A la recherche de l’Art perdu

A ceux qui se demandent si l’art juif existe, le Voyage de Betsalel s’insurge.

By AMANDINE SAFFAR
January 1, 2013 16:51
4 minute read.
Le Voyage de Betsalel

29 521. (photo credit: David Soulam)

 
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D’aucuns diront que le peuple juif en diaspora n’a pas su créer un art qui lui est propre. L’art juif aurait été modelé par les pays d’accueil des communautés. Parce que cette question taraude toujours les consciences de nos coreligionnaires, cette petite association « ADCJ », mieux connue sous le nom du « Voyage de Betsalel » est née, et s’est donné la tâche de transmettre l’histoire de l’art juif. Ainsi, c’est au fil d’un « voyage » ou « parcours initiatique » au fil des âges et des communautés à travers le monde que l’on découvre que ce débat n’a pas lieu d’être.

Qu’est-ce que ce voyage ? Un voyage à travers les arts pour apprendre à reconnaître des oeuvres provenant de diverses communautés, comprendre leur usage ainsi que leurs significations. Le Voyage de Betsalel est né en 2009, co-dirigé par deux chercheuses en art juif, Florence Soulam et Michèle Fingher. Il a pris ce nom en référence au premier artiste choisi par Dieu pour construire le tabernacle du désert, Betsalel, qui voguait de communauté en communauté à la recherche de l’art juif. Le projet compte désormais de nombreux électrons libres qui oeuvrent à sa réussite. Tout commence par un site Internet. Il met en lumière les oeuvres d’art restituées dans leur contexte et met à disposition des fiches pédagogiques pour aider les professeurs des écoles juives à enseigner l’art juif à partir des objets qui ont jalonné l’histoire juive. Les enfants pourront notamment s’y amuser en répondant à des quizz, ainsi qu’en lisant la bande-dessinée sur un aventurier dans la synagogue de Doura Europos ou en participant à un concours de dessin sur un thème biblique. Suite au site Internet, de nombreux projets ont vu le jour. Parmi eux : le premier tome d’une série d’ouvrages qui portent le nom de l’Art en Fête. Les fêtes de Tishri sont expliquées aux lecteurs de 9 à 99 ans, non pas par le biais biblique, mais en partant d’une oeuvre. Les trois tomes couvrant l’ensemble du quotidien juif sont en préparation. En découvrant cette richesse artistique, le lecteur ne peut plus nier qu’il y a un art juif. Pour les plus petits, le Voyage de Betsalel a consacré A la recherche de la Menora, un ouvrage ludo-pédagogique pour les 7 à 9 ans, qui initie les plus jeunes à l’art juif. Rédigé selon le programme de l’histoire de l’art de l’éducation nationale.

C’est la première fois que l’art juif est raconté de cette manière.

Cherchez bien dans les librairies juives des ouvrages qui reviennent à la source des oeuvres d’art en mettant en lumière la tradition, vous n’en trouverez pas. « On espère trouver des fonds pour traduire l’ouvrage en anglais, en hébreu, et pourquoi pas en coréen », nous confie Michèle Fingher. L’art juif comprend deux facettes : l’art cultuel et l’art profane, qui s’est développé à partir du XVIIIe siècle. Le Voyage voit dans l’art profane juif les manifestations de la judaïté. Chagall est un peintre juif parce qu’on cerne, ici et là, la manifestation de son âme juive. Tout nous raconte la pérennité des communautés qui, depuis 2 000 ans, de générations en générations, font l’effort de perpétuer les traditions. Le seul support pour le constater : l’art, témoin de la tradition.

Deux histoires, un projet 

« Florence, née au Maroc, avait conscience de sa judaïté, moi, je ne savais pas que j’étais juive, j’étais d’origine polonaise vivant à Paris. Le mot ‘juif’ n’existait pas chez nous.

Il y avait un non-dit sans bornes. Un silence explicite. Un jour, une copine à la récréation m’a traitée de sale juive. Quand j’ai demandé à mes parents, ils m’ont répondu, le visage blême, que j’étais bien juive. Malgré le silence constant sur le sujet, je suis partie en quête de mon identité ‘qu’est-ce que c’est que d’être juif’, je suis tombée sur l’art d’abord, ensuite vers la religion. Remplir ce vide, ça a été pour moi une recherche de la tradition, à travers son esthétique, son art, qui me bluffait. Beaucoup d’Ashkénazes n’ont pas su remplir le judaïsme autrement que par la Shoah. Le judaïsme, ce n’est pas seulement la pauvreté du shtetl, c’est aussi le plat du Seder, les films comiques en yiddish, les hanoukiot, les synagogues. C’est un moyen, en dehors de la tradition, de connaître le judaïsme », nous raconte Michèle.

Sortir de l’histoire larmoyante, par le triomphe de l’art, tel est le credo. Pour Florence, c’est une autre histoire : « Moi ma mère était peintre, j’ai étudié l’histoire de l’art alors que l’art juif n’était enseigné nulle part. Je l’ai découvert en faisant ma première recherche au Louvre. Ma théorie : quand un peuple a un art, c’est qu’il a une terre. Et pourquoi les non-Juifs nous appellent le Peuple du livre ? Ce n’est pas fondamentalement un compliment, ça implique l’absence d’existence matérielle. Nous n’avions pas de terre à nous, mais l’objet a des racines juives. Une Bible en Allemagne est faite par un scribe enlumineur allemand mais ornée de décors juifs : une Menora, une Magen David. Moi j’ai eu tout ça à 30 ans. Un enfant qui va à l’école connaît Michel Ange pour la création du monde. Et ne saura rien sur Doura Europos. Comment illustrer la Bible et les fêtes juives sans l’art ? » Le pari de cette association : raconter toute l’histoire juive au miroir de son art, de l’Antiquité à nos jours, de l’Europe à Israël en passant par le Yémen, l’Inde, l’Afrique, Amsterdam, Venise, Tolède…

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