Nos ados sur la mauvaise pente

La crise d’adolescence s’exacerbe avec l’aliya. Les ministères de l’Intégration et des Affaires sociales mobilisent donc leurs troupes. Objectif : prévenir la déscolarisation des adolescents issus de l’immigration française, en quête d’identité, afin de prévenir leur dérive

By KATHIE KRIEGEL
January 5, 2016 17:03
Les ados olim fragilisés

Les ados olim fragilisés. (photo credit: REUTERS)

 
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Les chiffres parlent. Il y aurait environ 8 % d’adolescents issus de l’immigration française menacés par l’échec scolaire et la délinquance. Les villes les plus touchées par ce phénomène sont Natanya, Ashdod et Ashkelon, mais aussi quelques petites agglomérations excentrées et plus pauvres.

La pente est glissante. C’est d’abord l’échec scolaire. Ensuite, la petite délinquance menace ces ados en manque de repères. Enfin, alcool, drogue, jeux d’argent, et prostitution les guettent.
Libérer la parole est indispensable pour éviter que le problème ne devienne tabou. Identifier les signes avant-coureurs de cette dérive peut aider les parents à entretenir un dialogue salutaire, et devrait permettre d’éviter que les enfants ne basculent dans la délinquance. Les pouvoirs publics, préoccupés par le problème, ont mis un budget à disposition des acteurs de terrain et bénévoles, qui se mobilisent pour que tous les moyens soient mis en œuvre. Objectif affiché : récupérer ces jeunes avant que la rupture ne soit consommée.

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Le spectre de l’échec scolaire

Difficile pour des parents convaincus de faire de leur mieux, de se voir convoqués par l’école, voire la police. Difficile de s’entendre dire que leur enfant est sur la mauvaise pente, traîne en bande dans les rues, sèche l’école, fait des mauvais coups. Incompréhension, voire déni, sont les premières réactions des parents désemparés. « Mais comment en est-on arrivé là ? », « Cela ne peut pas être mon fils ou ma fille », entend-on souvent.

L’échec scolaire est un signal d’alarme dont il faut prendre toute la mesure ; l’indicateur d’un danger qui guette l’enfant et nécessite un accompagnement adapté. Sur Natanya, par exemple, on dénombre 1 200 élèves francophones dans les écoles, soit 600 dans le primaire, 300 au collège, 300 au lycée. Environ 8 % d’entre eux sont en échec scolaire.
Bien sûr, du fait de la barrière de la langue, les parents ne peuvent plus aider leurs enfants et assurer le suivi scolaire dont ils ont tant besoin. Mais c’est aussi le système scolaire israélien, très différent du système français, qui est déstabilisant. Dans de nombreux cas, de très bons élèves en France se retrouvent au fond de la classe en Israël.
« Le cours magistral n’est pas central et ne dure pas longtemps. C’est la participation active au cours qui prime et les devoirs à la maison », explique au Jerusalem Post Freddo Pachter, coordinateur de l’aliya de France au ministère de l’Intégration. « Comme ils ne maîtrisent pas encore la langue et que ce système les change de leurs habitudes, ils ne peuvent pas y prendre part de façon efficace et sont de fait mal notés », pointe-t-il. D’où une grande frustration qui se règle parfois par les poings, pour se faire respecter par leurs camarades.

L’autorité parentale mise à mal

« Je suis en place depuis neuf ans. En tant que directeur francophone du ministère de l’Intégration, je connais donc le problème de très près. Avant de frapper les adolescents, c’est souvent d’abord un problème parental », confie Freddo Pachter. Ces enfants sont parfois issus de familles dysfonctionnelles, qui l’étaient déjà en France, et qui ont importé leurs problèmes. Les difficultés inhérentes à l’immigration se greffent sur ces désordres familiaux et renforcent les crises.
De plus avec l’aliya, l’autorité parentale est mise à mal. Les parents utilisent les enfants au niveau linguistique, pour remédier à leur faiblesse en hébreu. « Les adolescents, automatiquement, vont commencer à négocier leur aide », explique Freddo Pachter, « “je te donne mais tu me donnes aussi”, “je t’aide à condition que…” et avec ce chantage, l’autorité parentale en prend un coup, les parents sont obligés de lâcher du lest et les jeunes se mettent à traîner », explique-t-il.

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Les familles monoparentales sont aussi particulièrement vulnérables. « C’est souvent le cas dans l’aliya Boeing, quand l’un des parents fait des allers-retours et travaille en France, mais que le centre de vie de la famille, avec femme et enfants, est en Israël. En l’absence du père, c’est difficile pour la mère de gérer seule deux, trois ou quatre enfants, surtout si elle travaille aussi, ce qui est le cas le plus souvent », explique Freddo Pachter, « et quand le père est là, il n’a pas envie de se fâcher avec les enfants et d’exercer son autorité, il a une approche sentimentale par rapport aux problèmes et les enfants en profitent. »

Les activités extrascolaires au secours de cette jeunesse

« En Israël, l’école n’a lieu qu’en matinée, de 8 à 13 heures-13 h 30. L’après-midi relève de la responsabilité des parents, et bien souvent, les francophones ne savent pas où trouver les activités pour occuper les enfants, ou alors ils n’ont pas les moyens financiers d’y pourvoir. Automatiquement, ces jeunes vont chercher des activités pas trop chères pour s’occuper, c’est-à-dire tourner en centre-ville et avoir de mauvaises fréquentations », prévient Freddo Pachter.

Il y a six ou sept ans, les enfants en échec scolaire qui échappaient au contrôle parental étaient âgés de 13-14 ans à 17 ans. Mais plus le temps passe, plus ils sont jeunes, et aujourd’hui, on peut trouver des enfants de 11-12 ans en échec scolaire qui se marginalisent. Cette délinquance concerne pour 65 à 70 % les garçons et pour 30 à 35 % les filles. Cela s’exprime par des enfants qui sèchent l’école ou qui font acte de présence une à deux heures par jour, le matin pour l’appel. Puis ils traînent en bandes sur le kikar (la place de l’Indépendance de la ville) dans des salles de jeux, « ils parient beaucoup », pointe Freddo Pachter, « les jeunes sont très accrochés à ça. »

Ces problèmes sont connus, et de vraies données existent grâce à des rondes de nuit assurées par des éducateurs ou des équipes parentales, qui essaient de tisser des liens avec ces jeunes. « On a travaillé sur un projet avec les mouvements de jeunesse et intégré des francophones dans des groupes d’Israéliens. Cela leur apprend à se connaître et à savoir appréhender leurs différences culturelles. Il est important bien sûr que les Français apprennent à comprendre le fonctionnement de la société israélienne, mais nous essayons aussi de sensibiliser les Israéliens », confie Pachter.
Le département social de la mairie de Natanya a ouvert deux centres appelés « Bayit Ham » littéralement « maison chaude », où les ados peuvent se rendre, de 11 heures à 19 heures. Dans ces structures d’accueil, ils reçoivent un repas, un appui psychologique, des cours de soutien, des activités, ce qui leur permet de retrouver le cadre qui leur manquait.

D’autres structures ont vu le jour, comme « Afour al Afour », un centre où les adolescents peuvent discuter avec des assistantes sociales ou parler de leurs problèmes à des jeunes filles francophones qui font du volontariat dans le cadre de leur service national. « Depuis qu’on a monté cette structure, on a réduit de 70 % le nombre de jeunes en difficultés, qui est passé de 150 à 50 », se félicite Pachter.
Fort de cette réussite, avec la participation du ministère de l’Intégration et de la mairie, « un club de jeunes va bientôt voir le jour qui proposera des activités, comme des activités maritimes qui intéressent énormément les jeunes. En amont, nous avons déjà créé une équipe de foot », se réjouit Freddo Pachter, sans oublier le groupe de soutien scolaire qui fonctionne en binômes composés d’aînés qui parrainent les plus jeunes.

L’internat a aussi été récemment développé en Israël et donne de bons résultats. En acceptant des enfants en difficulté scolaire et en leur donnant un vrai soutien, un vrai encadrement, ces structures ont déjà permis de sauver beaucoup d’enfants. « Là on leur enseigne aussi les valeurs israéliennes du bénévolat, de l’amour de son prochain », souligne Pachter.

Le dialogue, début de la solution

Ces aides ne sont pas exhaustives. Il est important que les parents osent demander de l’assistance et des informations. Car trop souvent, ils sont les derniers à comprendre l’urgence de la situation. « Quand je suggère aux parents une aide psychologique, ils la déclinent poliment, pensant n’en avoir pas besoin. Et quelques mois plus tard, ils viennent en urgence, catastrophés. Le problème, c’est qu’un temps précieux a été perdu », regrette David Gradovicz. Médiateur de l’aliya et de l’enfance en danger au ministère de l’Education, par le biais des municipalités, il anime aussi des groupes de paroles.

Il est très important de ne pas stigmatiser ces enfants par une dramatisation à outrance du phénomène, insiste-t-il. Important aussi que les parents osent en parler sans honte et sans tabou. De plus, l’école est un partenaire incontournable, beaucoup plus qu’en France, où les réunions de parents d’élèves ont lieu deux ou trois fois par an. Ici, l’interaction entre enseignants et parents est constante, et les parents ne doivent pas passer à côté de ce partenariat qui peut se révéler capital dans l’éducation de leurs enfants.
Le dialogue à tous les niveaux doit être encouragé. Parler des problèmes, c’est déjà entrevoir la solution.

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