Le gouvernement autorise la libération de 104 détenus palestiniens

La mesure, destinée à encourager la reprise des pourparlers, suscite une grande opposition

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July 30, 2013 12:36
Des Israéliens s'opposent à la libération de détenus palestiniens "avec du sang sur les mains"

P4 JFR 370. (photo credit: Marc Israël Sellem/The Jerusalem Post)

 
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Une décision contestée. Dimanche 28 juillet, le gouvernement a voté à 13 voix contre 7 pour libérer 104 prisonniers palestiniens sur les 9 mois à venir. Un geste considéré comme un gage de bonne volonté alors que les pourparlers israélo-palestiniens reprennent cette semaine. Dimanche soir, la ministre de la Justice Tzipi Livni, qui dirige l’équipe de négociateurs israéliens, et Itzhak Molcho, envoyé spécial du Premier ministre Binyamin Netanyahou, ont pris l’avion pour Washington. Ils devaient rencontrer les deux négociateurs en chef palestiniens, Saeb Erekat et Mohammad Shtayyeh, dès lundi matin pour une première réunion informelle à la résidence du secrétaire d’Etat américain, John Kerry. Les négociations officielles devaient débuter mardi. Selon un communiqué du département d’Etat, ces premières réunions doivent « permettre de développer un plan de travail pour que les parties puissent procéder aux négociations dans les mois à venir ».



« Une décision qui brise le cœur » 

L’atmosphère était lourde dimanche matin, alors que les ministres étaient appelés à voter sur la libération des détenus palestiniens. Il aura fallu près de 6 heures d’un débat agité pour parvenir à un accord.

Une commission ministérielle devra à présent décider de l’identité de ces 104 prisonniers, ainsi que de la date de leur libération. Les détenus concernés sont tous incarcérés pour des attaques commises avant les accords d’Oslo en 1993. Ils seront libérés en 4 étapes. Selon des sources officielles, l’objectif est de s’assurer que les Palestiniens tiendront leur engagement, durant les 9 mois de pourparlers, de ne pas lancer d’action unilatérale contre Israël à l’Onu ou devant une autre institution internationale et de ne pas quitter la table des négociations.

La veille du conseil, Netanyahou s’est entretenu avec ses ministres afin de s’assurer du passage de la mesure. Dimanche matin, il a néanmoins déclaré qu’il était inutile de lui rappeler la difficulté et la douleur que représentait la libération de Palestiniens « avec du sang sur les mains ». « Je voudrais vous rappeler mon histoire personnelle », a dit le Premier ministre. « Mon frère a été tué alors qu’il commandait une opération destinée à libérer des otages détenus comme monnaie d’échange pour faire libérer des terroristes », a-t-il continué en faisant allusion à Yoni, Yonathan Netanyahou, tué en juin 1976 pendant le raid d’Entebbe. « J’ai moi-même été blessé pendant le raid sur l’avion Sabena, qui a été détourné en 1972 afin de faire libérer des terroristes. Je me rappelle avoir pénétré dans l’avion alors que les balles sifflaient autour de moi. J’ai capturé Theresa Halsa. 7 ans plus tard, elle a été relâchée sous Menahem Begin, lors d’un accord qui a libéré des terroristes. » Netanyahou n’a pas été le seul à donner un tour personnel au vote. Le ministre de l’Energie et de l’Eau Silvan Shalom avait les larmes aux yeux en expliquant pourquoi il s’abstiendrait : son père, le directeur d’une banque à Beersheva, a été tué lors d’une attaque à main armée alors que Shalom n’avait que 6 ans, le marquant à jamais du sceau du deuil. La ministre des Sports et de la Culture, Limor Livnat, qui s’est également abstenue, a évoqué quant à elle son neveu, tué il y a 2 ans lors d’une attaque terroriste.

Le ministre des Sciences et de la Technologie Yaakov Peri, ancien directeur du Shin Bet, a déclaré que « pour avoir été chargé de rechercher et d’arrêter un grand nombre de ces meurtriers, cette décision terrible me brise le cœur. C’est une tragédie pour les parents des victimes. Mais ne pas retourner à la table des négociations serait pire encore ».

Peri fera partie de la commission parlementaire en charge de la libération des détenus, aux côtés de Netanyahou, Livni et des ministres de la Défense et de la Sécurité publique Moshé Yaalon et Itzhak Aharonovitch. Parmi les incarcérés, le sort de 15 Arabes israéliens, détenus pour des attaques antérieures aux accords d’Oslo, devra néanmoins retourner en conseil des ministres pour approbation.

« Une centaine de terroristes en échange d’un “processus” » 

Chacun des élus a pu s’exprimer au cours de la réunion. Le Premier ministre a ouvert la discussion en déclarant que c’était un « moment difficile » pour lui. « C’est un moment difficile pour nous tous, en particulier pour les familles avec qui je compatis », a poursuivi Bibi. « Mais il existe des moments où de pénibles décisions doivent être prises pour le bien du pays et nous vivons un de ces moments. La reprise du processus diplomatique est importante pour l’Etat d’Israël, d’une part pour tenter de mettre fin au conflit, et d’autre part, en raison de la réalité complexe de notre région, en particulier les défis que représentent aujourd’hui la Syrie et l’Iran ». Netanyahou a ajouté qu’essayer de remédier à la mauvaise image d’Israël sur la scène internationale constituait une troisième raison pour s’engager dans les négociations.

Naftali Bennett, chef de HaBayit HaYehoudi et ministre de l’Economie et du Commerce, était le principal opposant à la mesure. Il a qualifié la libération des détenus de « pente dangereuse ». « Nous avons commencé par relâcher un terroriste en échange d’un soldat, puis nous avons relâché des centaines de terroristes pour un soldat, et ensuite nous avons relâché des centaines de terroristes pour un soldat mort. Aujourd’hui, nous relâchons une centaine de terroristes en échange d’un “processus” », s’est indigné l’élu. « Le message que nous faisons passer, c’est que pour nous, tout est négociable ».

Selon un des ministres, la prise de parole la plus éloquente a été celle du ministre de l’Intérieur Guideon Saar, avant le début du conseil. Lui qui ne s’était pas clairement positionné dans le débat jusque-là, a déclaré qu’il serait « facile et populaire de voter contre cette mesure. Mais que se passerait-il si chacun d’entre nous, ou même la moitié des ministres, faisait ainsi ? Un vote négatif indiquerait qu’Israël s’oppose à l’accord passé entre le Premier ministre et le secrétaire d’Etat américain. Il n’y aurait pas de négociations et Israël serait montré du doigt, même par ses meilleurs amis ». Et le ministre d’ajouter que dire de la position israélienne sur la scène internationale à l’heure actuelle qu’elle est « difficile » serait un euphémisme, et que cette libération de prisonniers devait être perçue dans le plus large contexte des négociations et de l’image de l’Etat hébreu.

En plus de Saar, Netanyahou a également reçu l’appui d’Avigdor Liberman. Le président d’Israël Beiteinou, qui ne siège pas dans l’actuel gouvernement, a permis aux 4 ministres de son parti de voter selon leur conscience (voir encadré ci-contre).

Avant la tenue du vote à main levée, le directeur du Shin Bet, Yoram Cohen, est venu briefer les ministres sur les conséquences sécuritaires de la libération. Si relâcher des terroristes en liberté représente une menace immédiate pour la sécurité du pays, la relance des négociations avec les Palestiniens signifie également une accalmie sur le terrain, a expliqué Cohen. Avant de souligner les risques de récidive. « Les chances qu’ils recommencent sont assez élevées. Avec le temps, ils se relanceront dans le terrorisme ».

Le ministre de la Défense Moshé Yaalon a expliqué qu’il voterait en faveur de la mesure « le cœur lourd », ajoutant qu’il s’opposait à la libération des détenus Arabes israéliens parmi les terroristes. « On paye le prix fort en relâchant des terroristes, d’un point de vue légal et judiciaire, mais aussi du point de vue de l’effet de dissuasion. J’aurais aimé que nous n’ayons pas à affronter un tel dilemme, mais, dans la situation actuelle, ne pas entrer en pourparlers aurait également un prix très lourd ».

« Un grand succès » 

L’Autorité palestinienne s’est félicitée de la décision israélienne et a fait vœu de continuer à œuvrer pour la libération de tous les détenus palestiniens, qualifiés de « prisonniers politiques ». Saluant la décision, Erekat a néanmoins déclaré qu’elle survenait 14 ans trop tard. « Nous continuerons à œuvrer à la libération de tous nos prisonniers politiques », a-t-il déclaré. « La décision du gouvernement israélien ne fait qu’appliquer tardivement une clause de l’accord de Sharm el-Sheikh en 1999, où Israël s’était engagé à libérer tous les détenus d’avant-Oslo ».

Et d’appeler l’Etat hébreu à saisir la reprise des négociations comme une opportunité pour « mettre un terme à des années d’occupation et d’exil et entamer une nouvelle ère de justice, de liberté et de paix pour Israël, la Palestine et le reste de la région ». Le ministre des Prisonniers palestiniens, Issa Qaraqui, a quant à lui salué la décision israélienne comme « un grand succès qui consolide une paix juste dans la région ». Et ajouté qu’il s’agissait d’« un pas vers la libération de tous les prisonniers palestiniens ».

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