Rapport Wexler : une étude inégale

Une étude financée par le gouvernement américain sur les livres scolaires palestiniens et israéliens fait scandale. 50 % des manuels palestiniens véhiculeraient une image très négative d’Israël.

By SAM SOKOL ET DANIELLE ZIRI
February 12, 2013 13:20
4 minute read.
Palestinian children in school

Palestinian children in school 311. (photo credit: REUTERS)

 
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L’analyse était pourtant censée mettre en valeur la « rareté » de la démonstration de haine dans les livres palestiniens… Si l’autorité palestinienne se réjouit des résultats, Israël affirme que les conclusions sont sans fondement.

Le ministère de l’Education israélien a sévèrement critiqué le département d’Etat américain qui a parrainé l’étude.

L’Etat hébreu juge les conclusions biaisées et « manquant de professionnalisme ».

La recherche, intitulée « Sommes-nous les victimes de notre propre récit ? » s’appuie sur la représentation de l’autre dans les manuels scolaires israéliens et palestiniens. Elle a été publiée le 4 février et visait à évaluer les images du conflit véhiculées dans les manuels scolaires.

Les chercheurs ont constaté que la majorité des deux corps de textes représentent l’autre comme un ennemi, avec seulement 11 % des manuels scolaires israéliens et 1 % des manuels scolaires palestiniens représentant l’autre sous des traits positifs.

Alors que la déshumanisation et la diabolisation de l’autre se font rares des deux côtés, selon l’étude, une caractérisation très négative de l’autre a pu être identifiée dans 26 % des livres israéliens dans les écoles publiques contre 50 % de ceux de l’échantillon palestinien.

Au total, 492 manuels israéliens et 148 palestiniens de littérature, histoire, langues, géographie, sciences sociales, éducation civique et religion ont été passés en revue pour le projet qui s’est étendu sur 3 ans.

Une subvention du département d’Etat américain a financé l’étude menée par une équipe israélo-palestinienne d’universitaires. C’est donc sous la direction des professeurs Bruce Wexler de l’université de Yale, Daniel Bar-Tal de l’université de Tel-Aviv et Sami Adwan de l’université de Bethléem que les recherches ont été conduites.

Mais, pour le ministère israélien de l’Education, il s’agit d’une étude « malveillante et calomnieuse vis-à-vis du système éducatif israélien et l’Etat d’Israël ». La ligue anti-diffamation a soutenu les critiques du ministère de l’Éducation, la qualifiant de « déformée et contre-productive. » Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, s’est, lui, félicité des « conclusions qui ne sont pas dans la lignée des anciennes positions préconçues », a rapporté Ma’an, l’agence palestinienne d’information.

Selon les données recueillies, les livres des deux systèmes éducatifs ont tendance à présenter unilatéralement des récits nationaux, montrant l’autre comme un ennemi juré et omettant des vérités historiques, religieuses ou politiques.

Des représentations « neutres » ont toutefois été constatées dans 40 % des livres israéliens et 15 % dans le camp palestinien. En outre, les manuels scolaires israéliens semblent être plus autocritiques que les publications palestiniennes.

Bien que présentes et problématiques dans tous les systèmes scolaires, la présentation négative de l’autre, l’absence d’autocritique et la désinformation sont plus prononcées dans les livres scolaires ultraorthodoxes israéliens et les manuels palestiniens que dans les livres scolaires d’État israéliens.

En général, les récits dans les manuels scolaires reflètent la stagnation du conflit israélo-palestinien.

De la désinformation à l’offensive médiatique

Le Bureau de presse du gouvernement, en réponse au rapport, a publié les déclarations du directeur général des affaires stratégiques du ministère, Yossi Kuperwasser.

Il a accusé Wexler d’essayer de « blanchir les livres palestiniens » dans son rapport, et déclaré que le professeur avait « tenté de créer un équilibre artificiel » entre les textes de l’Autorité palestinienne et ceux d’Israël. « Les Palestiniens ont un système complet d’endoctrinement, y compris dans les programmes de télévision parrainés par le gouvernement, les magazines pour la jeunesse et les camps d’été », explique-t-il. Pour preuve, selon lui, il suffit de se pencher sur les pages Facebook des écoles palestiniennes.

Kuperwasser a ainsi rendu publique une illustration trouvée sur la page Facebook du ministère de l’Education de l’Autorité palestinienne. On y voit un serpent frappé d’une étoile de David sur le front en train d’étrangler un jeune Palestinien. Il a également cité un programme pour enfants de la télévision palestinienne où une jeune fille s’écrie spontanément : « Notre ennemi, Sion, c’est Satan avec une queue. » Sur une autre page Facebook, un enseignant palestinien avait posté la photo d’un terroriste suicidaire. Le défi des élèves ? Identifier l’homme en échange d’un chocolat.

Kuperwasser cite en outre un article de février 2011, extrait de la revue pour enfants Zayzafuna, où Adolf Hitler raconte avoir « tué [les Juifs] de sorte que tout le monde sache qu’ils sont une nation qui répand la destruction partout dans le monde ». Preuve supplémentaire de l’extrémisme des informations palestiniennes.

« L’étude est imparfaite car elle masque des différences significatives entre les textes israéliens et palestiniens. Ce blanchiment amènera à la conclusion pour les Palestiniens qu’ils n’ont pas à changer le message qu’ils véhiculent », a déclaré Kuperwasser.

De son côté, Washington a fait savoir qu’elle prenait ses distances par rapport à l’étude. Une porte-parole de la Maison Blanche, Victoria Nuland, a déclaré aux journalistes : « Le rapport n’est pas nécessairement approuvé par le gouvernement américain. Nous ne prenons pas position ».

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