Jouer l’histoire

Avec La rafle du Vel d’Hiv, Marc Chaouat réussit d’enseigner aux jeunes et d’émouvoir les anciens.

By VALÉRIE SPIRA
June 4, 2013 13:38
4 minute read.
Les trois actrices: Christiane Marczewska, Nadia Ruck et Hannah Chaouat.

P21 JFR 370. (photo credit: DR)


La semaine dernière, La rafle du Vel d’Hiv était jouée à Jérusalem, au centre culturel Harmony de la rue Hillel. Une centaine de personnes étaient venues voir la pièce. Un public honorable pour une représentation programmée un jeudi à 16 heures.

Comme c’est bien souvent le cas lors des événements francophones hiérosolomytains, l’assemblée affichait un certain âge, et comptait relativement peu de jeunes. Mais en cette période d’examens de fin d’année et de préparation au baccalauréat, quelques grands-parents avaient tout de même réussi à se faire accompagner par un de leurs petitsenfants.

Une belle façon pour cette jeune génération d’apprendre ce qui s’est passé en cette sombre période d’une histoire qu’il est important de transmettre.

Bien sûr, impossible de tout raconter en une heure, mais le metteur en scène Marc Chaouat a proposé là une façon originale d’apprendre. 2012 était l’année de la rafle, incontestablement. Marquée par la sortie de différents films consacrés à ce terrible sujet. Comme La Rafle, avec Gad Elmaleh, vu par de nombreux jeunes grâce à son acteur.

Mais aussi Elle s’appelait Sarah tiré du livre de Tatiana de Rosnay. Pour autant, parler du sujet via une pièce de théâtre, reste assez nouveau et original.

Le mérite en revient donc à Marc Chaouat, metteur en scène originaire de Montpellier.

Là-bas, il dirige le théâtre Lakanal, et fait de sa passion – le théâtre – son métier. Après plus de 15 ans passés dans le sud de la France, il fait le choix de venir vivre en Israël.

Et embarque pour une aliya en famille.

L’an dernier, sa première pièce de théâtre Dreyfus, l’amour pour résister avait connu un beau succès d’estime à travers plusieurs villes du pays qui avaient accepté d’accueillir la représentation. La communauté francophone était bien sûr au rendez-vous. Parmi les spectateurs, Margalit Getraide, bien connue des Français de Jérusalem. S’ensuit une rencontre coup de coeur. Et tout va alors très vite. L’idée de faire venir en Israël, la pièce La rafle du Vel d’Hiv, déjà présentée en France, à Montpellier, pour les cérémonies du souvenir, va prendre jour. L’idée sera de créer un événement en mémoire de Gilbert Getraide, l’époux de Margalit décédé l’année dernière, renversé par un autobus Egged, quelques jours à peine avant d’aller témoigner en France pour les 70 ans de la rafle du Vel d’Hiv. Une façon de rendre hommage à tous ces déportés.

Les questions d’une lycéenne 

Sur scène : deux vrai comédiennes. Nadia Ruck, une Franco-Israélienne qui n’était pas remontée sur les planches depuis des années, mais n’a rien perdu de son talent, interprète avec brio le rôle de l’historienne. Pour lui donner la réplique, Christiane Marczewska, venue spécialement de France, redonne vie, tout au long de cette pièce, aux témoignages d’enfants cachés. Elle incarne avec une véritable émotion tous ces enfants qu’elle porte en elle. C’est elle qui a choisi les textes.

A leurs côtés, une comédienne en herbe, Hannah Chaouat. Jeune lycéenne qui pose les bonnes questions tout au long de ces témoignages.

Car la pièce présente le déroulement de la rafle du Vel d’Hiv à partir des textes de la Grande histoire des Français sous l’occupation d’Henri Amouroux, grâce au questionnement d’une collégienne. Elle est ponctuée par des récits de Paroles d’Etoiles, témoignages d’enfants cachés. En point final, la chanson de Jean Ferrat, Nuit et Brouillard, aux paroles si éloquentes : Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés… Résultat d’une mise en scène toute en émotion : des spectateurs qui s’essuient les yeux. Avec le tomber de rideau se libère la tristesse contenue tout au long de la pièce.

La meilleure critique qui soit. Quoi de plus beau, de plus bouleversant que ces hommes et ces femmes, dont certains, beaucoup peut-être, ont vécu cette période, la ressentir de nouveau au plus profond d’eux-mêmes.

Marc Chaouat aimerait aujourd’hui diffuser cette pièce dans les écoles et collèges. Mais, une fois encore, l’argent reste le nerf de la guerre : il ne sera pas aisé de trouver des sources de financement. Pourtant, l’enjeu est de taille. Si on en croit Hannah Chaouat, jeune héroïne, elle a déclaré avoir beaucoup appris grâce à cette pièce. Désormais, elle veut approfondir ses connaissances, se renseigner sur le sujet. Une belle leçon à tirer : les jeunes ont besoin de témoignages.

Malheureusement avec le temps, ils sont de plus en plus rares.

Le metteur en scène a déjà en tête d’autres projets. Comme la représentation de Venise sous la glace, une pièce qu’il a mise en scène et a connu un beau succès en France. Les critiques sont unanimes.

C’est grâce à ce genre d’initiatives que pourra se développer la francophonie en Israël. A suivre, donc…


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