Aimer, envers et contre tout

Avec Le Silence de Tamar, Naomi Ragen décortique les réflexions intimes d’une femme orthodoxe aux prises avec un terrible secret.

By AGNÈS LICHTEN
February 26, 2013 14:20
2 minute read.
Naomie Ragen

livre naomie ragen. (photo credit: DR)

 
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Son premier ouvrage traduit en français, Sotah, avait été couronné du prix Wizo 2010. Naomi Ragen entreprenait alors une plongée toute en émotion dans ce monde ultra-orthodoxe de Méa Shéarim, où les femmes se veulent gardiennes d’une tradition héritée de leurs pères et se conforment avec zèle à chacun de ses commandements.

Mais parfois la différence se fait jour et le coeur aspire à un ailleurs… Un thème cher à la romancière qu’elle a ainsi repris dans son second ouvrage traduit en français, Fille de Jephté. Ou comment la femme doit taire son bonheur pour remplir un rôle qui ne lui convient pas. Sa seule échappatoire : une mort simulée pour fuir la réalité et recommencer sa vie, loin d’une communauté dans laquelle elle n’avait pas trouvé sa place.

Pour sa troisième parution en français, Le fantôme de Dona Gracia Mendes, Ragen s’égarait dans une fresque historique d’envergure, sur fond d’Inquisition espagnole et de destins intergénérationnels américains, d’autres décors et d’autres siècles.

Avec Le silence de Tamar, qui vient de paraître en français aux éditions Yodéa, elle renoue avec son genre de prédilection : l’étude de ces femmes en noir, épouses dévouées et mères fertiles, au service d’une foi qui tantôt propulse, tantôt oppresse.

Tamar Gotlieb est une fillette enjouée et espiègle, la bonté en personne, qui fait bonne figure devant les caprices de sa soeur et la nature qui l’a dotée d’un physique qu’elle aurait préféré plus clément. Elle grandit dans les couloirs de l’école religieuse Ohel Sarah et les allées de Brooklyn, entre ses amies Jenny, orpheline de père et dont la mère n’a pas grandchose à voir avec la pratique religieuse, et Hadassah, fille du grand rebbe de Kovnitz, un maître hassidique. Devenues adultes, elles se perdront de vue, chacune d’elles suivant sa voie et sa foi : Hadassah décidera de s’éloigner du joug de la Torah, Jenny tentera de concilier études universitaires et respect de la Halakha et Tamar se mariera avec un érudit, promis à un brillant avenir rabbinique.

Tamar, la douce, épouse, éprise et admirative d’un mari dévoué corps et âme à l’application des préceptes divins. Elle rêve de lui donner un fils, une descendance. Mais le drame survient en la personne de ce violeur noir, qui, en posant les mains sur elle, porte atteinte non seulement à son corps mais à sa vie de femme pieuse. Que dire ? Et à qui ? Sera-telle répudiée ? Illégitime ? Contrainte à divorcer ? Tamar va alors faire le choix de taire cet instant d’agonie, de le rayer de sa vie comme une excroissance indésirable.

Mais la vie qui pousse soudain un elle est-elle synonyme du pire ou du meilleur ? Naomi Ragen dresse ici un portrait tout en finesse de la femme religieuse tiraillée entre le besoin de s’épancher auprès de ceux qu’elle aime et l’impossibilité de confier l’horreur qui l’habite et fait désormais partie d’elle. Pour ne pas bouleverser son quotidien. Par respect des siens. Parce que tout ne se dit pas au sein de cette communauté des convenances et des conventions. Mais un secret peut-il éternellement se garder ? L’auteur réussit le tour de force de modeler une héroïne pétrie d’humanité, d’amour de vivre et de soif de vérité, sans tomber dans les clichés et les émotions faciles. Au contraire.
Elle soulève le débat, celui de l’acceptation et de la tolérance.

Son ouvrage se lit d’un trait, dans un mélange de douceur, de douleur et d’avidité. Un hymne à la différence.

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