« Jingle bells, jingle bells »

Ambiance de Noël à Bethléem pour des Européennes de passage en Israël.

By MARIE-SARAH SEEBERGER
January 1, 2013 16:40
Christmas in Bethlehem

Christmas in Bethlehem 150. (photo credit: Reuters/Ammar Awad)

 
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21 décembre. Installées depuis peu à Jérusalem et à Tel-Aviv, mes amies européennes et moi décidons d’aller passer le week-end à Bethléem pour retrouver un peu de la magie de Noël. Direction la porte de Damas. Le bus 21 nous y attend, entouré de dizaines d’autres bus bleu et blanc : 7,5 shekels pour vivre Noël deux jours durant, c’est donné. Dans le car, peu de pèlerins, mais plutôt des familles qui rentrent à Bethléem pour le weekend, chargées de sacs de provisions diverses.

En 30 minutes, nous arrivons au centre-ville. Tout est décoré, scintille, brille. Un immense sapin est dressé au milieu de la Place de la Crèche (Manger Square). Tout autour, les boutiques sont emplies de souvenirs, comme ces sujets en bois d’olivier fabriqués dans une toute petite usine locale. Il fait très froid et la nuit commence peu à peu à tomber, on se croirait dans un village montagnard de France, là où l’on célèbrerait Noël à tous les coins de rues en mangeant de la tartiflette.

On se laisse tenter par des petits sujets à accrocher dans le sapin. On achète aussi des cartes postales, pour nos proches en France. Puis là, devant nous, on repère l’Eglise de la Nativité, juste à côté de notre auberge de jeunesse. Après un excellent repas dans le restaurant Afteem – le plus vieux de Bethléem – nous passons devant une boutique de céramique. Le vendeur nous fait signe d’entrer. Un homme d’une cinquantaine d’années, l’air jovial, quelques kilos en trop, quelques dents en moins. Il nous offre un thé à la menthe et nous raconte sa Bethléem, où il est né et a toujours vécu.

Sa croix chrétienne, il la porte surtout parce que « c’est bon pour le business ici ! », confie-t-il. On lui demande s’il connaît un endroit agréable pour boire un verre, il nous conduit dans un café tout près de l’Eglise de la Nativité. Devant un feu de cheminée, sapin et guirlandes, submergées d’odeur qui rappellent l’enfance, nous mangeons des gâteaux et buvons des chocolats chauds.

Un homme est assis à côté de nous. Il nous demande d’où l’on vient et raconte sa jeunesse : la Suède, le stop, le journalisme à Jérusalem, la double nationalité, la vie à Bethléem. Il montre des photos de ses enfants qui vivent en Europe et nous invite à l’appeler quand nous reviendrons dans sa ville pour qu’il nous invite à dîner. Y aurait-il une aura de Noël qui flotterait sur Bethléem ? Nous rentrons à l’auberge, pleines de bons sentiments.

Tout est divisé en trois 

A 7h, réveil en musique. Un moment, je me demande si je n’hallucine pas. Mais non, on entend bien des chants de Noël dans toute l’auberge. Pourtant, nous ne sommes que le 22 décembre… Nous nous dirigeons vers l’Eglise de la Nativité. Plusieurs groupes de pèlerins sont là : d’Afrique du Sud, d’Italie, de France. Nous entrons par la petite porte, dite de l’Humilité, et pénétrons dans l’antre du christianisme.

Dans cette église, tout est divisé en trois, pour honorer les trois cultes : les protestants, les orthodoxes et les chrétiens.

Cela sent fort l’encens. Nous suivons le mouvement et arrivons bientôt à l’entrée de la petite place où Jésus est supposé être né, lieu marqué par une étoile en argent sur le sol. Les pèlerins l’embrassent, la touchent, s’en imprègnent.

On ne peut pas rester longtemps, poussés vers l’extérieur par les nombreux fidèles. Il y a une présence, quelque chose de fort, qui circule dans l’enceinte de l’église.

En sortant, au détour d’une rue, nous rencontrons un groupe de soeurs qui fabriquent des santons. Elles sont françaises et vivent à Bethléem depuis 1943. Tous les jours, elles se rendent dans leur petit atelier et travaillent. Elles ont aussi des Soeurs à Jérusalem et un peu partout en Israël. Selon elles, il n’y a pas beaucoup de monde pour un 22 décembre. Elles espèrent que cela va venir dans les jours prochains, car une grande partie de l’économie de la ville repose sur le tourisme.

En rentrant à Jérusalem, nous accrochons nos guirlandes et mangeons les Pères Noël en chocolat achetés en grande quantité. Ici, c’est autre chose. Mais Noël ou pas, la foi et la présence religieuse trouvent leur place dans la capitale israélienne. Et ce, pour tous les pèlerins du monde et toutes les traditions.



Israël et la fête de la Nativité 

Quelques idées à savoir sur le regard que porte la société israélienne sur une fête pourtant totalement étrangère à son calendrier.

En Israël, 75 % de la population totale est de confession juive et ne célèbre donc pas Noël. Pour autant, depuis quelques années, les symboles colorés de la « fête de la Nativité » (Hag Hamolad) s’invitent dans la société.

Fait, en premier lieu, du ministère du Tourisme qui depuis plusieurs années s’emploie à séduire les pèlerins chrétiens du monde entier. Résultat : 75 000 touristes, dont 25 000 pèlerins chrétiens attendus en Israël pour la période des fêtes de fin d’année. Des chiffres en berne, toutefois, par rapport à l’année précédente. La faute à l’opération Pilier de défense du mois de novembre qui a dissuadé les Chrétiens de l’étranger.

Ce tourisme chrétien est excellent pour l’économie israélienne, a analysé Jacques Bendelac, économiste. D’une part en ce qui concerne le tourisme entrant qui va faire du bien aux secteurs de l’hôtellerie et de la restauration. Mais aussi grâce au tourisme sortant : « Pour les Israéliens qui ne peuvent se passer de l’atmosphère des fêtes de fin d’année et du shopping en Europe ou à New York, les agences de voyages ont concocté des séjours à leur intention, mais qui ne sont pas forcément bon marché. En revanche, certaines compagnies aériennes proposent aux Israéliens des prix alléchants pour éviter que leurs avions, qui vont déverser les touristes étrangers en Israël, ne repartent vides : à certaines dates, il est donc possible de trouver un vol pour Paris à 220 dollars », commente Jacques Bendelac.

Des chiffres toutefois relatifs 

On ne peut pas aller jusqu’à dire que le calendrier israélien se trouve bouleversé par ces célébrations, mais on peut noter que les Chrétiens d’Israël ont droit à une journée de congé à l’occasion du 25 décembre. Autre initiative : celle de la mairie de Jérusalem, associée avec le KKL-Fonds national juif, qui a, cette année encore, distribué 1 200 sapins aux dignitaires religieux, diplomates et autres bureaux de presse internationale. « Un symbole pour la ville de Jérusalem qui est le berceau des trois religions monothéistes », a ainsi annoncé le porte-parole de la mairie de Jérusalem, Guideon Schmerling.

Un arbre de Noël a également été dressé à l’entrée de la Vieille Ville. Il n’est pas vraiment en odeur de sainteté. Il a provoqué l’ire des groupes juifs ultra-orthodoxes qui ont vécu ce geste comme une exhortation. La mairie s’est défendue en avançant sa volonté de respect envers la population chrétienne de Jérusalem. Mais le sapin a finalement été retiré.

Enfin, les autorités israéliennes ont également instauré des navettes gratuites entre Jérusalem et Bethléem les 24 et 25 décembre.

Une communauté importante 

En cette fin d’année 2012, les Chrétiens établis en Israël représentent une communauté forte de 158 000 personnes, soit 2 % de la population totale du pays. Ils sont en majorité arabes (80,6 %), tandis que les autres (19,4 %) sont des conjoints d’immigrants juifs, originaires notamment d’Europe de l’Est ou d’Éthiopie, ainsi que leurs enfants.

Fin 2011, la plus grande communauté chrétienne d’Israël se trouvait à Nazareth (22 400 Chrétiens), suivie de Haïfa (14 400 Chrétiens), Jérusalem (11 700 Chrétiens) et Shefaram (9 400 Chrétiens).

Dans les boutiques russes du pays, les enquêtes indiquent aussi un boom dans la consommation d’alcool et d’alimentation à l’approche de Noël. Et elles ne sont pas les seules : d’autres sociétés israéliennes adaptent leurs prix et leurs offres en conséquence, comme les restaurants par exemple, qui proposent des menus spéciaux, pour la Saint- Sylvestre, mais aussi pour le réveillon du 24 décembre.

Bien évidemment, les Israéliens n’en sont pas à célébrer Noël, mais le 25 décembre est une date de plus en plus prise en compte chez les commerçants. Une récupération purement commerciale, comme c’est bien souvent le cas en Occident.

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