« Abbas ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister »

Le ministre des Relations internationales Youval Steinitz évoque la situation géostratégique israélienne

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September 17, 2013 11:48
Steinitz a l'oreille de Netanyahou qui l'inclut dans la plupart de ses rencontres.

P6 JFR 370. (photo credit: (Sebastian Scheiner/Reuters))

La proximité, c’est l’accès, et l’accès, c’est l’influence ? Dans ce cas, le ministre des Relations internationales Youval Stenitz, en dépit d’un portefeuille assez mal défini, a beaucoup d’influence. Son bureau de Jérusalem est situé dans le même bâtiment que celui du Premier ministre Binyamin Netanyahou et il y pénètre bien plus régulièrement que la plupart des autres membres du gouvernement. De plus, à la Kiriya de Tel-Aviv, quartiers généraux de Tsahal d’où Netanyahou travaille tous les jeudis, voire plus en temps de crise, Steinitz siège au même étage, à quelques portes seulement de Bibi.

Il ne fait pas partie du cabinet de sécurité, réduit à 7 ministres, mais il a l’oreille de Netanyahou qui l’inclut dans la plupart de ses rencontres avec des dirigeants étrangers. L’élu s’est entretenu avec le Jerusalem Post, livrant une analyse détaillée de la situation régionale et des événements qui attendent Israël en ce début d’année.

En quoi le Printemps arabe a-t-il modifié la position géostratégique d’Israël ?


C’est difficile à dire, car ce n’est pas fini et c’est une situation compliquée. D’un côté, l’extrême instabilité du Proche-Orient n’est certainement pas bonne pour nous. Plus l’instabilité est grande, plus le risque d’explosion augmente. Et plus les cellules terroristes et autres groupes djihadistes peuvent opérer à proximité de nos frontières. Regardez ce qui se passe dans le désert du Sinaï.
D’un autre côté, il est évident que ces événements, et en particulier la guerre civile en Syrie, affaiblissent l’armée syrienne. Damas étant un de nos plus grands ennemis et une des plus grandes sources de menaces pour Israël, dans une certaine mesure son affaiblissement améliore donc notre situation géostratégique.
Le fait est que deux des grandes armées arabes qui se joignent généralement aux guerres contre Israël ont été neutralisées ces 10 dernières années. Je veux parler de l’armée syrienne, dont l’efficacité de combat a été réduite de moitié ou même de trois-quarts depuis 3 ans, et de l’armée irakienne qui n’existe plus en tant que telle depuis la guerre de 2003.
Mais, en parallèle, la menace iranienne a pris de l’ampleur. Téhéran cherche toujours à se doter de l’arme nucléaire et possède des missiles longue portée. Donc, je vous le disais, c’est compliqué : certaines menaces sont en retrait, d’autres sont en expansion.

Avec tous les regards tournés vers la Syrie, l’Egypte a disparu des médias. Que s’y passe-t-il aujourd’hui ?


L’armée égyptienne fait de grands efforts pour restaurer l’ordre dans le Sinaï, ce que nous apprécions. La situation semble progressivement retourner au calme.

Redoutez-vous que les Etats-Unis ou l’Union européenne cessent leur aide financière à l’Egypte ?


Il me semble que Washington et Bruxelles comprennent de plus en plus que le mieux à faire est de permettre à l’Egypte de se stabiliser, avec l’espoir d’une amélioration de la situation économique, d’une stabilité politique et peut-être de nouvelles élections à un moment donné.

Quelles sont les conséquences de cette tournure d’événements pour le Hamas à Gaza ?


Le Hamas est aujourd’hui sur ses gardes, et il a de quoi. Le mouvement a perdu confiance. En dernière analyse, il s’est toujours considéré comme faisant intégralement partie des Frères musulmans… On a toujours pensé que lorsque des forces islamistes prennent le pouvoir dans le monde arabe, c’en est fini, comme c’est le cas en Iran, car elles prennent les rênes pour des dizaines d’années, sinon plus.
Mais on voit aujourd’hui qu’un règne islamiste est réversible. Pour le Hamas, c’est un grand choc. Ils ont toujours pensé que Gaza resterait sous leur joug à jamais. Il est encore trop tôt pour dire si les conséquences de tout cela sont visibles sur le terrain. Mais nous percevons beaucoup de nervosité et de suspicion.

Il y a deux ans, après la libération de Guilad Schalit, il semblait que le centre de gravité s’était déplacé de Ramallah à Gaza. La tendance s’est-elle inversée ?


Oui, et c’est peut-être l’un des raisons pour lesquelles le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a décidé de renouveler le processus diplomatique.

Ce qui s’est passé en Egypte aurait donc influencé le dirigeant palestinien ?


Oui, indirectement. C’est l’ensemble des événements dans le monde arabe qui l’a influencé. Mahmoud Abbas n’était pas très enthousiaste à l’idée de reprendre les négociations. Il était très réticent. Il s’est comporté comme si quelqu’un lui forçait la main. Cela nous a surpris, car c’était contradictoire : d’une part, il cherchait à promouvoir un Etat palestinien, mais d’autre part, il a repoussé les négociations pendant plus de 4 ans.
Bien entendu, il y a eu la pression du secrétaire d’Etat John Kerry, mais même cela ne suffisait pas. Les Etats-Unis faisaient pression depuis plusieurs mois, mais il refusait. Sa décision de renouveler les négociations sans préconditions – à l’exception d’une libération limitée de prisonniers – est arrivée après que la Ligue arabe lui ait demandé de reprendre les négociations. Et pourquoi la Ligue arabe a-t-elle soudainement demandé à Abbas de cesser de se montrer obstiné et de recommencer à négocier ? Parce qu’elle a compris qu’il était de son intérêt de calmer le jeu sur le front israélo-palestinien, alors que la Syrie et l’Iran émergeaient comme des problèmes de plus en plus importants.
Etonnamment et paradoxalement, le monde arabe se sent aujourd’hui menacé par Téhéran et ses efforts pour créer un axe chiite depuis l’Iran jusqu’au Liban en passant par l’Irak et la Syrie. De plus, obtenir l’arme nucléaire conférerait l’hégémonie aux Iraniens sur le Golfe persique et le monde arabe en général. Du coup, ce dernier ne se sent pas moins menacé qu’Israël. Il se dit : « Voilà une menace plus grande que l’“occupation” israélienne en Judée-Samarie. 100 000 morts en Syrie, un million de réfugiés, la tentative de transformer la Syrie en Etat chiito-iranien… » Tout cela peut avoir un impact majeur au Liban et en Irak. Si Téhéran réussissait, le Golfe persique et la Jordanie se retrouveraient à moitié encerclés par cet axe chiite. Ils ont donc tapé du poing sur la table et dit à Abbas : on arrête les idioties et le jeu des préconditions, et on parle aux Israéliens. Après la déclaration de la Ligue arabe, il n’a plus eu le choix.

Souhaitait-il dire « oui » ?


Je n’en sais rien. J’espère me tromper, mais les intentions de Mahmoud Abbas me paraissent douteuses. On a bien vu le temps et les pressions qu’il lui a fallu pour accepter de retourner à la table des négociations. Il y a également autre chose. Alors même que nous parlons de ces pourparlers, que la ministre de la Justice Tzipi Livni et le négociateur palestinien Saeb Erekat se sont rendus à la Maison Blanche pour se dire des belles choses en anglais, l’incitation à la haine contre Israël, contre ses citoyens et contre les Juifs, ne fait qu’empirer. L’antisémitisme progresse, non pas à Gaza dans les écoles du Hamas. Non ! En Cisjordanie, dans les écoles et les médias d’Abbas.
Mon ministère surveille l’incitation à la haine palestinienne et publie un rapport tous les 6 mois. La semaine dernière, je l’avais sous les yeux. Vous lisez cela et vous avez envie de tout laisser tomber. On se dit : comment peut-on tenir des négociations de paix et parler de coexistence ? Tout ce qui se dit entre les lignes dans les livres d’écoles d’Abbas, c’est qu’un jour Israël disparaîtra et que les Palestiniens retourneront à Haïfa, à Jaffa, à Beersheva, à Tibériade, Safed, Eilat, Beit Shéan et Ashdod. Pendant que nous négocions, ils éduquent leurs jeunes générations à la haine d’Israël, à l’idée qu’en fin de compte les Juifs seront éliminés de Palestine, du Proche-Orient ou éliminés tout court. C’est cela le sous-texte. Et parfois, c’est même dans le texte.
Lorsqu’on évoque cela avec d’autres, par exemple des diplomates européens, on s’entend répondre qu’ici aussi certains parlent du Grand Israël ou que certains rabbins tiennent des réponses racistes. Cette réponse me met hors de moi. C’est un ministre des Affaires étrangères que je ne nommerai pas qui m’a dit cela. J’ai été très clair : c’est un mensonge et une déformation de la réalité. Je ne dis pas que l’on ne peut pas trouver quelques exemples en Israël, des extrémistes qui tiennent des propos extrêmes contre les Arabes. Mais vous ne trouverez pas d’appel à l’extermination des Arabes ou de la Palestine dans notre système scolaire, dans les manuels ou les sites Internet. C’est une différence capitale.

Si telle est la tendance actuelle, y a-t-il une raison de penser que les pourparlers réussiront ?


C’est une très bonne question. Lorsque le Premier ministre Binyamin Netanyahou reçoit des visites de l’étranger, il dit toujours, et avec raison, qu’il est important de comprendre la nature du conflit. La source du conflit israélo-palestinien, ce n’est pas les implantations, la frontière ou l’occupation. Pourquoi ? Parce que ce conflit a commencé il y a 100 ans, alors qu’il n’y avait pas d’implantations en Judée-Samarie.
Il mentionne toujours que dans les années 1930, le grand mufti de Jérusalem, le leader palestinien dominant d’alors, soutenait ouvertement les nazis, affichait la croix gammée à Jérusalem, avait voyagé à Berlin pour rencontrer Hitler. Après le procès de Nuremberg, on a appris qu’ils avaient même évoqué l’extermination des Juifs lors de cette rencontre et que le mufti avait encouragé Hitler dans cette voie.
L’antisémitisme et le refus de reconnaître les droits fondamentaux des Juifs ont commencé bien avant l’« occupation » de 1967. Les Palestiniens ont refusé de reconnaître notre existence après le plan de partage de 1947, et il y a eu de nombreux actes terroristes jusqu’en 1967. C’est pourquoi la question est surtout de savoir si Mahmoud Abbas et le peuple palestinien sont prêts à un compromis historique. Compromis où ils reconnaîtraient non seulement Israël, mais aussi le droit d’Israël à exister. On ne peut reconnaître ce droit sans reconnaître l’existence du peuple juif et son droit à posséder un pays qui lui est propre.
A l’heure actuelle, Abbas ne reconnaît pas le droit d’Israël à exister. Il reconnaît que l’Etat existe, à la manière des Iraniens (même ceux qui veulent vous exterminer sont bien obligés de reconnaître que vous existez, puisqu’on ne peut pas détruire ce qui n’existe pas). Mais Abbas reconnaît-il le peuple juif ? Non. En général, il ne dit même pas le mot « juif » ou « peuple juif ». Si on le pousse dans ses retranchements, en anglais, il dira qu’il y a une religion juive ou des gens qui pratiquent la religion juive. Car s’il reconnaissait le peuple juif, alors ce dernier aurait peut-être les mêmes droits que le peuple palestinien. Et où est donc la patrie de ce peuple juif ?


Pensez-vous que tout cela peut changer dans les 9 mois alloués aux négociations en cours ?


Je ne sais pas. Je pense que cela aurait dû arriver au début des négociations, ou même avant. Nous ne voulions pas fixer de préconditions, mais je pense que la reconnaissance mutuelle est une précondition à tout dialogue authentique. Il faut d’abord se reconnaître mutuellement et ensuite élaborer des solutions.
Aujourd’hui la situation est la suivante : nous avons reconnu le peuple palestinien, ses droits fondamentaux, y compris ses droits nationaux, mais les Palestiniens n’ont pas reconnu le peuple juif et ses droits fondamentaux.

Pourquoi négocier dans ce cas ?


C’est la bonne chose à faire d’un point de vue géostratégique. Nous sommes très suspicieux, mais nous gardons toujours l’espoir qu’un jour un véritable traité de paix verra le jour, dans lequel le droit d’Israël à exister sera reconnu.

Quelles sont ces considérations géostratégiques ?


Tout d’abord, c’est le souhait des Américains. Nous garantissons notre sécurité et nos intérêts stratégiques, mais nous sommes également à l’écoute de nos amis américains. Il n’y a pas de raison de s’en cacher. De plus, reprendre les négociations était la bonne chose à faire au vu de l’ébullition au Proche-Orient. Il fallait réintroduire un sentiment de stabilité et de progrès entre nous-mêmes et les Palestiniens. Inch Allah, comme ils disent…


Avez-vous des raisons d’espérer une autre issue cette fois-ci ?


Non, mais nous devons essayer. Ce qui est malgré tout encourageant à mes yeux et qui pourrait nous aider à l’avenir, ce sont les propos du président américain Barack Obama lors de sa visite en mars dernier. Ce qu’il a dit ici, mais aussi à Ramallah. Il a dit très clairement qu’Israël, c’est l’Etat juif. Il a appelé les Palestiniens à cesser d’ignorer cela, et aussi, plus important encore, de cesser d’ignorer le lien historique et particulier qui existe depuis plus de 3 000 ans entre le peuple juif et Eretz Israël. A Ramallah, il l’a dit entre les lignes : arrêtez de falsifier l’Histoire. Le peuple juif existe. Sa patrie, c’est ici et nulle part ailleurs. Les Juifs ont une relation historique avec ce pays, bien plus ancienne que la plupart des peuples. Ce sont des faits, cessez de les ignorer.

A propos du président Obama, sa fameuse mauvaise relation avec le Premier ministre a disparu de la presse. Que s’est-il passé ?


Plusieurs choses se sont produites. Tout d’abord, avant les élections, il y a eu une campagne dans les médias pour grossir tout ce qui était négatif. Tous les désaccords, de ci de là, entre Israël et les Etats-Unis, ont été transformés en une horrible crise entre Netanyahou et Obama. Et puis les élections sont passées, et Obama est venu pour sa première visite en tant que président, une visite extraordinairement amicale. Ce qui montre bien que parfois les médias gonflent certains faits sans raison.

Mais les tensions étaient indéniables pendant le premier mandat d’Obama…


Quelques tensions ici ou là, ce n’est pas la fin du monde. Obama est arrivé en Israël avec la ferme intention, entre autres, de dire : « Je suis l’ami de Netanyahou. Je suis un véritable ami pour le peuple juif et Israël, je m’engage aux côtés d’Israël, et rien – y compris les désaccords et les tensions – ne viendra se mettre entre nous ».

Venons-en à présent à l’Iran. Quelle est la position d’Israël sur les négociations des grandes puissances avec Téhéran ?


Ces dernières semaines, je suis allé à Berlin, Paris et Londres, et j’ai rencontré à plusieurs reprises les ministres des Affaires étrangères des 3 pays européens qui font partie des négociateurs (la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne). J’étais venu avec un message clair. Chacun sait que la menace nucléaire iranienne est la plus importante au monde aujourd’hui. Mais il faut bien en comprendre l’ampleur : l’Iran est trois fois plus dangereux que la Corée de Nord. Pourquoi ? En raison de la taille de son industrie nucléaire, mais aussi de la taille de ses ambitions.
La Corée du Nord a fabriqué 5 bombes atomiques ces 5 dernières années. Elle est donc capable d’en produire 1 ou 2 par an. Or, si les Iraniens parvenaient à leurs fins, ils auraient les moyens d’en produire 7, rien que la première année. Ensuite, ils passeraient à environ 20 bombes par an. En 10 ans, contrairement à la Corée du Nord, Téhéran pourrait donc avoir produit plus de 100 bombes. En parallèle, le régime développe des missiles balistiques intercontinentaux. A l’heure actuelle, tout le Proche-Orient, y compris Israël, mais aussi une partie de l’Europe est à sa portée.
Quant aux ambitions, elles sont là aussi très différentes. En Corée du Nord, personne ne parle de changer l’équilibre des forces mondiales, ou d’exporter la révolution en Chine, au Japon ou aux Etats-Unis. Ce qui intéresse le régime, c’est sa survie et peut-être aussi d’extorquer de l’argent.
Mais voilà 30 ans que les Iraniens évoquent un objectif historique, et le besoin de modifier une fois pour toutes la donne entre l’iIslam et l’occident. Ils disent qu’il faut changer le monde. Cela n’a rien à voir avec la Corée du Nord.

Les Européens sont-ils d’accord avec cela ?


Oui, ils commencent à comprendre ce qui se passe. Ils comprennent que, si l’Iran devient une puissance nucléaire dans les 2 ou 3 ans à venir, il leur faudra dépenser des milliards en défense antimissile pour protéger leurs grandes villes, comme c’est le cas aujourd’hui en Corée du Sud, mais aussi au Japon, à cause de ce qui se passe en Corée du Nord.
Le plus grand danger, aujourd’hui, c’est que les Iraniens essayent d’obtenir un accord partial et prennent des mesures destinées à rassurer l’Occident. Le nouveau président iranien Hassan Rouhani s’est présenté pendant les élections comme un maître de diplomatie et de rhétorique. Il était très critique à l’égard du président sortant Mahmoud Ahmadinejad. Mais son message était de dire qu’Ahmadinejad avait eu la bêtise de se présenter sous son vrai jour et d’alerter l’Occident, tandis que lui pourrait poursuivre les mêmes objectifs tout en rassurant diplomatiquement.
Rohani a écrit un livre décrivant son poste de négociateur avec les puissances occidentales et comment il a réussi à les manipuler, en acceptant certains compromis tout en évitant de freiner véritablement le programme nucléaire iranien. En retour, certaines sanctions économiques contre l’Iran ont été levées, et la menace militaire a été momentanément écartée. Voilà ce qu’il a écrit dans son livre… Voilà le danger qu’il représente. Il a jadis déclaré dans une interview qu’il était malin et charmeur, qu’il sourirait jusqu’au bout, jusqu’à l’obtention de la bombe.

Quelle doit être la position d’Israël face à cela ?


Il faut bien comprendre que nous sommes face une tentative iranienne pour se dégager un espace de manœuvre, y compris dans les médias internationaux. Il y a quelques semaines, j’ai lu avec inquiétude un éditorial du New York Times qui appelait à une entente cordiale avec Rouhani, qualifiant son élection de nouveau tournant iranien. Cela m’inquiète beaucoup, car c’était une décision du régime d’employer Rohani pour influencer l’Occident.
Quant à notre position, il faut tout d’abord juger l’Iran sur ses actes, et non sur sa rhétorique. Ensuite, et de façon plus importante encore, il est possible de dialoguer avec le régime, mais pas par la voie des négociations. Nous avons d’ores et déjà perdu 4 ans. Deux années supplémentaires seraient bénéfiques aux Iraniens. Il faut négocier d’un seul coup, en une seule fois. Il faut dire : « Trop, c’est trop. Prenez des décisions. Vous êtes face à un dilemme. Si vous voulez sauver l’économie iranienne, abandonnez le projet nucléaire et suivez les résolutions de sécurité de l’Onu. Continuez de la sorte, et vous détruirez l’économie iranienne, d’ores et déjà très mal en point, et vous vous exposerez à une humiliante attaque militaire à l’encontre de votre industrie nucléaire. Vous avez le choix entre ces deux voies, et il n’y a pas de 3e option, pas de voie diplomatique ». Voilà à mon avis ce qu’il faut leur dire.
Ce que je crains particulièrement, c’est que Rohani – peut-être même lors de son discours à venir devant l’Onu — fasse des gestes d’apaisement. Il pourrait dire qu’il a décidé, ou qu’il a convaincu le Guide suprême Ali Khamenei, de geler l’enrichissement d’uranium à Qom pendant 4 mois, ou de permettre aux inspecteurs occidentaux de se rendre sur le complexe militaire de Parchin. Et il exigera un geste réciproque, quelque chose en retour.
C’est le plus grand danger, car Téhéran veut « diluer » les sanctions. On peut très bien geler un site pendant quelques mois, tout en poursuivant l’activité sur un autre… Et à l’instant où la communauté internationale allégera ses sanctions, il sera très difficile de faire pression de nouveau. Le soutien des Russes et des Chinois sera nécessaire et cela prendra du temps, car des intérêts économiques sont en jeu. C’est le scénario le plus dangereux qui peut littéralement paver la voie à la bombe iranienne.

Quelles sont les chances que la communauté internationale fasse davantage pression sur le régime ?


L’économie iranienne est vraiment très mal en point. Selon les estimations, les sanctions ont commencé à prendre effet fin 2010 et les dommages sont aujourd’hui évalués à 100 milliards de dollars. C’est énorme pour une économie dont le PIB est de 450 milliards. En d’autres termes, le régime ne peut continuer ainsi longtemps, pas plus qu’un an ou deux. Et les Iraniens le savent pertinemment. Mais pour être sûrs d’obtenir une solution, il nous faut également agiter une menace militaire crédible. Plus la pression est grande, plus on a de chances de réussir.

Qu’est-ce qu’une menace crédible ? Que souhaitez-vous de plus des Etats-Unis ? Washington a d’ores et déjà déclaré que toutes les options étaient envisageables.

Ce n’est pas assez. Une menace militaire équivaut à un ultimatum ou à une date butoir.

Faut-il qu’Obama dise que si les Iraniens ne font pas « ceci » d’ici la fin de l’année, alors il leur arrivera « cela » ?


Oui. Quelque chose comme : « Ne vous étonnez pas si “cela” vous arrive », ou « il y a de fortes chances pour que “cela” vous arrive ».

Pensez-vous vraiment qu’Obama le fera ?


Contrairement à ce que beaucoup pensent ici en Israël ou en Europe, je crois qu’Obama sait parfaitement que, stratégiquement, le principal objectif occidental est d’empêcher Téhéran de se doter de la bombe. Je pense qu’il comprend la gravité de ce dossier. De là à savoir ce qu’il fera, quand, et s’il ne sera pas déjà trop tard… Je ne peux vous le dire. Mais je pense vraiment qu’Obama est conscient des portées sécuritaires, stratégiques et historiques d’une nucléarisation de l’Iran. Il comprend qu’en tant que leader du monde occidental, il a l’obligation d’empêcher cela. C’est presque la même chose, même s’il y a énormément de différence, que l’obligation qu’avait l’Occident d’empêcher le réarmement de l’Allemagne nazie dans les années 1930, ce qui n’avait alors pas été fait. Obama comprend l’ampleur de cette question. L’Iran, ce n’est ni la Corée du Nord ni le Pakistan, c’est une tout autre histoire.



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