Divine nature

Ilana Stein, coordinatrice d’un safari cacher, ne voit aucune contradiction entre ses deux passions : sa foi et la sauvegarde de la nature en Afrique.

By ANDREW FRIEDMAN
February 6, 2013 13:57
Nature

0602JFR20 521. (photo credit: Lawrence Margolis)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user uxperience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section and our monthly magazine to learn Hebrew, Ivrit
  • Content from the award-winning Jerusalem Repor
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Assise sur un canapé, Ilana Stein étudie le livre de Josué. Cette orthodoxe a étudié la Torah dans les meilleurs séminaires d’Israël pendant de nombreuses années. Elle s’occupe aujourd’hui du Beit Midrash Emouna de Johannesburg, grand centre d’éducation juive pour femmes. Ilana, 45 ans, a une personnalité passionnante, mais, cette qualité mise à part, il ne devrait rien y avoir d’extraordinaire à s’entretenir avec un professeur en train de préparer un cours de Torah.

Rien qui sorte de l’ordinaire, donc, sinon la veste de safari multipoches qu’elle porte, et le fait qu’elle prépare son cours sur une esplanade de planches qui surplombe le fleuve Luvuvhu, en plein coeur de l’Afrique.

C’est l’heure de la sieste au camp de safari de Pafuri, situé dans le parc national de Kruger, près de la frontière tri-nationale entre l’Afrique du sud, le Zimbabwe et le Mozambique. Stein est chargée de coordonner un safari cacher organisé par Wilderness Safaris, l’une des plus grandes sociétés d’écotourisme du pays.

La scène révèle bien les deux facettes de la personnalité d’Ilana : sioniste et juive orthodoxe convaincue d’un côté, amoureuse de la nature de l’autre. Elle ne voit aucun conflit entre ces deux pôles, mais reconnaît qu’ils l’entraînent dans deux directions extrêmement différentes.

« Au niveau le plus fondamental, il existe une évidence : les Juifs doivent tout faire pour aller vivre en Israël », expliquet- elle. « Moi, je suis sioniste avant tout. Je considère que l’Etat d’Israël est la première étincelle qui précède l’ultime Rédemption et je pense que 100 % des Juifs doivent faire leur aliya, s’ils le peuvent. Dieu nous a donné la terre d’Israël, y vivre est un moyen de se rapprocher de Lui.

« Seulement, ici, dans la savane, je me sens comblée comme nulle part ailleurs. Mon âme est en parfait accord avec la nature, avec les animaux et le bruit des arbres, avec les odeurs et ces images de l’Afrique qui sont les voies par lesquelles je parviens à me relier pleinement à Dieu. C’est ici que je me sens le plus proche de Lui ou d’Elle », ajoute-t-elle.

Une aliya prévisible 

La famille où la petite Ilana a grandi ressemblait à n’importe quelle autre famille de Glenhazel, un quartier juif de Johannesburg : des orthodoxes typiques d’Afrique du Sud, qui soutiennent résolument Israël et ne parlent que de sionisme à la table du dîner. La jeune Ilana fréquente assidûment le Bné Akiva local et étudie de surcroît dans une yeshiva, deux lieux où on lui parle de Theodor Herzl, de David Ben Gourion ou de Menahem Begin, mais aussi des guerres et des réalisations d’Israël.

La conséquence est prévisible : une année en Israël après le lycée, de longues périodes d’étude au séminaire pour femmes Orot d’Elkanah, en Judée-Samarie, et au centre Nishmat de Jérusalem, suivies d’une aliya à l’âge de 25 ans.

Entre 1990 et 1998, Ilana vit à Jérusalem, où elle enseigne la Bible à des adolescents venus d’Afrique du Sud dans le cadre d’un programme post-lycée, puis elle trouve un travail de rédactrice pour une entreprise high-tech.

Un parcours qui pourrait paraître idyllique, et qui l’est sur bien des plans. A Jérusalem, Ilana se sent « inspirée » par la normalité que revêt le rêve sioniste dans la vie quotidienne.

Aujourd’hui, elle se souvient encore de cette émotion qu’elle ressentait en accomplissant les tâches les plus banales, à l’idée qu’elle faisait cela sur la terre que Dieu avait promise à Abraham, à Isaac et à Jacob. « C’était la première fois de ma vie que je me sentais totalement en accord avec l’éducation que j’avais reçue et avec les valeurs sionistes dans lesquelles on m’avait élevée », raconte-t-elle.

Et pourtant, il lui manque quelque chose. Certes, Jérusalem se distingue par une orthodoxie plus vibrante qu’ailleurs, la vie qu’y mène le Juif pratiquant est plus riche que dans n’importe quelle autre ville du monde, mais il existe un élément de l’âme d’Ilana qui ne trouve pas satisfaction dans la capitale de l’Etat d’Israël : son côté africain.

L’appel des baobabs

Vu son emploi du temps surchargé, elle part rarement en excursion et ses promenades au Wadi Qelt, à Ein Gedi ou dans le Golan ne suffisent pas à satisfaire sa soif de nature. Un sentiment qu’elle a du mal à décrire, et même à comprendre elle-même.

« En théorie, une promenade dans le Wadi Qelt aurait dû combler mon amour de la nature », dit-elle, non sans frustration. « C’est une association parfaite entre de magnifiques paysages, des plantes et des animaux intéressants et variés, avec une forte dose d’histoire juive pour agrémenter le tout… » En réalité, les baobabs lui manquent, tout comme la faune sauvage et les grands espaces du veld africain. Ilana finit par s’inscrire à un cours d’écologie par correspondance de l’université d’Afrique du Sud. Un diplôme en cinq ans qui comporte trois sessions de travaux pratiques sur le terrain en botanique, science des sols et protection de l’environnement. Elle espère qu’une semaine dans la savane de temps en temps la guérira de son besoin d’Afrique.

Elle finit tout de même par partir pour six mois, au terme desquels elle retarde son retour en Israël d’un an, puis elle accepte un travail de rédactrice sur AfriCam.com, un safari interactif en ligne.

Rien ne semble plus naturel que de discuter judaïsme et écologie avec Ilana Stein alors que passe devant nous une tribu de babouins en liberté. Elle cite la Genèse 2 : 15, le commandement fait par Dieu à l’homme de cultiver et de soigner le monde naissant et attend avec impatience son prochain Shabbat dans la savane. « Le Shabbat là-bas est une expérience incroyable », s’exclame-t-elle. « Le calme du Shabbat couplé au calme de l’écosystème est phénoménal : la sérénité est palpable ! ».

Toutefois, elle déplore aussi les dégâts causés par l’homme sur l’écosystème africain, qui l’empêchent souvent de trouver le sommeil. Elle compte beaucoup sur l’éco-tourisme, qu’elle considère comme l’un des rares moyens qu’il nous reste de sauvegarder la richesse et la diversité du continent.

Israël fait partie de son ADN 

« Les autorités ont un rôle important à jouer pour empêcher le braconnage et encourager les touristes à traiter nos réserves naturelles comme il se doit », affirme-t-elle. « Le problème, c’est qu’elles n’ont guère les moyens d’introduire de réels changements. Les communautés locales, elles, peuvent se montrer bien plus efficaces pour protéger l’environnement, mais il faut d’abord les convaincre qu’il est dans leur intérêt de le faire. » Pour atteindre cet objectif, ajoute Ilana, la société Wilderness Safaris emploie près de 2 000 personnes dans des campements et des gîtes en pleine nature, répartis dans 9 pays d’Afrique. Cette compagnie s’est donné pour mission d’établir des programmes et de conclure des accords de partage de bénéfices avec les communautés locales. C’est ce qu’elle a fait, par exemple, avec la tribu Makuleke, qui est propriétaire du camp de Pafuri.

« Les communautés locales sont les plus à même de protéger les régions naturelles. Lorsqu’on leur explique qu’ils sont propriétaires de leur héritage, les gens sont très vite disposés à protéger leurs terres et la faune qui y vit. Cependant, ils subissent souvent les pressions d’entrepreneurs qui leur proposent des sommes séduisantes en échange de leurs terres, assorties de la promesse de s’enrichir rapidement, par exemple par la chasse ou l’exploitation minière.

Notre but à nous est de travailler auprès de ces villageois qui ont toujours vécu là, afin de leur faire comprendre que protéger la nature n’est pas seulement la bonne chose à faire, mais que cela représente un excellent pari économique, même si les bénéfices financiers de l’éco-tourisme sont peutêtre plus longs à venir.

De retour dans son appartement de Johannesburg, Ilana se dévoue au judaïsme traditionnel, aux 70 000 membres de la communauté juive de la ville et à l’amour d’Israël, pays dont elle affirme qu’il fait partie de son ADN.

Dans sa vie de tous les jours, affirme-t-elle, son très fort attachement à la Halakha ne lui pose pas de problème, du moins, pas avec ses collègues de Wilderness Safaris. Certes, certaines normes imposées par la communauté juive de Johannesburg lui pèsent – elle répugne par exemple à porter des jupes longues tous les jours, mais sait qu’on ne la prendrait pas au sérieux si elle venait enseigner la Torah en pantalon.

Elle trouve dans l’ensemble cette communauté accueillante et chaleureuse, sérieuse dans la transmission de la Torah et respectueuse des mitsvot, ce qui est capital pour elle.

Dilemme cornélien 

Même pendant ses escapades semestrielles dans les camps isolés de Wilderness Safaris, Ilana Stein affirme ne concéder aucun compromis en matière d’orthodoxie. Au contraire, son travail à Pafuri, en Zambie, au Malawi et ailleurs en Afrique lui a offert une occasion exceptionnelle d’expliquer aux gens ce qu’est le judaïsme et de contribuer à une compréhension interculturelle.

« Bien sûr, je dois parfois me battre pour pouvoir respecter ce en quoi je crois. Par exemple, on m’a demandé un jour d’aller rejoindre un groupe dans l’un de nos campements, au coeur de la forêt tropicale du Congo, mais je n’étais pas sûre d’avoir le temps d’y arriver avant Shabbat. J’ai donc refusé.

« Quand vous vous montrez franc et que vous expliquez aux gens vos convictions, ils les respectent. Chaque fois que je sers de guide à un groupe juif, notre personnel est toujours disposé à faire des efforts pour que nous puissions emporter de la nourriture cachère et il veille de surcroît à ce que la qualité et la présentation soient du même niveau que pour les autres repas qu’il prépare. Tout cela est une question d’éducation, rien d’autre. » « Quand vous respectez les gens et que vous leur expliquez de quoi vous avez besoin, vous vous apercevez qu’ils sont toujours désireux de vous retourner ce respect et de se mettre en quatre pour que vos besoins soient satisfaits », affirme-t-elle.

Après 10 ans chez Wilderness Safaris et 15 en Afrique du Sud, Ilana Stein sent qu’elle n’est pas près de revenir vivre en Israël, même si ses sentiments pour ce pays ne font que se renforcer, et même si elle passe 90 % de son temps dans les bureaux de Johannesburg, une jungle urbaine bien éloignée de la savane. Mais elle sait aussi que la lutte acharnée qui se mène dans son coeur ne prendra pas fin de sitôt.

« Mon problème, c’est que mon amour pour l’Afrique n’est pas moins fort que mon amour pour le judaïsme », soupire-telle.

« Je regarde la majesté d’un troupeau d’éléphants ou la silhouette d’un baobab qui se détache sur le ciel africain et je suis incapable de penser à quoi que ce soit d’autre qu’à Dieu.

Mais quand j’approfondis ma réflexion, et surtout quand j’étudie la Bible, je sais que Dieu veut vraiment que je sois en Israël. C’est un vrai dilemme, et je n’ai pas la solution… du moins, pas encore.

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL