Culture Danser contre l’oubli

Fondée sur les idéaux du kibboutz, une compagnie de danse porte en elle l’histoire de l’Holocauste. Voyage aux origines

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February 18, 2014 17:18
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Lors d'une représentation à Budapest. (photo credit: YONI AVITAL)

 
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Le récent voyage à Budapest de la Compagnie de danse contemporaine du Kibboutz (Kibbutz Contemporary Dance Company – KCDC) a soulevé beaucoup d’émotion. Les 16 danseurs se sont rendus dans la capitale hongroise pour y donner deux représentations d’Aide-mémoire, une création de Rami Beer, le directeur artistique de la compagnie âgé de 56 ans.
Le chapitre hongrois de la Shoah a eu lieu en 1944. Cette année, diverses manifestations vont marquer le 70e anniversaire des événements cataclysmiques qui se sont abattus sur la communauté juive de l’époque. Les deux spectacles de la KCDC, donnés au somptueux Palais des Arts (MUPA) les 5 janvier et 6 janvier derniers, ont ouvert le programme 2014 de la commémoration de l’Holocauste hongrois.
Pour Beer et ses danseurs, la visite de travail de la troupe à Budapest était beaucoup plus qu’une simple date dans le calendrier déjà bien chargé des représentations internationales de la compagnie. Cette dernière a été fondée par Yéhoudit Arnon en 1973 au kibboutz Gaaton, près de Nahariya.

Arnon, décédée en août dernier à l’âge de 87 ans, est née à Komarno, en Tchécoslovaquie, dans une famille juive orthodoxe. Dès sa plus tendre enfance, elle fait preuve d’un talent inné pour la danse et le mouvement. En juin 1944, elle est déportée à Auschwitz avec sa mère, qui est immédiatement envoyée dans les chambres à gaz. Arnon est transférée au camp de concentration de Birkenau, où elle met bientôt à profit son amour du mouvement pour distraire les détenues de son baraquement, en dansant pour elles entre les couchettes spartiates.

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Malheureusement, les Allemands ont bientôt vent de son talent et lui ordonnent de danser pour eux à leur fête de Noël. Mais Arnon est d’une autre trempe et refuse de se plier aux ordres. Les Allemands la punissent et la laissent debout les pieds nus dans la neige toute la nuit, certains qu’elle ne survivra pas à cette épreuve. Alors qu’elle grelotte dans le froid glacial, elle se jure que, si elle s’en sort, elle consacrera sa vie à la danse. Elle faillit bien ne pas avoir la chance de tenir sa promesse quand, en mai 1945, elle se retrouve avec un groupe d’autres Juifs, alignée devant un peloton d’exécution dans un camp de Moravie. Mais ils sont sauvés in extremis d’une mort certaine lorsque l’armée soviétique débarque dans le camp : les Allemands prennent la fuite.

Pas de deux au kibboutz

C’est après la guerre qu’intervient l’épisode hongrois de la vie de Yéhoudit Arnon, quand elle gravite autour de Budapest. Sans diplôme officiel, elle enseigne la danse aux jeunes de la branche locale de l’Hashomer Hatzaïr. En dépit de ses racines familiales orthodoxes, elle participe au mouvement de jeunesse définitivement laïque bien avant l’Holocauste, et va jusqu’à chorégraphier des événements pour eux.

Arnon fait la connaissance d’autres artistes actifs à cette époque au sein de l’Hashomer Hatzaïr, comme Irena Dückstein, une danseuse hongroise, doyenne de la Faculté des arts du mouvement de Budapest et enseignante à l’Académie d’éducation physique de la capitale. Dückstein est très impressionnée par le talent inné d’Arnon et veut la prendre comme assistante. Cela aurait pu être une plume exceptionnelle au chapeau d’Arnon, mais l’amour s’en mêle. Elle rencontre bientôt Yedidya Ahronfeld qu’elle va épouser. Plus tard, celui-ci hébraïsera son nom de famille.
Avant que le couple ne se mette en route pour un voyage mouvementé vers la Palestine, Arnon reçoit son premier avant-goût d’éducation formelle, essentiel malgré sa brièveté. Dückstein lui donne un cours intensif de trois jours sur la théorie de la danse et la technique moderne.
Il faudra deux ans au jeune couple pour arriver dans cette région du monde. A peine le pied posé en Palestine, ils rejoignent le reste des membres fondateurs du kibboutz de Galilée, tous originaires de Hongrie.

Quand elle ne travaille pas à la blanchisserie du kibboutz, Arnon consacre autant de temps qu’elle le peut à développer ses talents de danseuse. Elle réussit même à obtenir l’approbation des membres du kibboutz pour pouvoir étudier à Haïfa avec des danseuses chevronnées comme Gertrud Kraus et Yardena Cohen. A l’époque, ce n’était pas une mince affaire : cela soulevait toutes sortes de questions idéologiques autour desquelles il fallait négocier âprement pour faire toute activité non considérée comme productive.
Arnon utilise son expérience et ses compétences pédagogiques à bon escient pour le bien du kibboutz ; elle est plus qu’heureuse d’initier les enfants aux merveilles du mouvement. Beer est l’un des bénéficiaires de la sagesse, du talent et de l’esprit indomptable d’Arnon. « Yéhoudit a été mon premier professeur de danse, quand j’étais à l’école maternelle du kibboutz », se souvient-il. « J’avais trois ans quand j’ai commencé à apprendre la danse avec elle. »




De Budapest à Gaaton, en passant par Auschwitz


Quand Beer s’est rendu à Budapest au début du mois, ses valises personnelles étaient bien chargées. Ses parents, comme Arnon, sont des survivants de la Shoah et Hongrois de naissance. « Ils sont arrivés en Israël en 1948, avec le groupe de l’Hashomer Hatzaïr », se souvient-il. « Une grande partie de ma famille a péri à Auschwitz, et mes parents sont finalement parvenus en Israël en octobre 1948, après avoir été refoulés par les Britanniques et avoir passé quelque temps dans un camp de personnes déplacées à Chypre. »
Dès le départ, tout petit déjà, Beer sait qu’il est en de bonnes mains. « Yéhoudit s’est rendu compte que j’étais doué, elle a su me guider et m’encourager pendant toute mon enfance et adolescence. Elle a toujours organisé des spectacles de danse au kibboutz, y compris pour les enfants, et également partout en Galilée occidentale. »
Beer devient un membre à part entière de la KCDC, qu’il rejoint comme danseur et chorégraphe en 1981. Quand il était petit, cependant, son père rêvait de le voir suivre un parcours artistique différent. « Mon père joue du violon et de l’alto, et j’ai appris le violoncelle », explique le directeur artistique. « Mes trois sœurs jouent toutes des instruments et, jusqu’à aujourd’hui, nous nous réunissons de temps en temps pour jouer de la musique de chambre. J’ai grandi dans une famille très cultivée. »

Il semble que Beer père ait aussi été un genre de précurseur lui-même, à la façon d’Arnon. « Il est le premier des membres du Mouvement du Kibboutz à avoir étudié au Technion, l’institut de technologie d’Israël, et il est devenu architecte », explique fièrement son fils. « C’était dans les années 1950, et tous ceux qui voulaient faire quelque chose en dehors du kibboutz, quelque chose qui n’était pas considéré comme productif ou contribuant au bien-être de la communauté, était très mal vu. Gaaton comptait quelques autres membres doués pour les arts, et, en fin de compte, ils ont tous réussi à travailler dans leur domaine de prédilection. »

Quant à sa mère, sa famille possédait une maison d’édition en Hongrie, du nom de Dante. Il y avait donc aussi beaucoup de livres chez eux. « Tout ce que nous possédions à la maison – la musique, la littérature et l’art – a, un jour ou l’autre, influencé mon travail. »
Au moment où Beer rejoint KCDC, la compagnie est en plein essor, et il va rapidement imprégner les créations de son style. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir à affronter une opposition idéologique dans la communauté. « En ce temps-là, toutes les décisions importantes étaient votées par tous les membres du kibboutz. Quand j’ai dit que je voulais consacrer ma vie à la danse, après avoir travaillé dans les plantations d’avocat et fait d’autres travaux réguliers au kibboutz pendant un an après avoir fini l’armée, un vote a eu lieu. En fin de compte, ma demande a été approuvée par une seule voix. Je leur ai dit que s’ils ne me permettaient pas de danser avec Yéhoudit, je chercherais une autre compagnie de danse. Heureusement, ça a marché à Gaaton. »
Beer danse et chorégraphie au sein de la compagnie pendant près de 14 ans. Quand Arnon part à la retraite en 1996, il reprend les rênes.

Une troupe, une famille et un village

Lorsqu’Arnon fonde KCDC, il est clair dans son esprit que ce sera plus qu’une troupe classique. Encore aujourd’hui, tous les artistes vivent et travaillent au Village de la danse du kibboutz, et le sens de la famille et de l’intimité entre les danseurs est palpable à chaque instant, comme au cours du voyage hongrois. Tous les membres du groupe font preuve d’une dévotion totale envers leur métier, en tout temps et partout. Les classes d’échauffement avant le spectacle sont très sérieuses, mais amusantes à la fois, avec un sentiment prédominant qu’ils sont tous là l’un pour l’autre.

David Ben-Shimon est originaire de Virginia Beach, aux Etats-Unis. Au sein de la compagnie depuis plus de trois ans, il est ravi de faire partie de la troupe. « C’est un sentiment formidable d’être avec ces gens, et le niveau est excellent », explique-t-il, ajoutant toutefois que sa décision de venir s’installer dans cette partie du monde a presque été la cause d’un conflit familial.
« Quand j’ai dit à ma mère que je partais pour Israël, elle a été bouleversée que j’ose le faire avant elle », raconte-t-il en riant.

Ben-Shimon, âgé de 30 ans, rejoint la deuxième compagnie de KCDC en août 2010, dans le cadre du programme Massa Israel Journey de l’Agence juive, et passe à la troupe principale deux ans plus tard. L’intégration de l’Américain au Village international de la danse s’est faite via le stage d’étude international de cinq mois, qui fonctionne deux fois par an, de février à septembre, et offre un voyage au cœur de la danse au sein même de KCDC. Le programme est ouvert aux danseurs du monde entier, de 18 à 35 ans. Le voyage à Budapest a d’ailleurs permis à Beer et sa compagnie de mettre 33 jeunes danseurs de toute l’Europe à l’épreuve, au cours d’une audition pour les deux programmes de cette année. Le groupe impressionnant de jeunes talents venait de Suède, de Bulgarie, d’Italie, de France et de partout en Europe. Ils étaient tous très enthousiastes à l’idée de passer cinq mois au kibboutz Gaaton.

Après l’audition, les candidats ont eu un aperçu de la compagnie et d’Israël par le directeur international de la KCDC, Yoni Avital. La présentation professionnelle et agréable d’Avital a été renforcée par l’intervention d’Adrienn Acs, une danseuse hongroise qui a suivi le stage de Dance Journey en 2010 et a répondu aux questions des candidats sur la façon dont les choses se déroulent au Village.

Le langage du mouvement

KCDC représente une structure à plusieurs niveaux. « C’est ce que j’appelle une pyramide », explique Beer. « Il y a la troupe au sommet, et puis il y a le deuxième groupe, qui constitue la réserve du groupe principal. Un grand nombre de danseurs qui se sont produits ici, à Budapest, dans Aide-mémoire, vient du deuxième groupe. Je prends les danseurs appropriés du deuxième groupe dans le groupe principal, et les autres partent danser avec d’autres compagnies de par le monde, et enseigner. »
« Approprié » est le mot-clé ici, et recouvre une multitude d’attributs. « Cela a trait à la personnalité des danseurs, leur capacité artistique et leur physique : c’est ce que j’appelle le talent, leur aptitude physique, leur expression, leur charisme et leur présence scénique, l’image d’eux-mêmes qu’ils projettent. C’est un ensemble de paramètres. »
Beer insiste également sur l’aspect particulier du spectacle, visuellement parlant « Vous remarquerez que les danseurs sont grands, petits, foncés et clairs de peau », poursuit-il. « Je ne cherche pas les stéréotypes. Je recherche des personnes fortes qui projettent leur personnalité de manière authentique. Je cherche une sorte de connexion avec eux – ce qu’ils projettent vers moi. Il est également important pour les individus de fusionner, d’être en mesure de se compléter mutuellement, et de travailler ensemble de façon transparente. »

KCDC vise à diffuser le monde de la danse aussi largement que possible, et à tous les âges. « Nous avons une troupe qui joue pour les enfants, y compris pour les jardins d’enfants, partout dans le pays », note Beer. « J’ai créé un spectacle basé sur Pierre et le loup, et un autre basé sur Le Carnaval des animaux, sur la musique du [compositeur français Charles-Camille] Saint-Saëns. »

C’est un bon moyen d’initier les enfants aux joies et à la magie de la danse, souligne Beer. « L’éducation à la danse commence au plus jeune âge, comme cela a été le cas pour moi. L’exposition à la danse et au mouvement est importante, dès l’âge de la maternelle. Il faut fournir aux enfants les outils dont ils ont besoin pour être en mesure d’apprécier un spectacle de danse, qui se situe au niveau de la communication non verbale. Il existe toutes sortes de personnages et d’images, connectés au monde intérieur de chacun, en fonction de leur imagination et de leur capacité d’appréciation. »

Bien que KCDC soit une compagnie de danse contemporaine tournée vers l’avenir, toujours à la recherche d’innovation et de création audacieuse, Beer souligne que les rouages du métier sont une part indispensable de la façon dont lui et les danseurs conçoivent leur art. « Tous les danseurs doivent posséder la technique de la danse classique. Cela leur fournit les outils indispensables, et développe leur capacité de prise de conscience et de maîtrise de soi. Le langage intègre toutes les capacités humaines en relation avec la gestuelle du corps. Cela peut être un mouvement banal que nous faisons tous chaque jour – comme marcher, courir ou s’asseoir. Il existe des mouvements plus complexes qui utilisent la gravité, et d’autres éléments. »

Tout cela est conçu pour produire une trame esthétique captivante. « Chaque mouvement doit couler », explique Beer, « et doit aussi impliquer l’utilisation correcte de la gravité et du corps.
Mon travail utilise le mouvement et le corps, avec la musique et l’éclairage, et la façon dont la scène est conçue, les costumes et le texte. Tout cela constitue un produit final qui transmet un message, sur notre existence, sur nous en tant qu’êtres humains, et sur nos convictions. On peut communiquer un message important à travers la danse. Il ne s’agit pas seulement d’art ou d’esthétique en soi. »


Un message universel


C’était très clair au MUPA. Aide-mémoire est une œuvre puissante qui se nourrit de l’héritage de la Shoah, à la fois par la liaison de Beer avec Arnon, et par ses propres antécédents familiaux.
La pièce a été jouée à guichets fermés au Palais des Arts et le public a été emballé par le spectacle. Beer et sa troupe ont eu droit à plusieurs rappels.
Aide-mémoire était un choix judicieux pour le passage à Budapest de la compagnie. « Il s’agit d’une œuvre universelle qui, bien sûr, découle d’éléments liés à mon histoire », note Beer. « Ici, à Budapest, vient s’ajouter le lourd fardeau de toutes les histoires que j’ai entendues de ma grand-mère et de mes parents qui ont vécu dans ce pays ».

Le directeur artistique ajoute, cependant, qu’il redoutait de trop s’ancrer dans le récit familial. « Je voulais que cette œuvre ait un noyau universel. J’utilise un texte du livre de l’Ecclésiaste au début et à la fin d’Aide-mémoire, qui dit quelque chose sur ici et maintenant, sur le monde dans lequel nous vivons – contre la violence et le racisme, et sur la croyance en l’humanité et en la paix. Je transmets également une forte impression visuelle de camp de concentration sur la scène et à travers les costumes. Je pense que c’est un message humain que chacun peut apprécier. »
Impossible en effet d’échapper au bagage émotionnel du sujet, énoncé on ne peut plus clairement. A un moment donné du spectacle, on entend les cris de « Raus ! » (« Dehors » en allemand) : évocation immédiate des images de soldats nazis qui font sortir les Juifs de chez eux ou leur ordonnent de descendre d’un train. La représentation oscille entre des moments de frénésie, presque sauvage, entrecoupés de scènes romantiques et tendres aux évocations érotiques intenses. Aide-mémoire est un spectacle de danse théâtral à souhait.
Le fond de la scène est occupé par une rangée de dalles métalliques élevées de couleur rouille, utilisées sciemment par les danseurs qui grimpent dessus et tout autour, ondulent entre elles, et parfois courent vers elles et tambourinent violemment sur leurs parois. « Cela fait penser à une espèce de mur de la mort. Avec cette danse, j’ai choisi de rompre la convention d’une scène en deux dimensions, avec le mur à l’arrière, et d’imprégner l’action d’un élément plus spirituel. »

Un travail issu du cœur et des tripes

Korina Fraiman, membre de la troupe principale depuis 2009, qui a joué dans Aide-mémoire à plusieurs reprises depuis lors, affirme qu’elle ne s’ennuie jamais avec ce travail. « J’ai participé à cette œuvre pour la première fois il y a quatre ans, dans un rôle différent », explique la jeune danseuse de 24 ans. « Pour moi, c’est une nouvelle expérience à chaque fois. C’est un travail qui vient du cœur et des tripes. »
Renana Randy, 40 ans, est la danseuse la plus ancienne de la KCDC. Elle a goûté encore enfant au savoir-faire créatif de Beer, quand elle vivait au kibboutz Ein Gedi. « Ils sont venus jouer les œuvres de Rami Pierre et le Loup et le Carnaval des Animaux, et j’ai été subjuguée », se souvient Randy. « Il y avait une jeune fille au kibboutz qui avait participé au stage de Gaaton, et elle m’a conseillé de le tenter à mon tour. »

Bien qu’enthousiasmée par son passage à Gaaton, il faudra un certain temps à Randy pour s’adonner complètement à la danse jusqu’à en faire le thème central de sa vie. Après avoir servi dans une unité de combat de Tsahal, Randy prend contact avec Arnon qui l’invite à monter vers le nord pour participer à l’atelier. « Mais je ne pensais toujours pas sérieusement à la danse à l’époque », admet-elle.
« Un jour, Rami nous a donné un cours et a remarqué que j’avais du talent. J’ai été surprise, je ne me sentais pas particulièrement douée. Rami et Yéhoudit m’ont arrangé une bourse d’études, ceci m’a fait prendre conscience que j’avais peut-être une certaine aptitude, après tout. Après deux ans de stage, j’ai rejoint la troupe. »

Dix-huit ans plus tard, la virtuosité innée et les longues années de formation de Randy éclatent haut et fort dans Aide-mémoire : elle réalise une performance envoûtante et affiche, avec les cohortes de KCDC, une intensité implacable et un soin du détail, alliés à une émotion féroce. « Je dois beaucoup à Rami et Yéhoudit », affirme Randy. « J’ai eu la chance d’étudier avec Yéhoudit et d’épouser son amour de la danse et du mouvement, et de danser aussi avec les autres qui ont également appris à sa source. Je suis très liée à Yéhoudit et avec tout le monde dans la compagnie, et avec Gaaton et le Village de la danse. C’est mon chez moi. »
Randy a pris congé de KCDC pendant quelque temps et a passé environ un an avec la Compagnie de danse d’Inbal Pinto et Avshalom Pollak. Mais elle revient à Gaaton, et, en 2002, reçoit un prix d’excellence pour sa performance de la part du ministère de la Culture et des Sports. « J’ai aussi un studio de Pilates à Gaaton, donc je travaille avec tout le monde là-bas », ajoute Randy. « Yéhoudit voulait voir tout le monde danser. Moi je veux que chacun ait une activité physique et pratique le Pilates. »

Un coup d’envoi chargé d’émotions

Martin Harriague est venu de beaucoup plus loin qu’Ein Gedi pour se joindre au programme de danse de Gaaton. L’an dernier, ce Français de 27 ans travaillait avec la troupe Noord Nederlandse Dans en Hollande quand un collègue est rentré d’un stage au Village de la danse. Intrigué, Harriague a rejoint la compagnie en septembre. « Il y a quelque chose de spécial dans la danse israélienne », se réjouit-il. « Je crois qu’il existe un genre particulier de danse en Israël, et également un sentiment typiquement israélien dans la danse. Les Israéliens ont une façon de s’exprimer sur scène que nous ne connaissons pas en Europe. » Cela tient en partie à l’histoire de cette partie du monde, suggère Harriague. Le Français ajoute que KCDC apporte sa propre valeur ajoutée à la danse israélienne. « En Hollande, j’ai travaillé avec le chorégraphe israélien Itzik Galili, mais il a une approche complètement différente de la danse.

Les éléments physiques ne sont pas les mêmes, c’est immense, et ça traverse complètement l’espace. Avec [la] Batsheva [Dance Company] par exemple, il y a beaucoup plus de détails, et cela crée une unité entre la troupe et le langage du [mouvement] Gaga d’Ohad Naharin, le fondateur de Batsheva. Rami s’intéresse plus aux différentes personnalités. Cela peut paraître perturbant pour le spectateur, car il y a beaucoup à choses à absorber du regard, mais c’est aussi très intéressant d’avoir différentes façons d’exprimer un même mouvement. Et, bien sûr, comme danseur, cela me donne plus de liberté pour m’exprimer. »

L’escapade à Budapest offrait également de nombreuses activités passionnantes en dehors de la scène, comme une promenade autour du quartier juif et la visite de la synagogue de la rue Neolog Dohány, la deuxième plus grande synagogue au monde. Au programme également, une visite émouvante du musée juif derrière la synagogue et du monument de l’Holocauste dans la cour intérieure. Suivie par une rencontre, au Centre culturel israélien à proximité, avec un groupe de jeunes danseurs de l’Académie de danse contemporaine de Budapest. Avital et Beer ont parlé aux jeunes du Village de la danse et de KCDC, tandis que Natan Golan, le conseiller stratégique de la compagnie, d’origine britannique mais dont la famille est originaire de Hongrie, s’est adressé aux personnes présentes en hongrois.

Dans l’ensemble, c’était un coup d’envoi impressionnant et plein d’émotion aux événements hongrois commémoratifs du 70e anniversaire de l’Holocauste.
Une représentation d’Aide-mémoire aura lieu à Jérusalem fin avril, suivie de deux représentations au centre Suzanne Dellal à Tel-Aviv en mai. 

Pour plus de détails et d’informations sur la Kibbutz Contemporary Dance Company, consultez directement le site : www.kcdc.co.il/en.html

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