Colette, une femme si française

Son roman le plus connu, Chéri, vient de paraître en hébreu. L’auteure, qui y décrit ses propres amours, a vécu une vie hors-normes.

By MYRIAM KALFON
January 29, 2013 15:03
4 minute read.
Colette

3001JFR24 521. (photo credit: DR)

 
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La quintessence française est désormais disponible en hébreu. Colette (1873-1954), écrivaine, auteure de théâtre, actrice et journaliste, est la seule femme pour qui l’on ait déployé le faste d’obsèques nationales dans l’Hexagone. Libérée et féministe avant l’heure, elle demeure dans les mémoires autant pour sa personnalité flamboyante que ses oeuvres, dont la plus connue, Chéri, vient d’être traduite en hébreu.

Née dans un village de Bourgogne, elle conserve toute sa vie un fort accent de province, roulant les r délicieusement.

Mais devient aussi, très vite, une icône parisienne de la Belle Epoque. Mariée à 20 ans à Henri-Gauthier Villars, surnommé « Willy », Colette découvre avec lui la vie dans la capitale et un monde artistique fourmillant. Parce qu’elle a la nostalgie de son pays natal, l’homme, critique musical et écrivain, l’encourage à coucher ses souvenirs d’enfance sur le papier.

Découvrant le talent littéraire de sa femme, il lance la série littéraire des Claudine (Claudine à l’école, la Maison de Claudine, Claudine à Paris, Claudine en ménage…) qu’il signe sans vergogne de son propre nom. Ce sera un succès. Mais, trompée et bafouée par son mari, Colette se libère peu à peu de son joug.

En 1905, elle signe pour la première fois son nouveau roman, Dialogue de bêtes. Puis se lance dans une carrière au musichall, où elle fait sensation dans de très légères tenues. Ce seront ses années de scandale. Après avoir divorcé de Willy (avec qui elle règle ses comptes dans Mes apprentissages), elle enchaîne plusieurs aventures homosexuelles, et s’affiche avec ses partenaires dans le Tout-Paris.

La célèbre Missy, descendante de Napoléon, qui affole ses contemporains en se conduisant comme un homme, monte sur scène avec elle et partage sa vie quelques années. Colette lui offrira le manoir de Rozven, en Bretagne, où l’auteure aime à écrire.

L’histoire, réelle ou imaginaire, de Chéri 

Pour gagner sa vie, l’écrivaine se lance dans le journalisme. Elle écrit pour Le Matin et finit par épouser son rédacteur en chef, Henry de Jouvenel, avec qui elle aura sa fille Collette-Renée, dite « Bel-Gazou » (beau gazouillis en provençal). Ce second mariage ne sera pas plus heureux que le premier, de Jouvenel étant aussi épris d’adultère que Willy. Une conduite courante pour l’époque, mais à laquelle Colette ne se résigne pas.

C’est alors qu’elle va connaître l’épisode amoureux qui sert de matériel à Chéri. Alors qu’il a 17 ans, et elle plus de 40, elle joue les initiatrices sexuelles pour le fils de son époux, Bertrand de Jouvenel, qui deviendra également un auteur et penseur reconnu. Leur relation va durer 5 ans. A noter que Colette avait déjà imaginé la trame de Chéri avant de vivre avec Bertrand. Le livre sort en 1920 et son divorce d’avec Henry est prononcé en 1923.

Dans le roman, son personnage est celui de Léa, une courtisane vieillissante qui s’apprête à prendre sa retraite après avoir confortablement gagné sa vie. Mais une de ses amies, enrichie par les mêmes moyens qu’elle, lui demande de prendre soin de son fils Fred Peloux, dit Chéri, qui déprime à force de débauche. Ils deviennent amants, d’abord dans l’indifférence et comme pour tromper l’ennui qui les ronge.

Mais cinq ans plus tard, lorsque Fred doit prendre femme, ils découvrent soudain la force qui les lie.

Le livre est adapté au théâtre par Colette, puis au cinéma en 1950 par Pierre Bouillon. En 2009, Stephen Frears signe également une très belle adaptation en anglais, qui réunit Michelle Pfeiffer, Rupert Friend et Kathy Bates dans les rôles titres. Celui qui a porté à l’écran les Liaisons Dangereuses en 1989, retrouve Pfeiffer 20 ans plus tard pour une fresque délicate et ouvragée sur la douleur du temps qui passe.

Colette, elle, fera mourir son héros d’une balle dans la tête, dans La fin de Chéri, incapable sans doute de voir son ancien amant heureux en ménage. Sa façon d’entremêler sa vie à ses romans fera dire plus tard à Serge Doubrovsky, fondateur de l’autofiction, qu’elle a été l’une des initiatrices du genre.

L’écrivaine rencontre son dernier mari, Maurice Goudeket, début 1925. A 36 ans (alors que Colette en a 52), cet homme d’affaires et journaliste, d’origine juive, mène grand train. Ils se marieront 10 ans plus tard, partageant leur temps entre Paris et Saint-Tropez, où Colette acquiert une demeure. Maurice va lui aussi la tromper, mais, cette foisci, leur relation résiste. Colette ne l’appelle pas autrement que « mon meilleur ami », lui se fait éditeur et publie ses oeuvres. Le 12 décembre 1941, Goudeket est arrêté par la Gestapo, puis transféré au camp de Compiègne. Sa femme parvient à le faire libérer, grâce à ses contacts avec l’épouse de l’ambassadeur d’Allemagne à Paris, qui admire son travail. Maurice rentre en février 1942, se cache un temps à Saint-Tropez, puis retourne vivre avec Colette dans leur appartement du quartier du Palais-Royal. Ils y demeurent terrés jusqu’à la fin de la guerre.

Sur la fin de sa vie, l’écrivain récolte les fruits de son travail.

Elle est élue à l’unanimité à l’académie Goncourt en 1945, avant d’en devenir la présidente 4 ans plus tard et de recevoir la Légion d’honneur en 1953. Photographiée, célébrée, c’est une figure intellectuelle consultée régulièrement par les médias. Malgré une arthrite à la hanche qui la cloue au lit, elle continue d’écrire.

Ses OEuvres complètes sont publiées aux éditions Fleuron, dirigées par Maurice. Elle meurt en août 1954, à l’âge de 81 ans, et repose au cimetière du Père-Lachaise. Réputation sulfureuse oblige, l’Eglise catholique refuse de l’enterrer religieusement. C’est l’Etat qui s’en chargera avec des obsèques nationales.

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