A la recherche de sa moitié

Si l’amour rime parfois avec toujours, il faut commencer par le trouver pour pouvoir le garder. En Israël, le constat n’est pas rose : le nombre de célibataires ne cesse d’augmenter

By ARIEH O’SULLIVAN /E MEDIA LINE
August 1, 2012 14:43
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Tou Beav, jour de bonheur

Ame soeur. (photo credit: Reuters)

Grégaires. C’est bien souvent ainsi que l’on qualifie les Israéliens qui adorent passer du temps en groupe. Pourtant, de plus en plus d’entre eux tendent à rester célibataires. Et le phénomène menace d’avoir des effets à long terme sur le futur visage de cette société multiple. “L’impact de la ‘révolution de la rupture’ est de longue portée. Il a touché les domaines du logement, de l’économie, de l’éducation et affecte même le niveau de bonheur personnel”, écrit Amit Zahavi-London, auteur d’une nouvelle étude sur le phénomène du célibat en Israël.



Responsable d’un service de rencontres, Zahavi- London maintient que la modernisation, le pluralisme et la hausse des standards de vie ne font en réalité qu’augmenter le désarroi en la matière. Et de nuancer : “Peut-être s’agit-il d’un désarroi temporaire, une étape de transition vers une société avec de nouvelles règles du jeu”. Selon les statistiques, en 1971, une Israélienne de 35 ans sur 40 était célibataire. Un ratio divisé par dix (1 sur 4) aujourd’hui. Idem chez les hommes.

Influencé par l’Occident, Israël voit également son taux de divorces augmenter drastiquement.
“Il y a quelques années être divorcé était honteux, une tare. Les gens n’osaient même pas le dire. Aujourd’hui, aux Etats-Unis, un couple sur deux se sépare. Un phénomène très commun. En Israël, c’est un mariage sur trois”, explique le professeur Oz Almog, sociologue à l’Université de Haïfa. “Un mariage qui dure est devenu une situation anormale. C’est très sérieux : nous devons nous adapter.” Selon les dernières données du Bureau central des statistiques, 35 % des Israéliennes âgées de 35 à 49 ans sont “en recherche”. Pour les hommes, ce sont 42 %. Jusque dans les années 1980, le Bureau ne faisait même pas figurer la mention “divorcé(e)” dans ses catégories familiales. Il recensait les “célibataires” et les “noncélibataires”.

“Les femmes viennent en groupe”

 “Les services de rencontres ont pris la place des entremetteuses à une exception près”, analyse Zahavi-London. “Par le passé, on était gêné d’admettre qu’on avait besoin d’une marieuse et cela se faisait généralement en secret. Aujourd’hui, avoir recours à une agence est tout à fait légitime”. La jeune femme a dirigé un site, “Shakouf B’Tzafon”, dans le nord du pays. Elle en est sûre : Internet offre bien davantage de partenaires potentiels à rencontrer que les voies traditionnelles. Ces dernières vont de la randonnée aux soirées, d’excursions aux thés dansants et même aux parties de bowlings.




Mais dans les faits, seules les femmes se rendent en masse à ces événements, bien plus que les hommes, elles en composent jusqu’à 80 %. Autre particularité : “les femmes viennent en groupe, tandis que les hommes viennent seuls”, explique l’experte. “La gente masculine se sent moins gênée de venir seule. Elle fonctionne de façon pragmatique. Si un homme se rend à un événement et ne trouve personne avec qui rentrer, il ne reviendra pas. Mais les femmes s’amusent. Elles n’ont rencontré personne ? Et alors ? Elles ont passé un bon moment et reviendront dans l’espoir de rencontrer quelqu’un la prochaine fois”.

Eviatar Ronen, un charmant organisateur d’événements, divorcé, 49 ans, pense qu’Internet est la meilleure façon de rencontrer des femmes. Mais, bien qu’il en goûte les joies, il trouve aussi qu’il est facile d’en arriver à éviter la réalité plus exigeante du monde extérieur. Noga Martin, éditrice de la trentaine, vivant à Tel-Aviv, a, au contraire, laissé tomber les rencontres en ligne. “J’ai essayé, je ne compte plus combien de fois. Pendant un moment, je tenais un décompte et j’en étais à plus de 60 hommes. Ma conclusion ? Les rencontres sur le net sont le reflet exact de ce qui se passe en dehors du net. Les gens sociables et ouverts rencontrent des partenaires très facilement, et ceux réservés et timides trouvent cela plus difficile”, explique-t-elle. “Si vous êtes dans un bar, ou toute autre situation sociale similaire, et que quelqu’un vient vous parler, vous pouvez ne pas être intéressé au début, mais cela peut ensuite changer. Tandis que sur Internet, si quelqu’un vous ignore, il n’y a rien à faire”.

Rencontres hors des sentiers battus 


Ronen note une tendance au sein des célibataires, nombreux sont ceux qui se tournent vers des activités plus subtiles pour rencontrer de potentiels partenaires. “Les cours de méditation, de yoga, les études de Kabbale, les stages de tantra : c’est la foire aux rencontres”, explique le connaisseur. “Officiellement, on n’y va pas pour cela, mais en pratique c’est un haut lieu de drague et très ironiquement, c’est parce que ce n’est pas stigmatisé”. En hébreu, c’est le terme panouï (disponible) qui prévaut pour décrire celui qui recherche un partenaire. Tout un secteur professionnel en est né. Selon les experts, un panouï a en moyenne 24 ans, il ou elle est divorcé(e), veuf(ve) ou n’a encore jamais été marié(e) et recherche un conjoint.

Pour Zahava-London, tous les “pnouïm” en recherche de partenaire ne veulent pas nécessairement se marier, mais désirent avant tout avoir un compagnon pour être moins seuls. Et il devient de plus en plus difficile de se rencontrer dans l’Etat hébreu. “Nous avons des problèmes spécifiques ici”, analyse-t-il. “Tout d’abord, de très mauvais transports en commun qui compliquent les rendez-vous. Ensuite, l’absence de lieux de distractions pour les gens d’âge moyen, au-delà de la quarantaine”. 

Le professeur Almog, expert en sociologie et spécialiste de la société israélienne, explique que la société est en pleine mutation et que l’industrie des loisirs nocturnes est assez jeune. “Avant, on se voyait chez les uns et les autres. Aujourd’hui, nombreux sont les célibataires qui n’ont pas les moyens d’habiter dans de beaux appartements et ne veulent pas recevoir chez eux. Il n’y a pas assez d’endroits pour les plus âgés. Il faut que cela se développe. Nous devons aussi penser aux plus de 40 ans”. Pour beaucoup d’experts, le nombre de célibataires ne fera qu’augmenter, en particulier chez les femmes, qui auront tendance à ne pas se marier d’emblée. Certains pensent même qu’à l’avenir les femmes commenceront à vivre en communauté, dans des sortes de kibboutz.


“Sociologiquement, nous sommes à l’orée d’une nouvelle époque”, conclut le professeur. “Etudier ce phénomène de célibat, c’est en réalité étudier la transformation de notre système familial”.



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