De la légitimité d’être juif

Trois amis, des femmes, un peuple, de l’amour et des heurts… Et autant de façons d’appréhender le judaïsme.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
January 9, 2013 12:49
3 minute read.
Howard Jacobson

Howard Jacobson Booker Prize 311 AP. (photo credit: Associated Press)

 
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Peut-on se sentir intimement juif sans l’être officiellement ? Telle serait la question Finkler. Quand Treslove, cinquantenaire londonien, se fait agresser dans une ruelle et traiter de « youpin », il en est convaincu, il est juif. Sinon, pourquoi l’aurait-on insulté de la sorte ? Il n’est pas sûr d’avoir bien entendu, il n’est pas sûr qu’on l’ait traité de Juif. Mais il le désire tellement qu’il s’en convainc. Il est heureux d’être pris pour un Juif, il est heureux d’être agressé parce qu’on l’a pris pour un Juif. Il porte en lui toute la culpabilité du judaïsme, et cela lui plaît. Treslove a deux vrais amis : Libor, un veuf de 90 ans, et Finkler, un ami de fac, veuf également. Tout deux sont juifs, le premier n’y prête pas tellement attention, le second en a honte. Et Treslove ne peut s’empêcher de se demander pourquoi avoir honte d’être juif. Lui qui a couru toute sa vie après une quelconque forme de judaïté, après des femmes juives, après des mots yiddish qu’il ne comprenait pas. Il y a une certaine légitimité à prouver quand on se dit juif. Treslove n’en a aucune et c’est là tout le problème. Finkler, son ami de l’université, un pseudo-philosophe prétentieux, est profondément antisioniste. Par culpabilité ? Par contradiction ? Pour prouver encore davantage qu’il est juif et peut donc, légitimement, prendre parti dans le débat du sionisme ? Pour Treslove, Finkler est l’archétype du Juif. Et, tout en le maudissant, il l’admire et fait de son nom un nom commun : finkler, juif donc. « Levez la main, ceux qui pensent que cet homme est Juif ou ressemble à un Juif ! ». Cette phrase, c’est Finkler qui la déclame ironiquement à Treslove, lorsque celui-ci lui parle de son agression. Tu n’es pas juif, tu ne ressembles pas à un Juif, tu n’as aucune raison de le penser. Touché, en plein coeur. Puis, il y a Hephzibah, cette plantureuse Juive que Treslove va rencontrer et va aimer comme jamais. C’est juste après un repas de Pessah pris chez son ami Libor qu’il va la connaître. Cette fête ne pouvait mieux tomber : « Pourquoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? ». Après beaucoup de tentatives ratées, Treslove se méfie des femmes, il les maîtrise, se joue d’elles, se fait volage. Mais Hephzibah agit en mère et c’est précisément ce dont Treslove a besoin. 


Amour toujours


Ce livre parle beaucoup d’amour. Entre les hommes et les femmes, mais aussi entre les hommes. Les trois amis s’aiment d’une belle amitié. Libor fait bien souvent le lien entre les deux plus jeunes qui se haïssent et s’adorent, l’un étant passablement jaloux de l’autre, et réciproquement. L’auteur parle aussi de l’amour d’un peuple. Du peuple juif en l’occurrence. Treslove veut en être, Finkler donnerait tout pour y échapper et Libor fait celui qui s’en moque. La judaïté, la Shoah, la Terre, Israël, les sionistes, Gaza, tout cela dégoûte Finkler. Il rejoint un petit groupe d’intellectuels londoniens, la Société des Juifs honteux, aussi appelé SHOAH. Subtil ce Finkler. Son épouse, Tyler, ne comprendra jamais cette attitude. Elle, la belle Juive que Treslove a toujours aimée secrètement... Et pourtant, Tyler s’est convertie ! Ce n’est pas une « vraie ». Pour tous, cela ne compte pas, mais pour Treslove, qui sera toujours un « faux », cela compte beaucoup trop. Howard Jacobson aborde des thèmes peu exploités sous cet angle : avoir le droit d’être juif sans être circoncis, prétendre travailler dans une bibliothèque hébraïque sans connaître l’hébreu, et la fameuse culpabilité juive dont on parle souvent sans trop savoir ce que c’est. Avec une plume libre, drôle et émouvante, il nous livre les sentiments de trois hommes abîmés et fragiles, chacun à la recherche de quelque chose. Libor ne vit que dans le souvenir et les odeurs des vêtements de son épouse Malkie. Finkler se cache sous des idéaux auxquels il n’est même pas sûr de croire et attend qu’on le rassure sur son droit à être juif sans se détester. Enfin, Treslove a trouvé sa Junon, comme le lui avait prédit une voyante des années auparavant, et continue à chercher une certaine forme de bénédiction pour faire partie du peuple élu. Le lecteur s’accroche à ces personnages, à leurs histoires passées, à leurs tourments. Au fil des pages, on découvre un Treslove qui se modifie, qui grandit, un Finkler qui s’adoucit et commence à comprendre le bonheur de la simplicité. Quant à Libor, nous ne dévoilerons pas au lecteur de quoi sera fait son avenir…


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