Les mariées de l’Histoire

Le musée de Beit Hatfoutsot propose un mariage de tradition et renouveau avec son exposition du moment : « Vive la mariée ».

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October 2, 2013 10:04
Ensemble trois pièces créé par Shani Dahan et Shani Zimmerman

P23 JFR 370. (photo credit: Sasha Flit)



Chaque mariée se prépare d’arrache-pied pour être prête le jour J. Mais les étudiantes de mode à l’Académie Shenkar d’ingénierie et de design ont, elles, travaillé nuit et jour, pour des robes qui ne seront même pas les leurs. Une nouvelle exposition a vu le jour au musée de Beit Hatfoutsot, sur le campus de l’université de Tel-Aviv, mercredi 18 septembre. Sous son titre à rallonge : Vive la mariée, les robes qui ont brodé l’histoire du peuple juif, se cachent 13 collections réalisées par 14 étudiantes en dernière année, à partir de leur vaste héritage culturel.

Le projet a été initié par la directrice de l’association les Amis israéliens du Beit Hatfoutsot, Irit Admoni Perlman, son président Guideon Hamburger et son membre du conseil Motty Reif, en coopération avec le département de mode de Shenkar. Le résultat ? Un ensemble de merveilleuses robes de mariées, brodées main et inspirées par les collections d’objets présentées au Beit Hatfoutsot.

Le musée rassemble en effet des objets représentant traditions et pratiques religieuses des communautés juives du monde entier. Les étudiantes s’y sont rendues à maintes reprises pour observer les articles exposés et trouver des idées pour leurs projets de fin d’année.

Au bout du compte, leur travail s’est fait l’écho de leur histoire personnelle, plongeant certaines étudiantes au cœur de leurs racines culturelles.

A elles deux, Shani Dahan et Shani Zimmerman, ont, par exemple, décidé de créer un ensemble trois pièces : une robe de mariée, une robe vêtue par la fiancée pour la cérémonie du « henné » et un costume pour le marié. Sur les 13 travaux présentés, il est le seul à être composé de plusieurs pièces. Il plonge au cœur des racines familiales de Dahan. « Mon projet repose sur le passé familial », explique-t-elle. « Nous sommes Marocains d’un côté et Algériens de l’autre. L’idée était de creuser notre histoire et de rechercher des costumes traditionnels de ces régions ».

Quand l’oud fait la robe




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L’idée de l’exposition remonte un peu. « J’ai contacté Shenkar il y a plus d’un an », explique Admoni Perlman. « A ma grande joie, l’école s’est montrée partante et les résultats sont somptueux. Le travail a eu lieu dans le cadre d’un cours de haute couture. Car quand vous apprenez la haute couture, vous faites des robes du soir ou de mariée », commente-t-elle. « On s’est dit que les étudiantes viendraient au musée, contempleraient nos maquettes de synagogues et choisiraient quelque chose qui a trait au passé de leurs parents. Tous les visiteurs du Beit Hatfoutsot sont touchés par ces maquettes », continue-t-elle.

Ces édifices miniatures, symboles de la diversité ethnique du judaïsme, ont bel et bien été le moteur du projet, tout en menant les jeunes femmes vers des directions inattendues. « Oui, cela a commencé par les synagogues, mais, en fin de compte, la source d’inspiration a produit des résultats très différents », ajoute la directrice. « Par exemple, une des étudiantes, dont la famille est originaire d’Europe de l’Est, a observé une maquette d’une synagogue de là-bas et s’est retrouvée attirée par l’histoire du Dibbouk (cet esprit qui habite le corps d’une personne vivante) ».

« Une autre, dont le grand-père était musicien, a fait des recherches sur la musique à partir de nos archives. Et découvert que son arrière-grand-père était un joueur d’oud. Elle s’est donc appuyée sur cette esthétique de l’oud et de la cithare pour créer sa robe ». L’étudiante en question, Adi Bakshi, dont la famille est arrivée en Israël d’Irak, explique : « C’est la famille de mon père, et cette musique qui accompagnait toutes les célébrations de la communauté chez les Juifs d’Irak qui ont été ma source d’inspiration. Tandis que je créais la robe, j’ai observé le détail des instruments de musique, tel que le travail délicat du bois qui s’entremêle aux cordes d’argent. J’ai retrouvé les mêmes éléments décoratifs sur les amulettes et les Hamsa (mains de Fatma), qu’on utilisait à Bagdad pour se protéger du mauvais œil ».

Un voyage dans le passé




« En fait, il s’agissait de créer du neuf à partir du vieux », observe Neta Harel, conservatrice adjointe de l’exposition. « Les étudiantes ont plongé dans leurs passés et en sont revenues avec d’extraordinaires découvertes. L’une d’entre elle est allée voir sa grand-mère, qui a ressorti son propre trousseau et toutes sortes d’objets qu’elle n’avait pas revu depuis des années. Cela a été un voyage dans le passé pour tout le monde ».

Dahan et Zimmerman se sont elles aussi livrées à quelques fouilles familiales. « Ma grand-mère a ouvert un coffre avec plein d’anciens objets et nous avons retrouvé un costume qui a servi pendant plusieurs générations pour la cérémonie du pidyon haben (rachat du premier-né à Dieu) », se remémore Dahan. « Cela nous a fourni un point de départ, en nous donnant des idées pour les matières et pour la fabrication des vêtements ».

Opter pour une manufacture traditionnelle, continue Dahan, c’était se lancer dans de longs travaux d’aiguille, et une attention forcenée aux détails. « On a bossé jour et nuit. Par exemple, pour notre galabiyeh (costume égyptien traditionnel), j’ai créé une nouvelle technique de couture. A chaque fois que je piquais l’aiguille dans le tissu, je devais être sûre à 100 % que c’était à la bonne place. Il n’y avait aucune marge d’erreur, aucun moyen de faire marche arrière si je m’étais trompée ».

L’esprit de Léa




De son côté, Mor Kfir s’est inspirée d’une figure démoniaque trop peu connue. « Ma robe de mariée a été créée à partir du personnage mythologique de Léa, tel qu’il a été joué par la légendaire actrice Hanna Rovina dans la pièce Le Dibbouk, sur la scène du théâtre Habimah en 1928 », explique la jeune femme. « J’aime la littérature et le théâtre, et en allant à Beit Hatfoutsot, la première chose qui m’a frappée, c’est l’atmosphère mystique qui émanait des maquettes de synagogues, comme si je ressentais les spectres de ces temples d’hier. J’ai immédiatement pensé à la synagogue Vielle-Nouvelle de Prague. Plus tard, lorsque nous nous sommes rendus au musée d’Israël, je me suis de plus en plus immergée dans la tradition juive. Cela m’a semblé plus naturel que de creuser dans mon propre passé familial ».

Au final : une robe de mariée toute en légèreté, à la taille Empire, avec un jeu de transparence entre la matière blanche et le corsage plus ajusté. « Je suis allée aux archives d’Habimah et y ai vu de magnifiques photos d’Hanna Rovina dans la pièce. C’était très inspirant », s’émeut Kfir.

Pour sa robe de mariée, Hadar Brin s’est inspirée de l’histoire de son arrière-grand-père qui a caché une mezouza dans un mur intérieur de sa maison de Lodz en Pologne, pendant la Shoah. Chose incroyable, la mezouza a par la suite été retrouvée et ramenée en Israël.

De son côté, Yaël Geisler s’est inspirée du trousseau que sa grand-mère, née à Izmir en Turquie, a laissé à ses filles. Un large coffre qui contenait des nappes, des serviettes, du linge et de l’argenterie. « Pendant que je créais ma robe, je me suis concentrée sur la richesse de cette vaisselle d’or et d’argent, qui se retrouve dans les broderies des vêtements de cérémonie », explique Geisler. « La robe est taillée dans du satin de soie et décorée d’une fine dentelle dorée ainsi que de motifs orientaux brodés à la main. Ce trousseau laissé par ma grand-mère est le témoignage d’une existence perdue à jamais ».




 





Vive la mariée, les robes qui ont brodé l’histoire du peuple juif.







Pour plus de renseignements : 03-745-7808 ou www.bh.org.il






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