Hommage : La disparition d’Arik Einstein laisse les Israéliens orphelins

Le chanteur est brutalement décédé la semaine dernière, provoquant une onde de choc dans tout le pays. Hommage à celui qui a si bien su chanter Israël.

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December 3, 2013 17:51
Enterrement du mythe Arik Einstein

P18 JFR 370. (photo credit: Reuters)

 
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Aimé de tous. Arik Einstein est décédé mardi 26 novembre d’une rupture d’anévrisme, laissant les Israéliens inconsolables. Star depuis plus de 40 ans, il avait conservé la modestie des générations précédentes. Au point de sembler parfois presque gêné par sa renommée. De toute évidence, ce qui lui importait, c’était sa musique. Il a travaillé avec tous les grands compositeurs de l’époque, Shalom Hanoch, Miki Gavrielov, Yoni Rechtern, et bien d’autres. Mais peu importe qui avait écrit les paroles et la musique, quand il chantait, c’était une chanson d’Arik Einstein… Il savait la faire sienne. Des générations d’auditeurs sont tombés amoureux de sa musique, et bon nombre sont tombés amoureux (amoureuses ?) de lui aussi. Le Frank Sinatra israélien, a-t-on écrit partout la semaine dernière. Il était tant de choses encore. Portrait d’une icône, par une ola hadacha.



Je découvre sa musique pour la première fois à la radio dans les années 1980. Mes colocataires israéliens me jouent Toi et moi (Ani ve Ata) et m’expliquent que ce titre est devenu un hymne du mouvement israélien pour la paix. Très vite, la musique d’Arik Einstein devient le prisme au travers duquel je découvre Israël. Je m’étonne de voir que beaucoup d’Israéliens de ma connaissance écoutent la radio tout le temps, mais coupent le son au moment du journal (la période est sombre, la guerre du Liban fait toujours rage et les soldats tombent chaque jour). Ils m’expliquent qu’ils ne veulent tout simplement pas savoir ce qui se passe, que ça les déprime trop. Pour faire valoir leur argument, ils me jouent Temps mort d’Arik Einstein (Pesek Zman), avec les paroles « faire une pause et ne pas penser… Peut-être que c’est juste une petite crise, et ça va passer ».



J’apprends l’hébreu en traduisant les paroles de chansons telles que Qu’est-ce qu’il y a avec moi ? (Mah Iti ?) ; et j’ingurgite un peu d’histoire d’Israël avec Yoel Moshé Salomon (sur l’établissement de Petah Tikva) et Avshalom (sur le héros d’avant la création de l’Etat, Avshalom Feinberg). Mais pourquoi Arik est-il triste dans la chanson Conduis lentement (Sa Le’at) quand l’équipe Hapoel a perdu ? Mes colocataires israéliens m’éclairent sur les affiliations politiques des équipes de football en Israël. Et quid de ces paroles tragiques : « Et je pense que, dans peu de temps, il y a Gaza/Qu’ils ne jettent pas une grenade/Laissons aller, mince alors » ? J’ouvre de grands yeux, une grenade peut vraiment être jetée depuis la bande de Gaza sur l’autoroute ? « On ne sait jamais », me répond-on laconiquement.



Un demi-dieu en jeans



Mais il ne s’agit pas seulement de politique et d’histoire. Je découvre aussi l’humour et la culture israélienne. Difficile de ne pas rire de la parodie de l’idéal maternel à l’israélienne, réalisée avec une vraie tendresse, sur la chanson Ma mère (Ima Sheli). Trois, quatre et au travail (Shalosh, Arba La’avoda) s’amuse de l’ethos du pionnier. Arik Einstein chante : « Trois, quatre, au travail », puis : « Trois, quatre à aimer, tu le dois à toi-même, tu le dois à ta famille ». Les copains, eux, fredonnent les paroles de Quand tu pleures, tu n’es pas jolie (Keshe at Bocha at lo yaffa), et Tout est dans ta tête (Zeh Rak be’Rosh Shelach), la chanson classique d’excuse du type qui trompe sa petite amie.



Je suis sous le charme. Mais c’est en allant voir le film Metzitzim à la Cinémathèque de Jérusalem avec un de mes colocataires que je succombe complètement. Sur l’écran, un demi-dieu grand et anguleux, en jeans. Mes amis soulignent d’un air approbateur qu’il a été champion de saut en hauteur d’Israël. En plus d’être bouleversée par ses regards, je réalise que le duo que lui et son ami Uri Zohar incarnent dans le film – deux amis qui passent la plupart de leur temps sur la plage à courir après les femmes et ne sont pas d’honnêtes citoyens – est à bien des égards beaucoup plus révolutionnaire, voire incendiaire, que ne le sont des personnages similaires en Amérique. Difficile aujourd’hui de dire si Einstein était un bon acteur, tant il jouait essentiellement son propre rôle (beaucoup ne se rendent pas compte qu’il a un rôle clé dans la comédie classique Sallah Shabbati de 1964).



J’apprends aussi que la femme qu’il traite de façon aussi insensible dans Metzitzim est interprétée par Sima Eliyahu, sa partenaire dans la vie, et qu’il a divorcé de sa femme, Alona, devenue ultraorthodoxe. Que Zohar, réalisateur, agitateur et écrivain surdoué, est lui aussi revenu à la religion. Je suis sidérée quand la fille aînée d’Arik et Alona épouse un des fils de Zohar, imitée quelques années plus tard par sa cadette. Une drôle d’histoire, ironique et poétique à la fois, qui symbolise les années où les ultraorthodoxes commencent à prendre leur place en Israël. A bien des égards, le parcours et les nombreuses contradictions de la vie d’Einstein reflètent l’évolution de l’Etat hébreu.



Einstein arrête la scène il y a quelques années, après un grave accident de voiture. S’il n’a plus envie de se produire, il continue d’écrire et d’enregistrer. Sa reprise d’une chanson d’Aviv Geffen, Pleurer pour toi, devient un hymne au milieu des années 1990 pour ceux qui étaient en deuil après l’assassinat du Premier ministre Itzhak Rabin. Sa chanson J’ai l’amour et il triomphera (Yesh Bi Ahava) prouve aussi qu’il n’a rien perdu de sa générosité. C’est si bon que tu sois rentré à la maison (Kama Tov Sheh Ba’ta Habayita) a souvent été utilisée dans la campagne pour la libération du soldat de Tsahal Guilad Shalit et a été jouée durant la cérémonie quand Guilad est effectivement rentré à la maison.



Nous pensions tous vieillir avec lui



Les gens rassemblées sur la place Rabin la semaine dernière pour pleurer Einstein étaient plutôt d’âge mûr. Mais le chanteur a des fans de tous âges, y compris des enfants. Une partie de son sex-appeal provenait d’ailleurs de son côté ludique et enfantin, et il a chanté pour les petits comme personne. Mes fils, ainsi que des générations d’enfants, ont grandi sur ses nombreuses et merveilleuses chansons écrites pour eux, dont les classiques comme Adon Shoko (Monsieur Choco), Shabbat Matin, Que font les font les faons ? (Mah osot haayelot) et bien d’autres. Ils peuvent fredonner et chanter autant de chansons d’Einstein que moi.



De retour du côté des adultes, le chanteur évoque dans la chanson culte Vole, oisillon (Ouf Gozal), le moment où on laisse ses enfants quitter le nid. « C’est sympa de vieillir », y chante-il. Et si quelqu’un pouvait rendre cette phrase convaincante, c’est bien Einstein. Je pense que le sentiment que nous allions tous vieillir ensemble, Einstein et nous, est une des causes du choc que beaucoup ressentent aujourd’hui. « C’est comme s’il était toujours là, difficile de croire qu’il est parti », a dit Ninette Tayeb, une chanteuse beaucoup plus jeune, dans une interview à Aroutz 2 le soir de sa mort. La dernière fois que j’ai écouté Ouf Gozal, c’était lors d’une excursion avec l’école de mon fils, école pour les enfants autistes. Les enfants écoutaient en silence, et certains ont chanté avec le moniteur qui jouait à la guitare. Les voix n’étaient pas celle d’Einstein, mais il les a inspirées, et il continuera d’en inspirer beaucoup d’autres. Il a vraiment changé notre monde.


 


 



Les adieux d’une nation



Des milliers de personnes ont rendu un dernier hommage à Einstein, mercredi 27 novembre à Tel-Aviv. « Nous avons tous grandi sur les chansons d’Arik, chacun d’entre nous », a déclaré Netanyahou.



Ben Hartman



Ils se sont rendus par milliers sur la place Rabin, à Tel-Aviv, mercredi dernier, pour dire adieu à Arik Einstein. Pour beaucoup, l’homme était bien plus qu’un chanteur, il était un symbole dans leur vie, pour leur pays, et représentait tout un passé israélien. « Petits enfants, grands enfants, bons enfants, mauvais enfants, tu sais maman, nous sommes tous les enfants de la vie », a chanté Shalom Hanoch sous un ciel couvert, ce jour-là. C’était un moment émouvant que de voir l’ami légendaire d’Einstein et son ancien complice, debout à côté du cercueil, devant une foule de milliers de personnes qui se sont déplacées dans sa ville natale, lui rendre hommage par une chanson pleine d’amour et de tendresse.



Des enfants de tous âges emplissaient les lieux mercredi, certains déjà dans la soixantaine ou plus, faisant le deuil d’un homme qui a bercé leur enfance, leur adolescence, leurs service militaire et leurs années universitaires avec ces mêmes chansons qu’ils ont ensuite eux-mêmes chantées à leur progéniture.



La foule était silencieuse, portant haut les téléphones portables pour enregistrer les chansons ou photographier la cérémonie. Tous les participants ont décrit leur héros comme un homme qui a transcendé la musique, la gloire et la culture pop. Parlé d’un homme dans lequel ils se reconnaissent. Une vie passée, les beaux jours inscrits dans les souvenirs, un Israël plus doux et plus léger qui n’a, peut-être, jamais vraiment existé.



« Il représente quelque chose qui fait toujours défaut », a déclaré Sharon Hochman, 42 ans, venu depuis Hadera avec sa fille. « Il était le chanteur qui représentait le vieil Israël, le temps où les paroles [des chansons] étaient encore importantes. Il est une icône d’Israël, quelque chose qui n’a pas encore disparu ». Et d’ajouter qu’Einstein est et restera la bande originale qui accompagne tous les voyages familiaux, une tradition qu’elle espère transmettre à sa fille.



Rouge comme Hapoel



De la foule se dégageait une couleur rouge foncé, arborée par les fans de l’équipe de football Hapoel Tel-Aviv, celle qu’Einstein affectionnait et supportait depuis des décennies. Il a même été dit qu’Einstein « portait deux casquettes, celle de l’Hapoel et celle de la Terre d’Israël ».



Un fan de l’équipe de foot de Tel-Aviv Agé, Tsour Sadeh, âgé de 21 ans et venu spécialement de Haïfa, a décrit Einstein comme le « père spirituel de l’Hapoel et de chacun d’entre nous. Nous l’aimions, il représentait un symbole qui nous unissait tous ». Et ses amis de plaisanter qu’Einstein devait se retourner dans sa tombe en recevant les éloges d’un supporter de l’équipe ennemie de l’Hapoel, le Beitar Jerusalem – en l’occurrence le Premier ministre Binyamin Netanyahou – avant d’ajouter que cela prouvait à quel point l’ensemble de la société l’estimait.



Fan de Beitar ou pas, Netanyahou a évoqué la considération profonde qu’il avait pour Einstein. « En venant, j’ai entendu à la radio tes paroles qui montraient à quel point tu aimais la Terre d’Israël », a dit Netanyahou, s’adressant au défunt. « Arik, nous t’avons tous aimé énormément. Nous avons tous grandi sur tes chansons, ri aux larmes à tes sketches, et été émus en regardant tes films. Ton art est ancré dans le peuple d’Israël et le restera à jamais ».



Le contraste entre Einstein, le modeste génie des mots, et les fastueuses pop-stars d’aujourd’hui a souvent été relevé. D’autant plus que sa mort fait suite à l’énorme scandale sexuel qui a fait les couvertures des médias pendant plus d’une semaine, impliquant Eyal Golan, le géant de la musique en Israël.



Changer le monde



Des politiques de tous horizons – gauche, droite, religieux, laïques, Juifs et Arabes – ont également rendu hommage à Einstein, mercredi 27 novembre. En plus de Netanyahou et de sa femme Sara, la vice-ministre des Transports Tzipi Hotovely (Likoud Beiteinou), la députée Stav Shaffir (Avoda), et d’autres députés ont assisté aux funérailles.



A la Knesset, le président de la commission pour l’Education, la Culture et le Sport, Amram Mitzna (Hatnoua), a ouvert une séance en présence de chefs d’établissements scolaires, par le clip de la chanson d’Einstein Toi et moi, allons changer le monde. « La nuit dernière, nous avons été frappés d’une grande tristesse en apprenant la mort de notre chanteur national, Arik Einstein, aimé de tous », a déclaré le président de la Knesset, Youli Edelstein. « Arik a chanté Toi et moi, allons changer le monde. J’espère que ce parlement continuera à changer le monde pour le meilleur, pour les citoyens d’Israël ».



Des membres de la Knesset, du parti HaBayit HaYehoudi à celui de Hadash, ont également entamé leurs interventions par un hommage à Einstein. Le vice-ministre des relations avec le gouvernement, Ophir Akunis (Israël Beiteinu), a déclaré que persuader le reste du monde d’être plus strict avec l’Iran à propos de ses capacités nucléaires pouvait être l’une des formes de ce changement. Le ministre de l’Economie, Naftali Bennett (HaBayit HaYehoudi), a rappelé avoir utilisé les chansons d’Einstein lorsqu’il était conseiller des Bnei Akiva. Il a cité les paroles « Comme je t’aime, Terre d’Israël, pourquoi suis-je si triste, Terre d’Israël ».



Les députés ultraorthodoxes ont souligné que les enfants et les petits-enfants d’Einstein sont religieux. « Il les aimait beaucoup et était fier d’eux », a dit le député Ouri Maklev (Judaïsme unifié de la Torah) à propos de la famille du chanteur. « Il y a deux ans, je l’ai vu au mariage de son petit-fils… J’ai vu la façon dont il l’a enlacé son petit-fils et le grand amour qu’il lui portait. En plus de ses chansons, cet héritage juif est plus important que tout ce qu’il peut laisser derrière lui ».


 





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