A l’Est, rien de nouveau

La position palestinienne sur le droit du retour n’a pas changé.

By JONATHAN D. HALEVI
January 1, 2013 15:54
Palestinian President Mahmoud Abbas speaks

Abbas at Arab League meeting 370. (photo credit: REUTERS/Mohamad Dabbouss)


Tant de bruit pour rien. D’aucuns disaient déjà que le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas avait renoncé au droit du retour. Affirmations sans fondement à la lumière des explications qu’Abbas s’est lui-même chargé de fournir en qualifiant le retour de « droit sacré » et se réengageant pleinement sur la position palestinienne traditionnelle. Début de la polémique : l’entretien du dirigeant sur Aroutz 2, diffusé le 2 novembre. Abbas y déclare qu’en tant que natif de Safed, il a le désir de visiter la ville mais pas de retourner y vivre. Et d’aller plus loin : « Pour moi, la Palestine, ce sont les frontières de 1967 avec Jérusalem-Est.

Je suis un réfugié, je vis à Ramallah.

La Judée-Samarie et la bande de Gaza, c’est la Palestine, tout le reste, c’est Israël ». Israéliens et Palestiniens n’en croient pas leurs oreilles.

Tollé général 

Le leadership politique israélien ne se bouscule pas pour ajouter foi au supposé renoncement d’Abbas. De son côté, le Hamas l’accuse d’avoir traitreusement violé les principes palestiniens de base. Mais, dès le lendemain, l’agence de presse palestinienne se dépêche de publier un entretien explicatif, accordé avec Abbas à la chaîne égyptienne Al Hayat, à Amman. Le leader s’y plaint que les médias, en particulier Al-Jazzera, ont sorti ses propos de leur contexte. Et clarifie sa position : « Depuis 1988, le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions 242 et 338 de l’ONU. Une reconnaissance réitérée à maintes reprises par l’Initiative de paix arabe, et que le Hamas et le Djihad islamique ont acceptée. Lors des dernières négociations en vue d’une réconciliation au Caire, il y a eu accord sur les frontières de 1967, une résistance pacifique et populaire et des élections.

En janvier dernier, une discussion s’est tenue au Caire en présence de 36 représentants de la commission centrale du Fatah, et il y a eu accord sur les frontières de 1967 et sur Jérusalem-Est comme capitale de la Palestine. Tous les Etats arabes et islamiques étaient d’accord. Mes propos sur Safed exposent une position personnelle et n’indiquent pas un renoncement au droit du retour car il est impossible d’y renoncer en raison des résolutions internationales et arabes.

La résolution 194 indique qu’une solution doit être trouvée au problème des réfugiés, et emploie le terme ‘consentie’, ce qui signifie l’accord du côté israélien ».

Toujours selon Wafa, Abbas a qualifié le droit de retour de « sacré » au cours de l’entretien. Ce droit, ainsi que les autres points cruciaux du conflit, seront discutés dans le cadre de l’accord de statu quo en vigueur avec Israël. Selon la résolution 191, a continué Abbas, le droit du retour est un principe qui s’exerce par défaut, sauf en cas de compensation financière pour ceux qui choisiraient de ne pas revenir. Et de promettre que tout futur accord conclu avec Israël serait soumis à un référendum.

De son côté, Nabil Abou Rudeineh, porte-parole du président palestinien, a fermement rejeté les accusations du Hamas.

Et affirmé, dans un communiqué officiel : « Le leadership palestinien n’acceptera jamais un Etat aux frontières temporaires. Quiconque accepterait cela céderait en réalité le droit du retour et compromettrait les principes nationaux de base. Ce qui serait une catastrophe pour toutes les générations de Palestiniens à venir ». Selon Abou Rudeineh, le droit au retour des « réfugiés » fait partie des sujets négociés avec les Israéliens dans le cadre du statu quo, avec les frontières et la gestion de l’eau. « Nous adhérons aux principes nationaux de base, que nos institutions nationales corroborent et il n’y a rien de nouveau dans cette position ».

Nabil Shaath, chargé officiel des relations étrangères pour le Fatah a, de son côté, déclaré que les propos d’Abbas avaient été sortis de leur contexte par les médias. Dans l’entretien, a dit Shaath, le dirigeant n’a rien affirmé d’autre que « chaque Palestinien a le droit de retourner sur sa terre natale, mais c’est son droit de choisir, personnellement, s’il veut rentrer dans un pays ou un autre ». Enfin, d’autres leaders du Fatah ont apporté leur soutien à Abbas, soulignant sa loyauté envers le droit du retour.

Incompatibilité technique 

Le fossé entre Israéliens et Palestiniens sur la question des réfugiés semble infranchissable. Pour les Palestiniens, ce droit du retour ne saurait être remis en question. Dans toutes les démarches relatives à la résolution du conflit, leurs représentants ont toujours fondé leur position sur l’idée d’une « justice » et non d’un « compromis », comme il est clairement indiqué dans les chartes des institutions palestiniennes. Vue de Ramallah, la « justice » signifie la pleine réalisation du droit des réfugiés en accord avec les institutions internationales et la résolution 191 qui, pour les Palestiniens, ne fait rien de moins que sanctifier le droit au retour et à la compensation. D’où il découle que la formule « une solution juste et consentie basée sur la résolution 194 » n’implique pas que les Palestiniens soient prêts au compromis, mais plutôt que le terme « consentie » signifie contraindre Israël à accepter les demandes palestiniennes au nom de la « justice ».

Pendant ce temps, l’OLP, l’AP et le Hamas continuent de cultiver dans la société palestinienne l’idée du retour des réfugiés, d’empêcher toute possibilité d’une installation desdits réfugiés en dehors des camps dans les pays arabes, et de maintenir l’UNRWA (en français Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) comme un symbole de l’impérissable idée du retour. Pour bien ancrer ces notions, le Conseil législatif palestinien a voté une loi sur le sujet en 2008. En substance, le texte déclare que : •Le droit de retour des réfugiés palestiniens envers leurs demeures, leurs biens, et la garantie des compensations pour la souffrance qui a été la leur, est un droit sacré et fondamental qui ne peut ni s’acheter ni se convertir. Aucune réinterprétation n’est possible.

•Le droit du retour est un droit naturel, personnel, groupal, civil et politique s’héritant de père en fils qui ne peut être annulé par le passage du temps ou par la signature d’un accord, quel qu’il soit. Il est interdit d’annuler ou de céder sur aucun des aspects mentionnés.

•Il est interdit d’installer les réfugiés palestiniens ailleurs ou de les couper de leurs racines en tant qu’alternative au droit du retour.

•Quiconque enfreindrait ces principes serait coupable de haute trahison et passible de toutes les condamnations criminelles et civiles prévues à cet effet.

Un droit non négociable 

Selon le point de vue palestinien, soutenu par les associations palestinienne et israéliennes des droits de l’Homme, le droit du retour est un droit « privé » de chacun des réfugiés et c’est pourquoi aucun représentant du peuple palestinien (tout comme les Nations unies) ne possède l’autorité morale pour céder ce droit au nom de tous les réfugiés. Selon le consensus palestinien, en l’absence de l’exercice de ce droit, le conflit avec Israël restera à jamais ouvert et justifiera la poursuite de la lutte armée, même après la création d’un Etat. Tout leader palestinien qui oserait défier cette idée et mettre le droit du retour sur la table des négociations avec Israël serait, au mieux, ostracisé et renversé de son pouvoir et, au pire, exécuté. Les violentes réactions à l’interview d’Abbas sur Aroutz 2 montre bien l’impossibilité pour le leadership palestinien, même s’il en a le désir, de proposer un compromis sur la question des réfugiés. En clair, le président ne s’est pas écarté des positions familières et établies sur le sujet et continue d’envisager le retour des réfugiés comme « un droit sacré » qui se trouve aux mains des réfugiés eux-mêmes et ne peut être concédé en leurs noms. Par ailleurs, les efforts diplomatiques menés par Abbas aux Nations unies ont focalisé l’intention internationale sur un Etat palestinien basé sur les frontières de 1967. Le dirigeant espère ainsi gagner une validation politique et légale de la demande palestinienne d’une évacuation totale par Israël de la Judée et Samarie, sans que les Palestiniens n’aient rien à céder en retour - et surtout pas sur la question des réfugiés. Le problème demeure donc au coeur du conflit israélo-palestinien. Pour les Palestiniens, c’est un atout à employer contre Israël bien après la création d’un Etat palestinien, capable de modifier radicalement la donne démographique israélienne et, à terme, transformer l’Etat juif en une Palestine unique depuis le Jourdain et jusqu’à la Méditerranée. L’auteur est chercheur au Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques sur le Moyen-Orient et l’islam radical. Il est également ancien conseiller au département de la planification politique au ministère des Affaires étrangères.


OPINION

Hamas vs Fatah : la fin du conflit ? 

Les conséquences sur la scène politique palestinienne des récents évènements à Gaza et de l’offensive Pilier de défense lancée par Tsahal ne sont pas des moindres. Explications 

Edy Cohen 

Tout d’abord, il y a ceux qui disent que cette offensive a affaibli Mahmoud Abbas, ce qui est complètement faux. Bien au contraire, cette mini-guerre a uni les Palestiniens et a diminué la tension dans ce conflit entre le Fatah de Cisjordanie et le Hamas de Gaza. Ce conflit a débuté en 2007, lorsque le Hamas a occupé toute la bande de Gaza et que l’OLP (l’Organisation de la Libération de la Palestine) en est sorti. Les différences entre ces deux entités sont religieuses et idéologiques. Plusieurs pays arabes ont tenté vainement de les réconcilier... Par contre, Israël y est parvenu sans le vouloir : ses ennemis sont dorénavant unis. Mahmoud Abbas s’est rendu à l’ONU à New York pour y faire naître un Etat palestinien avec les frontières de 1967, malgré le refus américano-israélien. Mais, fait nouveau cette fois-ci : il a reçu l’appui et le soutien du Hamas. Jusqu’à présent, l’entité terroriste s’était opposée aux démarches de Mahmoud Abbas pour être fondamentalement opposée aux Accords d’Oslo et prône une résistance militaire. Selon le Hamas, l’Etat hébreu ne comprend que la force... De plus, le Hamas a toujours refusé les frontières de 1967 ; il veut récupérer les frontières de 1948 et rendre aux refugiés leurs droits de l’époque. Mais, chose plus significative et plus importante dans cette dualité, c’est que le Hamas refuse toujours de reconnaître l’Etat d’Israël. Ce qui signifie qu’il a toujours ajourné la formule de deux Etats vivant côte-à-côte : un Etat palestinien et un Etat israélien. Et en outre, il s’oppose à un prolongement des négociations directes ou indirectes avec Israël. Il y a quelques semaines à peine, Mahmoud Al-Zahar, le dirigeant du Hamas, déclarait que Mahmoud Abbas ne représentait pas le peuple palestinien et en était même la « honte ». Dorénavant, beaucoup de questions se posent sur le fait que le Hamas ait accepté les démarches devant l’ONU du leader de l’AP. Est-ce que ce mouvement terroriste serait prêt à se lancer dans la diplomatie et deviendrait moins extrémiste, ou bien tout cela fait-il partie du jeu égyptien qui veut légitimer la présence et l’influence des Frères musulmans à Gaza ? De toute façon, on voit bien qu’en coulisses se cache une grande dispute au sein des dirigeants du Hamas : certains d’entre eux, modérés, soutiennent Abbas, et d’autres, plus extrémistes, s’opposent totalement à lui. Aujourd’hui, cette « réconciliation » augmente les responsabilités de Mahmoud Abbas en tant que chef de toute la « Palestine ». Maintenant que la Palestine est un Etat observateur non membre à l’ONU, le leader du Fatah est responsable, non seulement de tout ce qui se passe en Cisjordanie, mais aussi dans la bande de Gaza. Chaque roquette lancée en territoire israélien sera désormais sous sa responsabilité, et non plus seulement sous celle du Hamas. Edy Cohen, titulaire d’un doctorat d’Etudes sur le Moyen- Orient à l’université Bar-Ilan, est spécialiste des Affaires arabes. Il a travaillé pour le ministère de la Défense et Tsahal.



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