Riyad vs Téhéran

Pourquoi a-t-il suffi d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres ?

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January 12, 2016 17:27
Manifestation à Téhéran

Manifestation à Téhéran. (photo credit: REUTERS)

 
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L’exécution du cheikh Nimr al-Nimr, chef de file de l’opposition chiite en Arabie saoudite, puis les attaques contre les représentations du royaume wahhabite en Iran, ont déclenché une crise sans précédent entre Téhéran et Riyad. Ce n’est pas vraiment une surprise, compte tenu de l’extraordinaire tension qui règne actuellement au Moyen-Orient ; toutefois, c’est dans l’implacable rivalité qui oppose islam sunnite et islam chiite depuis près de quatorze siècles qu’il faut en chercher la véritable explication.

Dans sa célèbre constitution de Médine, Mahomet avait exprimé le souhait de voir se perpétuer un islam uni. A sa mort, les guerres de succession ont entériné la scission entre sunnisme et chiisme. Tous deux reconnaissent Mahomet et le Coran et veulent imposer l’islam au monde entier, mais chacun a développé son propre narratif et son propre ethos, rendant impossibles compromis ou conciliation. L’Arabie saoudite est le chef de file de l’islam sunnite, qui représente 85 % de l’ensemble des musulmans ; l’Iran est à la tête de l’islam chiite, qui regroupe les 15 % restants.
Le bloc sunnite n’est plus monolithique aujourd’hui ; il a donné naissance à des dizaines de mouvements extrémistes – d’al-Qaïda à l’Etat islamique – déterminés à restaurer le califat par le djihad. Qualifiés d’« islamistes » ou de « djihadistes », ces mouvements observent strictement la charia, même s’ils y mettent parfois un zèle excessif.

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L’Iran tout puissant

Le chiite Khomeiny, arrivé au pouvoir en Iran en 1979, a lancé un programme destiné à imposer le chiisme à l’ensemble du Moyen-Orient d’abord, puis au reste du monde. Il a incité les minorités chiites des pays sunnites à fomenter des troubles pour déstabiliser ces pays de l’intérieur, faire tomber les régimes et les remplacer, renforçant ainsi les prétentions iraniennes à devenir la puissance dominante dans la région.

En Syrie, la minorité alaouite au pouvoir, considérée comme hérétique par le sunnisme traditionnel, s’est vue acceptée par les ayatollahs, devenant l’alliée fidèle de l’Iran. Au Liban, tablant sur la frustration des chiites, qui s’estimaient victimes de discrimination, Téhéran a créé le Hezbollah dont l’agenda est triple : prendre le pouvoir au Liban, menacer Israël, et enfin, se livrer à des opérations subversives en Jordanie et en Egypte. C’est ainsi qu’en 2008, les autorités égyptiennes ont démantelé une cellule du Hezbollah qui préparait un attentat contre le canal de Suez. Obéissant aux ordres de l’Iran, les militants de l’organisation se battent aujourd’hui en Syrie pour aider Assad.

Au Bahreïn, la famille Al Khalifa sunnite règne sur une population en majorité chiite. Téhéran a donc proclamé qu’il s’agissait de sa quatorzième province. Immédiatement, le président Moubarak s’était rendu dans la capitale, Manama, pour faire comprendre aux Iraniens qu’il considérait la stabilité des pays du Golfe comme cruciale pour la sécurité égyptienne. Mais la chute du président égyptien en 2011, dans le cadre de ce qu’on a faussement appelé le « Printemps arabe », a donné lieu à une nouvelle vague de manifestations contre la famille régnante. L’Arabie saoudite et les autres monarchies du Golfe ont dépêché des troupes pour soutenir leur allié et réprimer la révolte. Téhéran s’est donc tourné vers la minorité chiite de l’Arabie saoudite.

Riyad hausse le ton



L’Arabie saoudite est l’obstacle principal aux ambitions iraniennes. La monarchie du Golfe a des atouts de taille : gardienne des deux sites les plus sacrés de l’islam, La Mecque et Médine, elle dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde. Elle a longtemps été considérée comme l’alliée et l’amie fidèle de l’Amérique, même si ce n’est plus tout à fait le cas.
Un nombre relativement important de chiites vivent dans l’est de la monarchie saoudienne, là où sont concentrés les plus grands gisements pétrolifères. Leur leader était le cheikh Nimr al-Nimr. Emprisonné à plusieurs reprises, il a organisé en 2012 de nouvelles manifestations contre le régime. Arrêté encore une fois, il a été condamné à mort pour sédition, conformément à la charia, s’appuyant sur ce point sur plusieurs versets du Coran.

Son exécution est un cri de ralliement pour les Etats sunnites et un coup de semonce pour la minorité chiite et pour l’Iran. L’Arabie saoudite fait ainsi savoir qu’elle ne tolérera plus les activités subversives et les déclarations menaçantes du régime des ayatollahs, ni contre elle, ni contre les pays du Golfe. Des menaces prises très au sérieux, au vu de l’intervention de l’Iran en Syrie par l’intermédiaire du Hezbollah, et du renforcement de l’influence iranienne en Irak, où Téhéran ne se contente pas d’encourager les partis chiites, mais organise des milices pour remplacer l’armée régulière, qui s’est effondrée devant l’Etat islamique. Plus grave encore, l’Iran fournit un soutien logistique capital à la rébellion houthie au Yémen, pays qui commande l’accès à la mer Rouge et par là au canal de Suez. L’Arabie saoudite s’est donc sentie encerclée.

Dénouement

Le revirement des Etats-Unis, abandonnant les Saoudiens, leurs alliés de toujours, pour négocier en secret à Oman un accord censé retarder l’option nucléaire iranienne, sans pour autant exiger l’arrêt des activités subversives du pays, a été ressenti comme une véritable trahison par les pays sunnites du Moyen-Orient. Pour eux, il ne s’agit rien de moins que d’une reconnaissance de fait par Obama de l’hégémonie de Téhéran – et donc du chiisme – dans la région.

L’Arabie saoudite se devait de réagir. Déjà engagée dans la coalition américaine contre l’Etat islamique – à la différence des Iraniens – la monarchie a créé sa propre alliance pour combattre les Houthis ; en décembre, elle a formé une coalition islamique contre l’Etat islamique. Les Saoudiens ne ménagent non plus leurs efforts pour venir en aide à l’économie égyptienne. Du temps de Moubarak, Le Caire avait pris la tête des pays pragmatiques contre l’hégémonie de Téhéran. Là encore, Washington a tourné le dos à son alliée fidèle, réduite à faire appel à la Russie, qui, elle, soutient Assad. Un problème mineur que les dirigeants égyptiens et saoudiens cherchent à passer sous silence.
Et maintenant ? Les pays sunnites serrent les rangs, laissant de côté pour un temps leurs propres querelles. L’Arabie saoudite a rompu ses relations avec Téhéran, suivie par le Bahreïn, la Somalie et Djibouti – des pays qui ont eu à souffrir des activités subversives des ayatollahs. Les Emirats ont réduit leur représentation en Iran ; le Koweït et le Qatar ont rappelé leur ambassadeur. On attend avec intérêt la réaction de la Ligue arabe, qui doit se réunir dans le courant de la semaine.

L’Amérique, qui a sa part de responsabilité dans la crise actuelle, demande aux deux parties de ne pas envenimer la situation, mais n’a guère de chance d’être entendue. La Russie offre ses bons offices – nouveau succès pour Poutine, qui assure son influence dans la région.
D’un autre côté, l’Iran, profondément impliqué en Syrie et en Irak, ne semble pas désireux de jeter de l’huile sur le feu. D’ailleurs, à Téhéran, des voix se font entendre qui reprochent au régime d’avoir autorisé une réaction disproportionnée, en « laissant » une foule déchaînée saccager ambassade et consulat saoudiens. Un compromis savamment dosé viendra peut-être à bout de la crise actuelle – mais le feu continuera à couver sous la cendre, alimenté par la vieille hostilité millénaire.

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