Vers une 3e Intifada ?

Crise économique, déclin de l’Autorité palestinienne et montée du Hamas : nouvelle flambée de violence.

By MOHAMMED NAJIB
January 1, 2013 15:44
Intifada

11 521. (photo credit: Reuters)

Une simple affaire de temps. Selon certains observateurs palestiniens, la question n’est plus de savoir si une 3e Intifada aura bien lieu en Judée-Samarie, mais quand. L’impasse du processus de paix et la crise économique ont heurté l’Autorité palestinienne de plein fouet.

Dernier coup de grâce : la décision israélienne de suspendre le transfert des recettes d’impôts revenant à Ramallah en raison de la démarche unilatérale palestinienne à l’ONU qui a abouti à sa reconnaissance en tant qu’Etat observateur. Pour certains, il ne fait plus de doute que la région soit sur le point de s’embraser. Et, de fait, un sondage réalisé par le Centre des médias et de la communication palestinienne à Jérusalem deux semaines après l’opération Pilier de défense, et publié le 20 décembre, montre une nette hausse du soutien à la résistance armée. Pour 70,6 % des sondés, c’est le Hamas qui a gagné le bras de fer avec Israël. Conséquence logique : hausse du soutien au mouvement islamiste dans les Territoires de Judée-Samarie ainsi qu’à la lutte armée, que 32,6 % approuvent.

Salaires impayés : la frustration grimpe 

Selon un responsable sécuritaire palestinien, qui désire conserver l’anonymat, les habitants des Territoires sont de plus en plus frustrés car ils ont compris que « le gouvernement Hamas, qui vit en état de siège, est capable de payer ses fonctionnaires, services de sécurité inclus, tandis que l’AP, qui a fait le choix de la paix et de la non-violence, ne l’est pas ». Et d’ajouter : « Que doivent-ils conclure lorsqu’ils voient Israël passer un accord de cessez-le-feu avec le Hamas, qui a bombardé l’Etat hébreu de roquettes iraniennes, alors que l’AP, qui choisit la diplomatie, est ignorée et punie ? Ceci peut sans conteste mener à une 3e Intifada, que nos forces de sécurité seront incapables d’endiguer ».

Le général de division Adnan Damiri, porte-parole des services de sécurité de l’AP, explique, quant à lui, que la saisie israélienne des fonds revenant à Ramallah a « un impact catastrophique sur le peuple palestinien ». Selon un sondage conduit par le PCPSR (Centre palestinien pour les études et les sondages politiques) du 13 ou 15 décembre derniers, pour 27 % des Palestiniens – Judée-Samarie et bande de Gaza confondues - la pauvreté et le chômage constituent le premier des problèmes, avant l’occupation israélienne, l’expansion des implantations et l’absence d’unité nationale entre le Fatah et le Hamas. Plusieurs manifestations ont déjà eu lieu en Judée-Samarie au cours des derniers mois contre le coût de la vie, et l’AP est très lourdement critiquée pour son incapacité à honorer en temps et en heure les salaires de ces quelque 174 000 employés, en partie du fait de la saisie opérée par Jérusalem. Pendant ces rassemblements, la colère des manifestants était dirigée à la fois contre Israël et l’AP, bien que le gouvernement de Ramallah ait cherché à blâmer uniquement l’Etat hébreu.

Certes, la récente victoire du président Mahmoud Abbas, qui a conféré un statut d’Etat observateur à l’AP, a remonté le moral des Palestiniens de Judée-Samarie, mais c’est une victoire toute symbolique qui nécessite des mesures concrètes pour devenir une réalité. Et certains responsables craignent que les manifestations non violentes, encouragées par l’AP ces dernières années, ne dégénèrent en une vague de violences.

Le 22 décembre, Abbas a fait planer la menace d’un démantèlement de l’Autorité palestinienne, du fait de ses finances. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre Salam Fayyad avait appelé à une Intifada économique fondée sur le boycott des produits israéliens. Enfin, Abbas a également menacé de dissoudre les neuf Bataillons de sécurité, financés par les Etats-Unis et formés en Jordanie, dont certains officiers pourraient très facilement tomber dans les bras du Djihad islamique et du Hamas. Pire encore : de nombreux policiers de l’AP n’ont pas perçu leurs salaires du mois de novembre, puis ont en reçu la moitié seulement le 23 décembre. Le 14 décembre, de violents affrontements ont éclaté entre manifestations et la police anti-émeute palestinienne à Bab Zawiya (à la frontière entre les deux secteurs d’Hébron, H1 et H2, sous contrôle israélien) à la fin d’un rassemblement fêtant les 25 ans du Hamas.

Quelques dizaines de Palestiniens avaient déjà accosté des troupes de Tsahal un peu plus tôt pendant les festivités.

Le Hamas, grand gagnant 

Selon un haut-gradé de Ramallah, tenant également à conserver son anonymat, même le Shin Bet (agence de sécurité intérieure) prévoit une éruption de violence en Judée-Samarie. L’homme avance même que le prochain gouvernement israélien, élu le 22 janvier, sera encore plus à droite que le précédent et pourrait en réalité se réjouir d’une explosion palestinienne, qui lui éviterait d’être contraint aux négociations sous la pression internationale.

Mais alors que l’AP se prépare au pire, aucun ordre opérationnel n’a encore été lancé. « Pour l’instant, il n’y a encore aucun changement dans les ordres et les instructions donnés concernant le maintien de la sécurité en Judée- Samarie », explique le général de division Hazim Attallah, chef de la police palestinienne. « Aucune détérioration de la discipline n’est à déplorer au sein des forces de sécurité, mais je crains les effets délétères de la pénurie d’argent, d’équipement, d’armes et de munitions sur nos troupes ».

« Les officiers voient leurs salaires bloqués, alors pourquoi devraient-ils empêcher les Palestiniens de lancer des pierres contre les Israéliens ? », ajoute une autre source. « Ils n’ont aucune raison de le faire ». Les services de sécurité de l’AP ont néanmoins récemment intensifié leurs opérations secrètes afin de surveiller tout mouvement monétaire suspect de la part du Hamas, craignant que le mouvement islamiste n’active ses cellules dormantes afin de lancer un nouveau cycle de violence. En particulier, la police redoute une infiltration des manifestations pacifiques aux points de passage israéliens qui sèmeraient la violence et le chaos, à l’image d’une attaque d’un commissariat de l’AP en septembre dernier.

A la différence de la seconde Intifada, lancée fin septembre 2000, et dont Yasser Arafat espérait faire usage à la table des négociations, une troisième Intifada pourrait signer l’arrêt de mort de l’AP. Toujours selon certains hauts-gradés, le Hamas a intérêt à ce que la situation dégénère en Judée-Samarie.

Cela prouverait la faiblesse de Ramallah et encouragerait à la prise du pouvoir par le mouvement islamiste via les urnes. Les cadres du parti, à Gaza comme ailleurs, se sont sentis pousser des ailes à la vue des manifestations de soutien pendant l’opération Pilier de défense dans la zone, pourtant sous contrôle du Fatah. Et les leaders du Hamas d’appeler de leurs voeux cette Intifada afin de libérer la Judée-Samarie de l’occupation israélienne. A Ramallah, on considère ces appels comme une stratégie visant à dominer la région. Et, de fait, durant de récentes négociations entre Fatah et Hamas en vue d’une réconciliation, les Gazaouis ont conditionné tout futur accord à une suspension totale de la coopération militaire entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Pour en revenir au sondage du PCPSR, ses conclusions montrent que 48 % des Palestiniens, Judée-Samarie et bande de Gaza confondues, éliraient le leader du Hamas Ismaël Haniyeh si des élections avaient lieu actuellement, contre 45 % pour l’actuel président Abbas.

De bien sombres auspices, alors que tous les regards sont tournés vers les élections générales israéliennes.


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