Huster dans la peau du père d’Anne Frank

Francis Frank ou Otto Huster ? Ou quand l’acteur et son personnage font corps

By KATHIE KRIEGEL
October 29, 2014 16:02
anne frank

anne frank. (photo credit: DR)

 
X

Dear Reader,
As you can imagine, more people are reading The Jerusalem Post than ever before. Nevertheless, traditional business models are no longer sustainable and high-quality publications, like ours, are being forced to look for new ways to keep going. Unlike many other news organizations, we have not put up a paywall. We want to keep our journalism open and accessible and be able to keep providing you with news and analyses from the frontlines of Israel, the Middle East and the Jewish World.

As one of our loyal readers, we ask you to be our partner.

For $5 a month you will receive access to the following:

  • A user experience almost completely free of ads
  • Access to our Premium Section
  • Content from the award-winning Jerusalem Report and our monthly magazine to learn Hebrew - Ivrit
  • A brand new ePaper featuring the daily newspaper as it appears in print in Israel

Help us grow and continue telling Israel’s story to the world.

Thank you,

Ronit Hasin-Hochman, CEO, Jerusalem Post Group
Yaakov Katz, Editor-in-Chief

UPGRADE YOUR JPOST EXPERIENCE FOR 5$ PER MONTH Show me later Don't show it again

Francis Huster s’est profondément identifié à Otto Frank qui ressemble étrangement à son propre père. Tous deux sont juifs, pères de deux filles, et les nazis ont gazé une partie de leur famille à Auschwitz. « Dès que j’ai lu la pièce, j’ai eu l’impression immédiate d’avoir déjà joué ce rôle. Dans une autre vie. En vrai. J’avais été Otto Frank. Ce papa bouleversé, ce juif traqué, ce rescapé des camps, cet homme brisé », dit-il. Francis Huster en incarnant ce personnage, donne vie à un texte empreint d’humanité et d’universalité et accomplit un travail de mémoire. Une mission sur mesure pour cet acteur et metteur en scène passionné qui sert son métier avec intelligence, sensibilité et générosité. La richesse de son parcours, la diversité de ses talents font de lui un artiste complet et rare. Et si proche.
Pour tous ceux qu’il a émus et fait vibrer avec ses inoubliables interprétations, il a déjà été un frère, un ami, un fils. Il est aujourd’hui un père, dans Le journal d’Anne Frank, un rôle qui lui colle à la peau. Rencontre avec ce qu’on appelle dans le métier « une pointure ».

Le journal d’Anne Frank est-elle une pièce de commande ou a-t-elle été une surprise ?

Oui, une surprise totale. La Fondation Anne Frank a organisé un concours demandant une nouvelle adaptation du Journal. On connaissait celle de John Stevens aux Etats-Unis, mais depuis rien n’avait été écrit. Jusqu’à ce qu’Eric-Emmanuel Schmidt remporte ce concours et me propose de la jouer.

Be the first to know - Join our Facebook page.


 Cette adaptation apporte-t-elle quelque chose de nouveau ?

L’adaptation de Schmidt met en lien Otto Frank et sa fille. C’est une pièce construite sur le parcours du père qui rentre de camp de concentration et qui découvre avec stupeur le journal intime de sa fille et se rend compte qu’il ne la connaissait pas. Cette découverte le replonge dans le passé. La pièce est construite avec des allers-retours entre passé et présent. Et ces flash-back permettent de mettre en perspective les événements et les relations père-fille.

 Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché dans le personnage du père ?

J’ai regardé toute la documentation disponible sur le père, notamment les interviews d’Otto Frank. Ce qui est frappant, c’est qu’il n’a pas voulu se venger. Quand le journal a été publié, on l’a accusé de l’avoir écrit, mais assez rapidement il a pu prouver le contraire. On a retrouvé le nazi qui a arrêté les Frank ainsi que l’identité de celui qui les a trahis. Mais Otto Franck n’a jamais voulu dévoiler ce nom. C’est le coupable lui-même qui l’a révélé à ses deux fils sur son lit de mort et ce sont eux, ensuite, qui en ont fait la révélation publique. Il s’agissait tout simplement d’un commerçant concurrent qui les avait dénoncés pour des raisons bassement mercantiles.

 Qu’est-ce qui vous a attiré dans la pièce ?

La force inouïe de la pièce, c’est qu’elle est gaie. Anne Frank vit un enfermement, certes, mais qui n’est pas censé être tragique. Jusqu’au bout, elle espère un dénouement heureux de la situation. La réussite de Schmidt, c’est aussi d’avoir exprimé la joie de vivre de la famille, leur capacité à garder l’espoir. La pièce ne met pas en scène ce côté cliché larmoyant des juifs qui sont dans le drame tout le temps.

 Quel est le ciment de ce tandem artistique que vous formez avec succès depuis plusieurs années déjà avec Steve Suissa ?

C’est l’alliance entre ce que je suis, c’est-à-dire un acteur classique, d’un ancien temps, avec un metteur en scène qui est la modernité même, qui impose un style de jeu anglo-saxon bien loin du style à la française plus délié, plus large, plus théâtreux. Et le regard de la jeunesse me bouleverse profondément. Il a une profondeur humaine immense. Le lien qu’il tisse entre le cinéma et le théâtre aussi. Cette génération de la quarantaine est celle de la guerre et du terrorisme, alors que celle des années soixante était celle de la culture moralisatrice. Les artistes de la quarantaine atteignent une force morale exceptionnelle. Suissa a le sens de l’immédiateté. Rien n’est masqué par des lourdeurs de décors. Il met les acteurs à nu.

 Eric-Emmanuel Schmidt a dû acheter le théâtre Rive Gauche pour que la pièce se monte. Pourquoi ? Personne n’en voulait ?

Oui, aucun directeur de théâtre ne voulait monter la pièce. Et ce, pour deux raisons. D’une part, par crainte que ce soit trop dramatique ; en période de crise, le goût du public se porte plus volontiers sur des sujets plus légers. Et dans le contexte actuel où l’antisémitisme est en hausse en France, les directeurs de théâtre juifs ne voulaient pas revivre au théâtre les camps, la déportation. Par exemple, Daniel Darrès, directeur du théâtre Antoine, qui a échappé aux camps au contraire de sa famille qui a été déportée, m’a dit : « Je ne veux pas chaque soir revivre ça avec la vie d’Anne Frank ». Mais ce qui est formidable avec Eric, c’est qu’il aurait acheté le théâtre, même si ce n’était pas lui qui avait écrit la pièce, simplement pour qu’elle soit jouée. Il est comme ça. De notre côté absolument. C’est d’ailleurs pour cela que nous sommes fidèles à ce théâtre depuis trois pièces maintenant.

 Vous n’êtes jamais venu en Israël. Pourquoi maintenant ?

Je n’y suis jamais allé, car je n’ai pas arrêté de jouer. Je suis au théâtre tous les soirs. Je voulais y jouer La Peste, mais je n’avais pas le temps. C’est grâce à Steve Suissa que cela a pu se faire, je joue en ce moment Le joueur d’échecs, mais nous avons relâche le dimanche et le lundi. C’est un bonheur pour moi de pouvoir venir. Et si Steve a un jour le projet de faire un film en Israël ou d’y monter une pièce je serai partant bien évidemment.

 Comment voyez-vous votre avenir et celui des juifs de la diaspora dans le contexte actuel ?

La réalité aujourd’hui, c’est qu’Obama a déclenché avec beaucoup de retard, une guerre qui risque d’être sans fin. Et les retombées, personne ne peut encore les mesurer. Je pense que ce que nos anciens ont vécu, nous allons le vivre nous aussi.

 Vous envisagez de faire votre aliya un jour ?

Je n’ai pris encore aucune décision, mais j’y pense. J’ai deux filles. Ce qui est sûr, c’est que je ne partirai pas sans elles.



Francis Huster sera présent lors de la projection de la représentation filmée de la pièce au Théâtre de Natanya le 9 novembre à 19 heures et à la cinémathèque de Tel-Aviv le 10 novembre à 20 heures Cette pièce qui a rencontré un réel succès au théâtre à Paris est finement filmée à trois caméras par Steve Suissa. Le personnage d’Anne Frank est interprété par la magnifique Suzanne Lothar, dont on a pu découvrir le jeu exceptionnel dans Le ruban blanc, le chef-d’œuvre du cinéaste austro-allemand Michael Haneke, Palme d’Or à Cannes en 2009.


© Jerusalem Post Edition Française – Reproduction interdite

Related Content

February 11, 2018
Les nouveaux « judaïsants »

By DAN HUMMEL