le futur un cadre non modifiable par le nouveau locataire de la Maison-Blanche. S’il s’agit de Clinton, il sera plus sensible à ses opinions sur la question et ne fera rien qui remettrait en cause son propre programme diplomatique. »

L’héritage d’Obama en question

Côté israélien, on préfère jouer la carte de la discrétion. Sans aucun doute, Jérusalem devrait essayer de faire pression sur le président sortant par l’intermédiaire du Congrès ou du lobby pro-israélien à Washington. Le Premier ministre israélien aurait même abordé le sujet avec Obama et John Kerry par téléphone, sans recevoir aucune assurance que les Etats-Unis empêcheront l’adoption d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité.

Yaakov Amidror, ancien conseiller à la sécurité nationale de Netanyahou, pense lui qu’il n’y pas lieu de s’inquiéter outre mesure. « Il me semble que ce serait simplement ridicule que l’on discute de cela au Conseil de sécurité alors que la guerre fait rage à Alep et Mossoul, que les morts sont innombrables en Syrie, et que les réfugiés affluent en Europe. De toute façon, tout ce que les Américains ont proposé jusqu’ici n’a jamais poussé les Palestiniens à négocier et cela ne changera pas. » A vrai dire, aujourd’hui, l’hypothèse d’un discours d’Obama visant à laisser un héritage est la plus probable. Pour le Pr Eytan Gilboa, même une telle allocution serait une entorse à la règle. « On n’a encore jamais vu un président américain en fin de mandat proposer quelque chose pendant la transition et risquer d’affecter la politique étrangère de son successeur. Si j’étais un des conseillers d’Obama, je lui dirai de prendre position dans ses mémoires. »

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