Un malencontreux héritage

Le statut de réfugié se transmet de génération en génération chez les Palestiniens. Une nouvelle initiative souhaite revoir ce procédé controversé.

By BENJAMIN WEINTHAL ET MICHAEL WILNER
March 12, 2013 12:45
3 minute read.
Logo de l'UNRWA

1303JFR06 521. (photo credit: Dr)

New York, jeudi 7 mars. Le Harvard Club de Manhattan reçoit des dignitaires et experts autour d’une conférence sur le statut de réfugiés de la population palestinienne. Selon l’ambassadeur israélien à l’Onu, Ron Prosor, cette classification onusienne des Palestiniens comme réfugiés est aujourd’hui le principal obstacle à un accord de paix entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Cette conférence constitue la première étape d’une initiative visant la création d’une loi américaine pour empêcher le transfert automatique du statut de réfugié aux descendants de Palestiniens.

Un transfert qui a cours depuis 1948. Le Dr Daniel Pipes, expert reconnu sur le Proche-Orient, prend le premier la parole et déclare que la situation des réfugiés palestiniens est mauvaise pour tout le monde. Selon lui, l’approche actuelle de l’UNRWA (en français : Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine au Proche-Orient) crée « une culture de victimisation et pousse à l’extrémisme », pointe-il.

Le Forum du Moyen-Orient, un think tank basé à Philadelphie et dirigé par Pipes, est à l’origine de la conférence, intitulée : « Changer la politique américaine sur l’UNRWA et les réfugiés de Palestine ». « Personne ne veut l’admettre et pourtant… le véritable obstacle à la solution à deux Etats, c’est le droit au retour de millions de Palestiniens réfugiés », déclare Prosor. Avant d’insister : « C’est le problème des réfugiés qui est aujourd’hui le principal obstacle à la paix, et non les implantations », car un retour des réfugiés « causerait la destruction d’Israël », plaide le diplomate. Il y avait 700 000 réfugiés palestiniens en 1950. Ils sont aujourd’hui plus de 5,1 millions, selon les chiffres officiels qui varient beaucoup en fonction de leurs sources.

Historiquement, les réfugiés qui deviennent citoyens d’un autre pays perdent leur statut de réfugiés. Or, un large pourcentage de Palestiniens vit aujourd’hui en Jordanie ou en Syrie. Syrie où ils subissent actuellement de nouveaux départs forcés en raison de la guerre civile.

Beaucoup de participants à la conférence sont tombés d’accord pour dire que le rapport aux réfugiés palestiniens fait figure d’exception au sein des autres populations de ce genre dans le monde. Pour Prosor, leur permettre de transférer leur statut de réfugiés en héritage est malavisé de la part de l’UNRWA. « Israël s’oppose résolument à l’idéologie politique de l’UNRWA, mais soutient son activité humanitaire », a continué le diplomate. Pour ensuite ajouter : « Aucune nation arabe n’apparaît sur la liste des 10 premiers mécènes de l’agence ». Ses subventions proviennent essentiellement des pays occidentaux. Et d’accuser les pays arabes, « saturés de pétrodollars », de ne pas prêter main-forte à l’institution.

Pour l’ancienne députée Avoda et Hatzmaout (Indépendance), Einat Wilf, il est important de casser le mythe largement répandu des réfugiés palestiniens « blottis sous des tentes ». Et de citer un diplomate européen qui lui aurait confié : « Ne le dites à personne, mais je connais des familles bourgeoises à Ramallah ».

« L’Union européenne affirme que les Palestiniens savent qu’ils ne retourneront pas en Israël », or il faudrait que l’UE commence à « leur dire », conclut l’ancienne parlementaire.

Le Dr Jonathan Schanzer, vice-président de la recherche à la Fondation de défense des démocraties, située à Washington, a, quant à lui, évoqué « une crise des réfugiés fabriquée de toutes pièces ». Et s’est interrogé pour savoir si « l’UNRWA est une institution propalestinienne », car celle-ci se bat contre la mise en place de réformes voulues par les Etats-Unis.
Un bien vaste sujet dont on peut espérer qu’il continuera d’être à l’ordre du jour dans les mois à venir.


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