Tsahal n’a pas tué Mohammed al-Doura

Un rapport du gouvernement démontre que le montage de France 2 était faux et manipulatoire. Charles Enderlin rejette ces conclusions.

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May 21, 2013 12:15
L'affaire al-Doura est devenue un symbole de la seconde intifada.

JFR P4 370. (photo credit: Reuters)

Cette fois, c’est enfin le gouvernement israélien qui le dit. Tsahal n’a pas tué ou même blessé Mohammed al-Dura, un jeune gazaoui alors âgé de 12 ans devenu une icône palestinienne pendant la seconde Intifada, ni son père, Jamal, le 30 septembre 2000, au carrefour de Netzarim. Les conclusions d’une commission israélienne chargée d’enquêter sur l’incident ont été rendues publiques dimanche 19 mai et présentées au Premier ministre Binyamin Netanyahou dans un rapport de 36 pages.

Selon le reportage de France 2, le jeune garçon aurait été tué par balles israéliennes, pendant la seconde Intifada, alors qu’il se cachait en pleurant sous son père. Al-Doura est devenu un symbole pour les Palestiniens et les images de sa mort supposée ont fait le tour du monde. Hier, Charles Enderlin, correspondant à Jérusalem et auteur du reportage, a rejeté les conclusions de la commission et s’est dit frustré de ne pas avoir été lui-même contacté par les experts chargés de l’enquête. Et d’ajouter que luimême, Talaal Abou Rahmah, le cameraman qui a filmé l’incident et Jamal al-Doura étaient tous prêts à passer au détecteur de mensonges.

Selon le rapport, « les principaux arguments de France Télévision ne sont pas étayés par les images dont disposait la chaîne au moment des faits… Il n’est en aucun cas prouvé que Tsahal soit responsable des blessures supposées de Jamal ou de son fils ».

La commission ajoute que « contrairement aux allégations affirmant que le garçon a été tué sur le coup, le visionnage des images de rushes, qui n’ont pas été diffusées par France 2, prouve qu’il est vivant, qu’il bouge le bras et tourne la tête ».

Campagne mensongère 

En septembre 2012, Netanyahou a demandé à Moshé Yaalon, alors ministre des Affaires stratégiques et aujourd’hui ministre de la Défense, de nommer une commission pour réexaminer l’incident. Selon le Bureau du Premier ministre, « l’objectif de cette commission est d’examiner l’affaire al-Doura à la lumière des graves torts que celle-ci a causé à Israël et de clarifier la position du gouvernement israélien à son endroit ».

Et de préciser que l’affaire a été utilisée par les adversaires de l’Etat juif afin de « justifier le terrorisme, l’antisémitisme et la délégitimisation d’Israël ».

Le Premier ministre a pleinement appuyé les conclusions du rapport en déclarant : « Il est important de se pencher à nouveau sur cet incident, qui a traîné la réputation d’Israël dans la boue. Ceci est le symbole d’une campagne continue et mensongère pour délégitimer Israël. Il n’y a qu’une seule façon de contrer les mensonges : dévoiler la vérité. Seule la vérité peut l’emporter face aux mensonges. » Le ministre des Relations internationales, Youval Steinitz, qui a officiellement présenté le rapport au Premier ministre, a qualifié l’affaire al-Doura de « calomnie moderne contre l’Etat d’Israël, du même acabit que les rumeurs sur le massacre de Djénine. Le reportage de France 2 était totalement dénué de fondements. » 

Aucune balle n’a atteint les al-Doura 

Le rapport révèle également « qu’il n’existe aucune preuve de blessures de l’enfant ou de Jamal, comme le prétend le reportage.

Les images ne montrent pas de blessure grave de Jamal. Au contraire, selon plusieurs indications le père et le fils n’auraient été atteints par aucune balle que ce soit ». En outre, continue le rapport, « il est hautement improbable que les trous de balles montrés aux alentours des deux protagonistes aient été occasionnés par des tirs depuis les positions israéliennes, comme l’implique le reportage de France 2 ».

L’enquête critique la chaîne française, affirmant que « le reportage a été monté et présenté afin de donner le sentiment de prouver ses allégations ».

En réponse, Charles Enderlin a rappelé un communiqué de France 2 : « Depuis le début de l’incident jusqu’à aujourd’hui, France 2 s’est montrée prête à participer à toute procédure légale qui soit aux normes internationales ». Pour le journaliste, le rapport n’est ni indépendant ni objectif, et il s’est dit prêt à coopérer avec toute enquête « indépendante », selon ses propres termes.

Enderlin rappelle également que l’affaire est toujours en cours face à la cour d’appel en France (dans un procès en diffamation contre Philippe Karsenty, qui défend ouvertement la thèse d’une manipulation). Et d’ajouter que la chaîne télévisée est « prête à aider Jamal al-Doura par tous les moyens afin d’exhumer le corps de son fils et procéder, si nécessaire, à des examens ADN et faire la lumière sur les circonstances de l’incident ». « Il est difficile de croire », a poursuivi Enderlin, « qu’une commission spéciale nommée par Moshé Yaalon, aujourd’hui ministre de la Défense, n’ait pas contacté France 2 ou encore M. al-Doura, en dépit de sa volonté à exhumer le corps de son fils ».

Pas de preuves 

Le rapport gouvernemental réfute « un petit nombre de déclarations » faites par des hauts gradés israéliens qui avaient admis avoir blessé les al-Doura par erreur, en les présentant comme prononcées « dans le feu de l’action », avant que toutes les preuves ne soient réunies. Par ailleurs, continue la commission, ce reportage reflète un phénomène très répandu de nonprofessionnels témoignant d’événements complexes dans les médias, ces derniers se précipitant aux conclusions, sans plus de considération éthique, au nom de l’information.

Le rapport accuse également Talaal Abou Rahmah de s’être contredit dans son récit des événements et de n’avoir publié que 55 secondes d’images qui font en réalité 27 minutes.

En outre, le rapport affirme que les lieux de l’incident ont été trafiqués, arguant qu’aucune tache de sang n’était présente juste après les événements mais que quelqu’un avait ensuite répandu du sang au sol, de façon non concordante.

En conclusion, le rapport gouvernemental souligne l’importance cruciale d’une couverture médiatique prudente dans le cas « d’un conflit armé asymétrique, dans lequel les parties tentent de créer des situations et induire les médias en erreur par rapport à un contexte factuel ».


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