L'ONG SACH prodigue des soins aux enfants qui n'y ont pas accès

Depuis 20 ans, l’ONG Save a Child’s Heart soigne des enfants venus des pays les moins avancés, dont certains n’entretiennent aucune relation avec Israël

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September 18, 2016 18:32
Le docteur Sasson examine un petit garçon roumain

Le docteur Sasson examine un petit garçon roumain. (photo credit: MEREDITH HOLBROOK)

Muqadam Suleimani Siraji dort paisiblement dans l’unité de soins intensifs du département pédiatrique du Centre médical Wolfson à Holon, près de Tel-Aviv. Agé de deux ans, ce petit Tanzanien vient de subir une importante opération à cœur ouvert. Je l’observe quelques minutes. Tout ira bien pour lui à présent…
Muqadam est l’un des quelque 4 000 enfants, originaires de plus de 50 pays, en majorité musulmans, venus en Israël subir une chirurgie cardiaque. Il est là grâce à l’action de Save a Child’s Heart (SACH), un projet humanitaire qui rassemble une équipe de chirurgiens et de cardiologues israéliens, aidés d’autres professionnels de santé.

« Les vrais héros, ce sont les enfants », affirme pourtant Tamar Shapira, responsable des relations publiques de l’organisation. « La plupart doivent quitter leur maison, souvent située dans de minuscules villages du bout du monde, et venir ici sans leurs parents. Ils n’ont jamais vu d’avion et ne savent rien du monde moderne. »

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Depuis le salon d’accueil du siège de l’organisation, à quelques minutes de l’hôpital Wolfson, je regarde les jeunes patients s’amuser dans le jardin. Certains ont déjà été opérés, d’autres le seront bientôt. Des bénévoles, israéliens ou venus d’autres pays, jouent avec eux. De nombreux mouvements de jeunesse juifs ont fait de ce lieu une escale presque obligatoire de leurs voyages en Israël : ils apportent leur aide, d’une manière ou d’une autre, le temps de leur séjour.

Sans frontières

Plus de la moitié des patients opérés ici sont palestiniens. En dépit des vagues de terrorisme et des intifadas, SACH en a accueilli plusieurs chaque semaine, au cours des vingt dernières années. Pourtant, aucun média du monde arabe n’a jamais parlé de son action. « Difficile de savoir ce que l’on dit exactement de nous dans les territoires palestiniens », déplore Tamar Shapira, ex-journaliste et grand reporter dans les zones de guerre. « Tout ce que je peux vous dire, c’est que les familles qui arrivent ici sont souvent terrorisées à l’idée de rencontrer des gens qu’on leur a toujours présentés comme des ennemis féroces. Mais quand vous n’avez pas d’autre solution pour sauver votre enfant, vous bravez le danger… »

Chez SACH, toutes les tendances de la société israélienne sont représentées : « Il y a chez nous des gens de gauche, de droite, du centre, juifs et non-juifs, religieux ou non pratiquants. Tous se battent pour une cause commune : sauver des enfants. Il faut comprendre que nous n’avons aucune visée politique, mais je dis toujours que si, en sauvant de jeunes vies, nous pouvons contribuer à combler le fossé entre les peuples, nous aurons gagné deux fois… »
Dans les couloirs de l’hôpital Wolfson, les familles palestiniennes qui accompagnent leur enfant se mêlent aux parents israéliens qui partagent les mêmes tourments. « Les mères font connaissance, elles se parlent et comprennent vite qu’elles ont, en fait, beaucoup en commun. Puis la maman palestinienne rentre à Gaza, la maman israélienne retourne à Tel-Aviv, et toutes les deux se souviendront de leur rencontre. »
Non loin de moi, un enfant dort dans une poussette. Il vient d’Afghanistan, un pays qui n’entretient aucune relation avec Israël. Il a 15 mois et son cas nécessite une chirurgie lourde. Le Pakistan et l’Inde n’ont apparemment rien voulu faire pour lui, mais SACH a tout mis en œuvre pour le sauver. Acheminés via la Turquie, l’enfant et son père ont eu le malheur d’atterrir à l’aéroport d’Istanbul au moment de la violente tentative de putsch, en juillet dernier. L’interprète qui devait les y rejoindre n’a pas pu atteindre le pays par avion. Au terme d’un long périple, elle a fini par arriver sur place, aidée par une encourageante manifestation de bonne volonté de la part des autorités turques. Un visa exceptionnel a aussitôt été attribué et, 24 heures plus tard, le petit garçon et son père arrivaient en Israël. Le père afghan me serre la main et, à travers les quelques mots d’anglais qu’il connaît, manifeste sa gratitude : tout va bien, me dit-il, je suis très heureux d’être là, ce sont des gens très gentils.

La maison du bonheur

Laura Kafif est en charge de la maison où séjournent les enfants, souvent accompagnés d’un de leurs parents ou d’une infirmière de leur pays, qui parle leur langue et leur prépare des plats qui leur sont familiers. « Nous avions toujours voulu avoir notre propre maison SACH, et ce rêve s’est réalisé il y a quatre ans et demi », explique-t-elle. « Depuis, tout est beaucoup plus simple, car ici, tout est conçu pour les besoins des patients et de leurs accompagnateurs. En général, nous pouvons recevoir jusqu’à 25 enfants et leur famille. »
Les patients israéliens ne sont pas opérés dans le cadre de l’ONG, explique Tamar Shapira. « Ils bénéficient de la sécurité sociale et sont très bien soignés dans les hôpitaux du pays. Notre programme s’adresse spécifiquement aux enfants du tiers-monde. Nous recueillons de l’argent pour couvrir les traitements, la formation des médecins et des infirmières et, bien sûr, les chirurgies. Mais, dans les faits, les enfants israéliens tirent profit de notre existence, puisque, grâce à nous, l’unité cardio-pédiatrique de l’hôpital Wolfson a été grandement améliorée. C’est aujourd’hui l’une des meilleures en Israël ! »

Lors de ma visite, je m’étonne de ne voir aucun enfant palestinien. « C’est parce qu’ils ne séjournent pas dans cette maison », m’explique Laura Kafif. « Ils sont considérés comme Israéliens. Ils subissent leur opération, restent le temps qu’il faut à l’hôpital, puis rentrent chez eux quand leur état le permet et reviennent régulièrement pour le suivi. Il n’y a pas non plus d’enfants irakiens ou syriens ici. Ils sont pris en charge dans une maison appartenant à une autre ONG, Shevet Ahim, à qui il arrive également d’accueillir des enfants de Gaza. Traditionnellement, les petits Irakiens viennent ici avec leur père. Il serait compliqué pour nous d’avoir des pères et des mères sous le même toit, de leur faire partager les salles de bains, etc. »
Les enfants ont fini de jouer et ils rentrent dans la maison pour déjeuner. J’en repère deux qui me paraissent particulièrement énergiques : des garçons de quinze ans originaires de Tanzanie qui ont tous deux été opérés avec succès. Ils arborent de grands sourires, me disent qu’ils sont très heureux ici, en Israël, et insistent pour que je les prenne en photo. Quelques instants plus tard, tous les enfants sont autour de moi. L’atmosphère est à la fête.

Le rêve d’un homme

Plusieurs organisations soutiennent SACH dans le monde : les fondations SACH des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Australie, du Canada, des Pays-Bas et de Suisse entre autres, ainsi que le Rotary Club International et bien d’autres encore. Grâce à elles, un service pédiatrique de pointe sera bientôt créé à l’hôpital Wolfson. Il devrait être achevé fin 2018 et apportera de grandes améliorations dans le traitement des enfants israéliens de Tel-Aviv sud, Bat Yam, Jaffa et Holon. De son côté, SACH pourra accroître le nombre de chirurgies pratiquées annuellement sur des enfants venus de loin, le faisant passer de 250 à 400.
SACH est l’idée du Dr Ami Cohen, spécialiste de chirurgie cardiaque né aux Etats-Unis et décédé en 2001. Envoyé en Corée avec l’armée américaine dans les années 1980, il y opère de nombreux enfants et trouve sa vocation. Quelques années après avoir fait son aliya, le Dr Cohen lance son grand projet à l’hôpital Wolfson. Il mourra six ans plus tard, à l’âge de 47 ans, au cours d’une randonnée dans le Kilimandjaro, en Tanzanie.
« Il est venu me présenter cette idée folle en 1995 », se souvient le Dr Sion Houri, directeur de l’unité de soins intensifs pédiatriques à Wolfson. « A ce moment-là, il avait déjà rallié le Dr Lior Sasson, aujourd’hui chirurgien en chef et responsable de la chirurgie cardio-thoracique. Le directeur de l’hôpital, le Dr Moshé Mashiah, nous a apporté un soutien extraordinaire. Au début, rien n’était facile, mais sauver des enfants n’a pas de prix. La première fois que nous sommes allés en Ethiopie, rendre visite à de jeunes patients qui avaient été si malades, et que nous les avons vus jouer et courir comme des enfants normaux, cela a été pour nous une révélation. »

« J’ai été soldat pendant la guerre de Kippour et je suis ensuite devenu pédiatre », poursuit le Dr Houri.  « Si l’on m’avait dit en 1973 que je soignerais un jour des enfants syriens, je ne l’aurais pas cru, mais nous avons bel et bien opéré plus d’une douzaine de petits Syriens, des centaines d’Irakiens et un grand nombre d’enfants palestiniens. »

« Un sens à ma vie »

Au début, Ami Cohen envisageait également d’aller soigner les enfants dans leurs pays respectifs, explique le Dr Akiva Tamir. Chef du service de cardiologie pédiatrique de l’hôpital Wolfson, il fait lui aussi partie de l’équipe à l’origine du projet SACH. « Ami voulait créer des centres spécialisés dans ces pays, former des médecins et des infirmières, leur montrer comment établir un diagnostic, puis faire venir les enfants en Israël pour les opérer ou, si le système local le permettait, pratiquer lui-même les opérations sur place et enseigner aux chirurgiens locaux comment procéder. »

En Israël, explique le Dr Tamir, le diagnostic en matière de défaillances cardiaques est très précoce, de sorte qu’il est extrêmement rare de voir des enfants affectés de problèmes cardiaques à un stade avancé. Le contraire est vrai pour beaucoup d’enfants des pays du tiers-monde, qui présentent souvent des pathologies graves et complexes. « Prenez par exemple la trilogie de Fallot. La plupart des sujets affectés de cette malformation congénitale, une sténose de l’artère pulmonaire, meurent avant l’âge de 10 ans. Nous voyons parfois des enfants arriver ici avec tout juste un mince filet de sang qui parvient jusqu’aux poumons. On se demande comment ils ont pu vivre jusque-là et survivre au voyage en avion. Dans tous les cas ou presque, un enfant israélien aura été opéré avant l’âge de six mois. C’est une affection qui se diagnostique très facilement. »

« SACH a donné un sens à ma vie, au métier que j’ai choisi », affirme le Dr Tamir. « Cela m’a aussi appris à regarder l’autre de façon différente. Quand on lit les journaux, on en arrive à penser que les Palestiniens sont des gens sans cœur qui envoient leurs enfants se faire exploser, sans parler de toutes ces vidéos dans lesquelles des mères souhaitent que leurs fils soient des shahid [martyr]. Mais ce que nous voyons ici, c’est que les mères palestiniennes aiment autant leurs enfants que nous aimons les nôtres. »

Des joies et des larmes

Hélas, on ne peut pas sauver tous les enfants. Lorsque des défaillances cardiaques graves n’ont pas été diagnostiquées à temps ou qu’elles ont été négligées, il arrive qu’on ne puisse plus rien faire. « Je me souviens d’une consultation que nous avons faite à Amman, en Jordanie, auprès d’enfants irakiens », raconte le Dr Tamir. « Sur les 30 enfants que nous avons examinés ce jour-là, 13 étaient inopérables. Cela a été l’une des journées les plus dures de ma vie. Il est très rare en Israël que nous ayons à annoncer qu’un enfant est condamné, que nous ne pouvons rien faire. Mais quand nous menons des consultations à l’étranger, cela arrive. Et certains enfants sont assez grands pour comprendre. Ils vous regardent dans les yeux et quand vous n’êtes pas capable de les aider, ils le savent tout de suite. »

Yifat Brosh, technicienne en échocardiographie pédiatrique, et le Dr Sagi Assa, chirurgien spécialisé en cardiologie pédiatrique, nous rejoignent dans le bureau du Dr Tamir. « Avant d’être mère moi-même, je trouvais déjà cela formidable de soigner des enfants », confie Yifat Brosh. « Mais quand vous avez vous-même des enfants et que vous en voyez un du même âge que le vôtre allongé sur un lit d’hôpital, ce n’est plus la même chose. Un enfant est un enfant. Peu importe qui sont ses parents et qui sont ses dirigeants politiques, cela ne m’intéresse pas. Un enfant qui est malade doit être soigné, un point c’est tout. »
Le travail extraordinaire que ces médecins accomplissent n’est-il pas de nature à modifier l’image souvent négative d’Israël à l’étranger ? « On ne change pas si facilement la perception qu’ont les gens. A mon avis, quoi que nous fassions, cela restera une goutte d’eau dans l’océan », répond Yifat Brosh. « Nous sommes tous israéliens et sionistes », conclut le Dr Tamir. « Nous croyons aux valeurs d’Israël et sommes heureux de pouvoir montrer au monde le vrai visage de notre merveilleux pays. »


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