Il était une fois Ronit Elkabetz

J’ai connu Ronit par une froide soirée d’hiver. Dans ce café parisien, nous avions lu des poèmes de Baudelaire… elle en hébreu, moi en français. C’était il y bien longtemps… Aujourd’hui elle se voit nommée chevalier de la Légion d’honneur

By HÉLÈNE SCHOUMANN
April 9, 2014 14:11
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Ronith Elkabetz accompagnée de l'ambassadeur de France. (photo credit: Ambassade de France)

 
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J’ai suivi la carrière de cette sirène d’orient éblouissante dont la volonté et la ténacité m’ont toujours émerveillée. Même si nos destins ont été différents, elle sait que je suis là quelque part dans sa galaxie, et qu’elle n’a qu’à tendre la main… Voilà Ronit en quelques signes et pour sa décoration.
La voici décorée et nommée chevalier de la Légion d’honneur par Monsieur l’ambassadeur de France en Israël Patrick Maisonnave. C’était dans sa résidence à Tel-Aviv.
« La France salue vos choix et votre impressionnante carrière d’actrice et de réalisatrice qui représente si bien, incarne même si j’ose dire, la force des liens étroits qu’entretiennent la France et Israël dans le domaine du cinéma ». Et le diplomate ajoute dans son habile et éloquent discours, comme s’il l’avait connu toute une vie : « Femme engagée, vous avez déclaré en 2004 au journal Le Monde : “Je n’ai jamais été attirée par les rôles de belle femme. Je suis attirée par la difficulté, la saleté, ce qui gratte, ce qui saigne”. Vous avez joué plusieurs rôles de femmes, dans Mariage tardif, Mon Trésor ou Prendre femme, en rébellion contre une forme de patriarcat qui opprime. Vous avez dit aussi : “Je suis une femme qui aime avancer et qui est très exigeante avec elle-même. Ce qui compte pour moi, c’est de faire bouger les choses. J’aime travailler sur des thèmes politiques et sociaux, car le cinéma, qui s’adresse à un large public, peut parler au cœur des gens et faire évoluer la société” ».
Cette information m’est arrivée par mail accompagnée de photos, la partie visible de l’iceberg. Je regarde le premier cliché. Elle est là si sage, entre l’ambassadeur et son frère Schlomi qu’elle aime tant, et qui est si talentueux. C’est avec lui qu’elle a écrit la trilogie : Prendre femme, Les sept jours et enfin le dernier volet des aventures de Viviane Amsallem, son procès : c’est son troisième long-métrage Gett, dans laquelle elle incarne Viviane, le personnage principal. Le film coproduit par Elzevir Films sortira à l’automne prochain dans les salles françaises sous la bannière des Films du Losange.



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Une femme orientale qui porte la fierté de ses origines



Les mains de Ronit sont posées à plat le long de son corps et la Légion accrochée à son manteau. On dirait une petite fille sage recevant, pour la distribution des prix, la suprême récompense, et on lit dans ce regard moiré et encore rempli par les rêves de l’enfance toute la fierté de ce jour. On devine aussi qu’il faut bien rattraper le temps et sourire à cette autre adolescente qui devait, on l’imagine, courir les genoux écorchés, et l’on pense à ces vers de Rimbaud qui lui vont si bien : « J’allais sous ton ciel Muse et j’étais ton féal. Oh lala que d’amours splendides j’ai rêvées ». La voilà avec son mari, enfin l’homme de sa vie, en femme accomplie en mère de jumeaux adorables, installée dans cet appartement sublime dans un quartier chic de Tel-Aviv où, comme un bateau ivre qui avance sur la mer, une terrasse noyée dans la verdure offre un panorama étonnant de cette ville électrique. Ronit nous ramène toujours à la poésie et cet homme, architecte bâtisseur des nouvelles métropoles est bien son prince charmant, qui aura réveillé cette diva prisonnière d’un sort maléfique. Finie l’image d’immortelle au teint blafard qui semblait sortie d’une crypte, finie cette Pénélope échouée sur le rivage.
Désormais celle qui incarne le visage du cinéma israélien et qui promène sa farouche beauté entre deux rives, deux pays, est bel et bien ancrée dans la cité. L’ambassadeur rappellera aussi son rôle de femme engagée auprès de sa communauté marocaine : « Enfin, et peut-être même avant tout, vous êtes, si j’ose dire, une femme orientale qui porte la fierté de ses origines avec grâce, détermination et, surtout, une belle personnalité. Belle interprète de Dina, aux côtés d’acteurs palestiniens, dans La Visite de la Fanfare, vous dites : “Ma vie est un film arabe”. Et vous avez expliqué : “Aujourd’hui la société israélienne, occidentalisée, tourne le dos à la tradition du cinéma arabe, mais qu’on le veuille ou non, la culture arabe est dans nos veines : notre cuisine, notre musique, notre langue sont largement nourries par la culture arabe.
Le film arabe n’est plus sur nos écrans, mais il respire encore en nous tous” ». Née à Beersheva, venant d’une famille de Mogador, elle commence sa carrière en tant que mannequin à 16 ans. Ce diktat de la photo, cette passivité du modèle comme objet sur ces belles images figées la glace. Et c’est de là sans doute que naîtra cet engagement pour la liberté de la femme. Elle brise les ponts et se rend incognito en France où elle décide de réussir. Paris à nous deux ? Plus chanceuse que le personnage de Balzac des Illusions Perdues, Ronit fait un stage chez Ariane Mnouchkine, temple du théâtre, et monte seule une pièce – qui sera jouée à guichets fermés au festival d’Avignon – sur la vie de la danseuse Marta Graham. Puis elle rentre au pays, sa carrière sera un aller-retour constant entre la France et Israël. On a pu la voir dans Les Mains libres de Brigitte Sy, La Fille du RER d’André Téchiné ou Tête de Turc de Pascal Elbé. Au théâtre, elle a également été Pénélope dans Ithaque aux Amandiers sous la direction de Jean-Louis Martinelli.
Lors de cet après-midi de printemps telavivien à la résidence de l’ambassadeur où les gens qu’elle aimait étaient à ses côtés pour recevoir cette distinction, nous laisserons le mot de la fin à Ronit : « J’ai l’espoir que la coopération fructueuse entre Israël et la France continuera de s’exprimer dans le cinéma et dans la culture en général, et renforcera les liens entre les deux pays dans d’autres buts nobles. Pour ma part, je tenterai de poursuivre ma participation au resserrement de ces liens et je parlerai de tout ce qui m’importe en tant qu’être humain et femme, en essayant de créer des œuvres porteuses de sens, ayant pour socle des valeurs humanistes, toujours. » 

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