Islam, islamisme, islamité

Nommer un canard, un canard ; un chat, un chat et un Musulman, un Musulman.

By ALBERT MEMMI
November 29, 2012 03:10
3 minute read.
Vivre son appartenance à la religion musulmane

islamité. (photo credit: Reuters)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

On aura noté, surtout à l’occasion des derniers évènements, l’embarras lorsqu’il s’agit de désigner précisément les Musulmans. Qu’entend-on par Islam ? Est-ce une communauté particulière (homa) ou uniquement sa religion ? Islamisme signifie-t-il un ensemble de traits culturels ou, plus largement, les croyances et les pratiques d’une civilisation (la fameuse charia) ? On emploie souvent indifféremment arabe et musulman ; or, arabe est d’évidence inadéquat ; le « Printemps arabe » aura fleuri également au Pakistan, qui est hindou, et en Iran, qui est persan.

On s’était trouvé devant les mêmes ambiguïtés lorsqu’on voulait caractériser exactement la condition des Noirs ou celle des Juifs. Malgré les services rendus par la notion de négritude, inventée par Césaire et Senghor, je m’étais permis de faire remarquer à Senghor qu’elle était trop vaste, elle comprenait à la fois les hommes et la culture. Je lui proposais d’utiliser celle de négrisme, pour désigner uniquement l’ensemble des traits culturels des Noirs. Négricité pourrait désigner exclusivement la démographie ; négrité, la manière dont un Noir vit son appartenance relative à la négricité et au négrisme. Senghor m’avait fait l’amitié de me donner son accord, et il m’est revenu qu’il utilisait cette tripartition dans ses conférences. Il avait même tenté, paraît-il, de définir une normandicité, parce qu’il séjournait souvent en Normandie, pays de son épouse.

J’ai procédé de la même manière avec la condition des Juifs.

Il était absurde de parler du judaïsme de quelqu’un. Il fallait, m’a-t-il semblé, considérer séparément les traits culturels, ou judaïsme, et la démographie des Juifs, ou judaïcité ; judéité, terme que j’ai dû forger, serait la manière dont un Juif vit, objectivement et subjectivement, son appartenance à la communauté juive.

Le succès de judéité acheva de me convaincre qu’il y avait là une nécessité, pas seulement langagière. Elle permettrait à un Juif d’être laïc par exemple, sans renier pour autant sa solidarité avec les siens.

Arabe vs. musulman 

Ne serait-il pas temps de procéder à la même ventilation pour les Musulmans ? Réservons décidément arabe à l’aspect ethnique, national ou international. Les Arabes seraient des gens originaires d’Arabie ; et ceux qui s’en réclament plus ou moins mythiquement. Cela permet en outre d’y inclure les populations non musulmanes, chrétiennes, juives. Soit dit en passant, inclure la charia dans la constitution des nouvelles nations serait source d’une ambiguïté et de nouvelles difficultés.

Revenons donc à l’islam.

Islam désignerait exclusivement la démographie musulmane ; islamisme, l’ensemble des traits culturels, religion comprise ; islamité enfin, à l’instar de négrité et judéité, la manière dont un Musulman vit son appartenance relative à l’islam et à l’islamisme. Cette distinction permettrait, comme la judéité, de libérer relativement l’individu musulman, en particulier les démocrates et les laïcs, qui n’arrivent pas à trouver leur place dans cet imbroglio. Une certaine dose de communautarisme serait légitime, si elle ne trouble pas l’ordre public. On pourrait enfin être, sans trouble ni culpabilité, musulman et laïc.

La même démarche pourrait être entreprise au sujet des Chrétiens. Ils ont la chance de disposer déjà de deux termes commodes : chrétienté, qui signifie la démographie de l’ensemble des Chrétiens, y compris les Protestants et les Orthodoxes, et de christianisme, qui est l’ensemble des traits culturels de la chrétienté, y compris la religion. Toutefois, d’évidence il manque un troisième terme, l’équivalent de judéité ou de négrité. Les Chrétiens utilisent volontiers celui de foi, mais ce terme étant commun à toutes les religions, on y perd la référence proprement chrétienne. u Albert Memmi est un auteur et un essayiste juif d’origine tunisienne. Il fait partie du comité de parrainage de l’association La Paix maintenant.




Be the first to know - Join our Facebook page.

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL