L'école des parents

Nitzan Horim, des centres pédagogiques destinés aux familles en difficulté

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September 1, 2016 15:42
Des enfants encadrés par les bénévoles

Des enfants encadrés par les bénévoles . (photo credit: DR)

 
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Imaginez un élève de CP qui arrive tous les matins en retard à l’école. L’instituteur contacte la maman, mais rien ne change. Elle n’assiste jamais aux réunions de parents d’élèves. Si elle vient, elle reste au fond de la classe et ne dit rien. Son enfant manque toutes les sorties scolaires parce qu’il ne rapporte jamais l’autorisation et le certificat médical nécessaires. La mère ne semble pourtant pas handicapée. Alors quel est le problème ?
Il se peut que les parents de cet enfant souffrent de déficits cognitifs ou fonctionnels : troubles de la mémoire, difficultés de lecture, de concentration, incapacité à résoudre des problèmes simples ou à interpréter des images. Ils peuvent également rencontrer des difficultés dans la communication orale. Une personne touchée par ce type de handicap estimera au-dessus de ses forces de remplir un formulaire, de se conformer à des horaires ou d’assimiler des informations nouvelles. Dans ces conditions, il est difficile de décrocher un emploi, et plus encore de le conserver. A la maison, les conflits familiaux ordinaires ne sont pas résolus et les limites traditionnellement imposées aux enfants, comme manger ou se coucher à des heures régulières, n’existent pas.

Un enfant normal qui grandit dans un foyer dysfonctionnel est presque assuré d’avoir un avenir tout aussi perturbé. Comme l’indique le site de l’association Nitzan Horim, « s’ils ne reçoivent pas d’aide, ces enfants courent le risque de connaître de graves besoins sociaux et psychologiques, des retards de développement et d’intégration à l’école et dans la vie en général. »

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Israël compte plusieurs centaines de parents souffrant de ce genre de handicap. Il y a dix ans encore, ils n’avaient personne vers qui se tourner. Tova Segol, dont la fille Maya a rencontré de graves difficultés d’apprentissage, a décidé de changer cela. Maya a suivi une scolarité, effectué son service militaire et s’est mariée. Quand la jeune femme et son époux ont décidé d’avoir un enfant, Tova s’est mis en quête de cours pour parents que pouvait suivre le jeune couple, mais aucun ne répondait à leurs besoins très particuliers. Elle a alors créé Nitzan Horim, un centre d’éducation pour les parents aux besoins spécifiques. Aujourd’hui, il existe des centres Nitzan Horim à Herzliya, Karmiel et Richon Letzion. D’autres ouvriront bientôt à Ashdod, Yeroham, Beershéva, Modiin et Raanana.

Apprendre en famille

Nous nous sommes rendus dans le centre de Herzliya, que dirige Shelly Magber. « Avant tout », explique celle-ci, « nous voulons que les familles sentent qu’elles sont ici chez elles, que c’est un lieu où enfants et parents sont en sécurité. » Shelly se retourne pour accueillir un couple. La maman lui tend son bébé en la priant de le garder pendant qu’elle va chercher un renseignement. Shelly poursuit la visite avec l’enfant sur la hanche.
Plusieurs tables sont installées au centre de la salle principale, où enfants et bénévoles sont occupés à des travaux manuels. Plus loin, des enfants plus jeunes sautent en criant dans une aire de jeux sécurisée, surveillés par un jeune étudiant. Lorsque je demande quel est l’âge limite pour les enfants dans le centre, Shelly Magber sourit. « Nous grandissons avec eux », répond-elle. « Pour le moment, le plus âgé a huit ans. Mais il va continuer à venir et nous allons continuer à l’aider en fonction de ses besoins. »

L’emploi du temps des activités est affiché sur le mur. Il y a des rencontres pour les mamans uniquement, des cours de cuisine et de nutrition pour les couples, une activité appelée « Béyahade » qui concerne toute la famille et où l’on apprend à mieux vivre ensemble à travers jeux de rôle, gymnastique Feldenkrais, contes, art-thérapie, ergothérapie et autres. Un atelier est réservé aux enfants d’école primaire souffrant de troubles de l’apprentissage. On y enseigne comment participer en classe et quel comportement adopter pendant les leçons, comment organiser son temps et étudier pour les contrôles, comme surmonter ses inquiétudes et ses craintes.
Dans un coin informatique, les parents en recherche d’emploi reçoivent de l’aide pour écrire leur CV. Plus loin, dans une « chambre pour bébé » modèle, de jeunes couples apprennent tout ce qu’il faut savoir sur la sécurité, le chauffage et la ventilation de la pièce destinée au nourrisson, ainsi que sur la façon de le nourrir et de l’habiller. Le centre compte également une bibliothèque pédagogique dotée de centaines de livres, mais aussi de DVD et d’une télévision, une salle de jeux remplie de jouets et une pièce pour l’art-thérapie. A l’extérieur, on trouve un jardin thérapeutique et un coin animaux.

Trouver l’équilibre


A l’instar de Shelly Magber, la directrice nationale de Nitzan Horim, Revital Aloni-Gantz, insiste elle aussi sur l’atmosphère chaleureuse et rassurante qui doit régner dans les centres pour que parents et enfants puissent apprendre et s’épanouir. « Il est important de s’attaquer aux problèmes d’isolement social et de solitude qui affectent tant de familles ! », affirme-t-elle. Sur le plan financier, l’association fonctionne surtout grâce aux dons. « Le Bitouah leoumi nous fournit les locaux », indique Revital Aloni-Gantz, « et les parents paient une cotisation symbolique pour adhérer à l’association. Mais nous dépendons principalement des dons et du bénévolat. En dehors des directeurs de centres et des coordinateurs, tous nos employés travaillent en effet bénévolement : psychologues cliniciens, assistantes sociales, professeurs d’éducation spécialisée, conseillers éducatifs et autres professionnels. Les jeunes filles qui s’occupent des enfants et aident le personnel sont en général des étudiantes, et il nous arrive de pouvoir bénéficier de l’aide de jeunes accomplissant leur service national. »



Comment les parents qui ont besoin de vous apprennent-ils votre existence ? Viennent-ils seulement quand ils sont envoyés par des professionnels ? « Nous travaillons en coopération étroite avec la municipalité », explique Revital Aloni-Gantz. « Quand nous ouvrons un centre, nous en informons les jardins d’enfants et les dispensaires Tipat Halav [cliniques pour la jeune maman et son bébé] de la ville. Il est très important de repérer les parents concernés à ces stades précoces, voire pendant la grossesse. Ceux qui souffrent de troubles d’apprentissage traversent toujours une période de crise lorsqu’ils ramènent le bébé à la maison après l’accouchement. Souvent, la mère ne supporte pas d’allaiter et ne comprend pas comment se prépare le lait en poudre. Elle peut se sentir très seule et sans ressources pour élever cet enfant qui dépend totalement d’elle. Ces parents-là doivent apprendre à s’occuper de leur bébé dès le début, et même avant la naissance. Ce n’est pas facile, et certaines mères ignorent qu’elles peuvent trouver de l’aide. Nous nous faisons aussi connaître des assistantes sociales, des centres de pédiatrie et de toutes les associations liées à la petite enfance. Nous prenons également soin d’expliquer aux instituteurs et aux directeurs d’établissement comment fonctionne ce type de parents : ce n’est pas qu’ils n’ont pas envie de bien s’occuper de leurs enfants, c’est qu’ils n’y arrivent pas ! Nous apprenons donc aux enseignants à repérer les familles dysfonctionnelles, à ne pas sanctionner les enfants et à orienter les parents vers Nitzan Horim. »

La violence conjugale, la drogue et l’alcool ne sont pas du domaine de l’association. Quand arrivent des familles rencontrant ces problèmes, elles sont réorientées vers des programmes adéquats. Au début, les parents ne sont pas très enclins à participer aux ateliers et aux activités. On leur propose de regarder pendant un temps, puis de rejoindre les autres quand ils s’en sentent capables. Il arrive souvent que les mamans viennent à Nitzan Horim sans leur partenaire. De fait, les pères sont moins présents dans le programme, mais leur nombre est tout de même en hausse.
Pendant que les adultes participent aux ateliers et aux cours, les enfants jouent ou font leurs devoirs avec les jeunes bénévoles. Ils tissent des liens avec les volontaires qui leur font visiter le coin des animaux ou le jardin potager, leur consacrent toute leur attention lorsqu’ils font des projets avec eux. On fête les anniversaires au centre et on se prépare pour les fêtes, choses que l’on n’a pas l’habitude de faire à la maison. Les enfants de parents inadaptés s’épanouissent quand on leur accorde de l’attention et qu’on les guide. Peu à peu, ils améliorent la communication avec leur entourage et gagnent du même coup confiance en eux. Sachant que parallèlement, l’aptitude de leurs parents à interagir avec l’extérieur progresse, la dynamique familiale évolue vers un meilleur équilibre.

Nitzan Horim organise par ailleurs des sorties pour toute la famille, ou pour les seuls parents. Ces excursions ne sont pas uniquement destinées à prendre du bon temps : elles aident les participants à apprendre à se comporter dans des situations impliquant des inconnus. Pour ceux qui se sont toujours sentis mal à l’aise en présence d’autres personnes, chaque expérience sociale positive est un triomphe. L’association propose aussi une formation professionnelle pour adultes. Les participants qui trouvent du travail ont ensuite droit à six mois de groupe de soutien.
« Notre objectif », conclut Shelly Magber, « est d’éduquer les parents en difficulté et d’empêcher que leur handicap ne se répercute sur la génération suivante. »

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