Celle qui soignait à l'aide des chevaux

La croisade d’Anita Shkedi pour promouvoir l’équithérapie en Israël, ou quand guérison rime avec équitation

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June 17, 2015 17:33
Anita Shkedi (à gauche), pionnière de l'équithérapie en Israel

Anita Shkedi (à gauche), pionnière de l'équiothérapie en Israel. (photo credit: DR)

 
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Pendant que certains répètent sans fin qu’ils veulent œuvrer pour améliorer la vie des gens, d’autres ne se contentent pas de parler, et agissent. C’est le cas d’Anita Shkedi, la pionnière de l’équithérapie en Israël. Depuis 30 ans, cette femme de passion a acquis une renommée internationale dans le traitement des lésions traumatiques cérébrales (LTC) et du trouble de stress post-traumatique (TSPT), accomplissant un travail remarquable sur des patients de tous âges et de toutes origines sociales et religieuses. Parmi eux, un grand nombre d’anciens soldats ayant subi des blessures physiques ou psychiques graves.
« Il a été prouvé que le mouvement rythmique du cheval peut améliorer des blessures physiques en créant un état d’éveil », explique-t-elle dans l’ouvrage qu’elle a consacré au sujet, Traumatic Brain Injury & Therapeutic Riding (Traumatisme crânien et équitation thérapeutique). « Dans ce contexte, le terme “éveil” fait référence à un état physiologique et psychologique qui implique l’activation d’éléments dans le système nerveux central. Cette activation mène à une mobilité, une conscience de l’environnement et une plus grande vivacité de réaction. »

Nous nous rencontrons dans les écuries de son association, INTRA (Israel National Therapeutic Riding Association, Association nationale d’équithérapie), qui vient d’être relocalisée à Bnei Tzion, près de Raanana, dans le centre du pays. Avec un entrain mêlé d’émotion, Anita me raconte son parcours, depuis une enfance passée dans la paisible Angleterre rurale, jusqu’à cette vie bien moins tranquille qu’offre la réalité israélienne.
Son amour des chevaux a commencé au nord-ouest de l’Angleterre, sur la côte de la mer d’Irlande. « Nous avions une maison immense et nous n’étions que quatre ! Alors, ma mère a commencé à recueillir des enfants qui n’avaient nulle part où aller, et elle a même adopté un nouveau-né. C’est là que j’ai compris l’importance de s’occuper des autres », raconte-t-elle.
Plus tard, elle étudie la botanique, la biologie et la zoologie. « Tout le monde pensait que je ferais médecine ensuite, mais sept années d’études supplémentaires, cela m’a paru trop long. J’ai préféré m’inscrire à une formation d’infirmière dans un hôpital pédiatrique londonien. J’y suis restée après mes quatre années d’études pour travailler dans le service de soins intensifs de l’unité de cardiologie. J’adorais ce que j’y faisais. »

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Le parcours d’une pionnière

Au cours de ses études à Londres Anita rencontre Michael Boyden, en formation pour devenir rabbin libéral. Ils se marient et Michael est nommé rabbin de la communauté de Menorah.
Au début des années 1980, une famille israélienne en vacances à Manchester est victime d’un grave accident de la route. Les trois fils sont légèrement blessés, mais leurs parents doivent rester hospitalisés plusieurs semaines. L’hôpital local demande à Anita de s’occuper des garçons et elle accepte sans hésiter.

L’année suivante, Anita et Michael viennent en Israël pour la première fois. Ils reprennent contact avec la famille en question, et apprennent que l’un de leurs trois fils, Rami Keich, a été blessé au Liban. Il est paralysé. « Au téléphone, je leur ai dit que je pourrais essayer de l’aider, que cela lui ferait peut-être du bien de monter sur un cheval », raconte Anita. « Je n’ai plus entendu parler de lui pendant un an, mais un jour, il nous a appelés pour nous prévenir qu’il venait à Manchester. Là, nous l’avons fait monter à cheval et il a réussi à s’asseoir. » La communauté de Menorah se cotise alors pour acheter au garçon un cheval et une selle, qu’ils envoient en Israël.
En 1985, Michael et Anita, accompagnés de leurs deux enfants, Jonathan et Tanya, décident d’émigrer en Israël. Cependant, les promesses de travail qu’on leur a faites avant le départ ne se concrétisent pas. Ils peinent à trouver un emploi. Leurs économies s’amenuisent. Et ils finissent par divorcer.
Anita obtient alors un poste d’instructrice dans le centre d’équitation de Kfar Shmaryahou. Là, on lui présente Guiora Shkedi, un cavalier accompli qui deviendra son second mari deux ans plus tard, puis le père de son fils Danny. Et son principal associé dans l’œuvre d’une vie.

Les débuts de l’équithérapie

Guiora et Anita créent fin 1986 le Centre d’équitation pour handicapés, grâce à une donation du Mouvement des synagogues libérales de Grande-Bretagne. Les Israéliens n’appréciant pas le terme « handicapés », le nom est vite changé en « Centre d’équithérapie » et les succès que connaît Anita dans ce domaine sont vite remarqués.
« Le bruit s’est répandu comme une traînée de poudre et les gens ont commencé à affluer. J’arrivais à peine à m’occuper de tout ce monde. Il y avait une multitude d’enfants et de soldats handicapés. Nous avons dû déménager plusieurs fois, dans des locaux de plus en plus grands. Je travaillais beaucoup, je donnais moi-même 80 cours par semaine. Nous avons installé les écuries à Ramat Hasharon, et les gens ont continué à venir, de plus en plus nombreux. A l’époque, je ne prenais pas d’argent. Nous vivions de mes économies, qui ont tout de même fini par s’épuiser. »



En 1988, le directeur de l’Institut Wingate, un centre de formation de haut niveau aux métiers du sport, l’invite à créer le premier cours pour instructeurs en équithérapie d’Israël. Le succès est considérable. Le travail d’Anita attire des patients du monde entier.
« Les handicapés venaient de toutes les régions d’Israël, de Métoula à Eilat, et certains même, de l’étranger. Je me souviens d’un homme atteint de sclérose en plaques qui venait d’Uruguay. Il est arrivé dans un état désastreux, il ne pouvait pas bouger du tout. Nous l’avons pris en main et, quand il est reparti, son état s’était nettement amélioré. L’équithérapie est d’un grand secours pour les gens souffrant de cette maladie, elle améliore réellement leur mobilité. »
Pendant les années 1990, les centres où l’on pratique l’équithérapie fleurissent dans le pays. En 1996, les Shkedi se rendent à Atlanta pour les premiers Jeux paralympiques.

Lorsqu’on dirige une œuvre de bienfaisance, le plus difficile est la récolte de fonds. « Le problème, c’est que plus on se développe, plus on a besoin de dons et plus ceux-ci sont difficiles à trouver. C’est seulement à partir du moment où l’équithérapie a enfin été reconnue comme un traitement efficace que les grands organismes de collecte de fonds ont accepté de nous subventionner. Cela a été pour nous un tournant, mais aussi une nouvelle source de problèmes. » Car dès l’instant où les centres équestres traditionnels s’aperçoivent qu’ils peuvent obtenir des subventions en organisant une activité d’équithérapie, ils s’empressent de le faire, alors qu’ils ne possèdent pas toujours l’expérience et les équipements nécessaires.

En souvenir de son fils

Durant la première guerre du Liban, Anita vit une terrible tragédie : son fils Jonathan est tué sur le champ de bataille. Ce drame marquera un tournant dans sa carrière.
« Jonathan était un enfant incroyable », raconte-t-elle. « Il était très intelligent, très sensible. Nous étions très proches. Il veillait toujours à me soutenir. Il m’aidait avec les chevaux, mais ce qu’il aimait vraiment, c’était le vélo. Une année, il a remporté la course du lac de Tibériade. Il faisait partie d’un club de Haïfa et, tous les matins, avant l’école, il se levait à 5 heures pour s’entraîner. »
En excellente condition physique, Jonathan intègre d’abord les commandos de la marine, puis leur préfère une unité d’infanterie basée au Sud-Liban. En juillet 1993, au cours d’une mission, il est mortellement blessé dans une attaque du Hezbollah. « Il a reçu près de l’œil un éclat d’obus qui a traversé ses centres vitaux. Il est resté à l’hôpital Rambam de Haïfa pendant 16 jours. On avait débranché les appareils d’assistance, mais il a continué à vivre toute une semaine, parce que le cyclisme l’avait rendu très résistant. J’avais été infirmière et je savais bien qu’il ne pourrait pas survivre. Il est mort dans mes bras. C’est un moment dont je ne me remettrai jamais. Je m’en suis voulu d’être venue ici. Il n’avait pas 20 ans. Il voulait faire ce qu’il fallait et tenait à être soldat dans l’armée d’Israël. Il a sauvé des gens. Des parents m’ont expliqué qu’il avait porté leur fils sur ses épaules dans la vallée de la Bekaa parce qu’il n’y avait pas de brancard… Après les shiva, j’ai décidé de recommencer à travailler, je l’ai fait sans cesser de pleurer… »

« Et puis un jour, une femme est arrivée avec son fils, qui venait de subir un traumatisme crânien en tombant dans une embuscade au Liban. Il ne pouvait plus parler, il avait des troubles visuels et était hémiplégique. Cette mère m’a raconté que son autre fils avait lui aussi été blessé. C’est là que j’ai compris que c’était ma mission, que je devais continuer. Après la mort de Jonathan, je me suis sentie extrêmement proche des soldats blessés. » Et c’est à leur convalescence qu’elle consacre depuis la plus grande partie de son énergie.
« Le travail avec les chevaux est lié aux émotions et les soldats blessés ont réellement souffert sur le plan émotionnel », explique-t-elle. « C’est un domaine dans lequel les médicaments ne peuvent pas grand-chose. Ces garçons ont perdu toute une partie d’eux-mêmes, liée à leur motivation personnelle, leur estime de soi etc. Une opération chirurgicale ne peut rien faire pour l’âme… Quand vous faites monter quelqu’un sur un cheval, vous l’aidez à affronter une réalité nouvelle. »
L’année dernière, après l’opération Bordure protectrice à Gaza, de nombreux soldats sont venus bénéficier des compétences internationalement reconnues d’Anita Shkedi. Pour eux, elle n’hésite pas à monter au créneau : les traumatismes profonds que ces soldats ont subis, leurs blessures et leurs handicaps ne sont pas toujours bien pris en charge par le système de santé, accuse-t-elle.
« Lors de la récente campagne de Gaza, ces jeunes hommes qui se sont retrouvés en plein cœur des combats ont tout vu : ils sont entrés dans ces tunnels, ils ont subi les explosions, ils ont désamorcé des bombes… Aujourd’hui, ils n’ont pas les moyens financiers de bénéficier d’un traitement en équithérapie, alors qu’ils le désirent vraiment. Nous traitons actuellement dix d’entre eux, et j’en connais encore vingt qui voudraient venir. Au cours des dix dernières années, il y a eu plus de 700 soldats atteints de TSPT en Israël. »

Depuis cinq ans, Anita voyage aux quatre coins du monde pour exposer les bienfaits de l’équithérapie dans le traitement des handicaps physiques et mentaux. L’ONU a même publié un article sur son travail et beaucoup des thérapeutes qu’elle a formés enseignent eux-mêmes l’équithérapie à travers le monde.
Anita a dépassé la soixantaine depuis longtemps. Après s’être consacrée pendant près de 30 ans à l’équithérapie en Israël et à la recherche sur le TSPT et le traumatisme crânien, elle s’est désormais installée à Bnei Tzion, où, avec Guiora, elle a transformé une ferme abandonnée en un centre spécialisé de haut niveau.
« C’est la dernière fois que je déménage », dit-elle avec conviction. « La juive errante a cessé d’errer ! C’est ici que je vais mettre la dernière touche à mon travail personnel. »
« Ce lieu est ouvert à tous, Juifs et Arabes », proclame-t-elle fièrement. « Comme dans le serment d’Hippocrate, nous soignons tout le monde de la même façon ici… » Et de déplorer qu’il faille souvent qu’une maladie ou une blessure vienne changer la vie des gens pour qu’ils comprennent enfin que nous sommes tous semblables. « Nous ressentons tous la douleur, les mêmes peurs et la même insécurité, et nous avons besoin qu’on puisse nous apporter rapidement de l’aide quand cela se révèle nécessaire. »


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