L’InterFaith Tour

Le tour du monde de cinq garçons pour une coexistence des religions passe par une étape incontournable : Jérusalem

By HELOISE FAYET
December 9, 2014 14:32
4 minute read.
cinq jeunes gens : un catholique, un juif, un musulman, un athée et un agnostique

cinq jeunes gens : un catholique, un juif, un musulman, un athée et un agnostique. (photo credit: INTERFAITH TOUR)

 
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«Désolé, je n’ai pas beaucoup de temps », s’excuse Samuel Grzybowski au début de l’interview, en ce lundi 1er décembre. Avec son ami et camarade Ilan Scialom, ils viennent de terminer une intervention au consulat de France à Jérusalem. La veille, avec Ismaël Medjdoub, troisième membre de la délégation, mais absent lors de l’interview, ils étaient à la maison d’Abraham, à Jérusalem-Est, sur invitation du Secours catholique : « la maison fête ses cinquante ans et accueille des pèlerins pauvres de toutes les religions », précise Samuel. Reste encore à revoir d’anciens amis à Bethléem, puis à visiter l’hôpital Hadassah d’Ein Kerem…

Si Samuel et Ilan sont si occupés, c’est parce qu’ils sont membres de l’InterFaith Tour, le « tour du monde des initiatives interreligieuses ». Cinq jeunes gens – un catholique, un juif, un musulman, un athée et un agnostique – partis de France en juillet 2013 et revenus en juin 2014, profondément motivés par un désir d’écouter, de voir sur le terrain les possibilités de dialogue interreligieux, afin d’appliquer ensuite ces solutions en France, « travailler avec le savoir et l’expérience de l’InterFaith Tour sur les questions de laïcité », précise Ilan.

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Coexister, la clef du vivre-ensemble

En effet, avant l’InterFaith Tour, il y a l’association Coexister, fondée en 2009 par un Samuel précoce, âgé seulement de 16 ans. « Chrétien catholique », ce fils de journaliste à La Vie voit les dégâts causés par l’importation du conflit israélo-palestinien en France et la dégradation des relations entre les communautés religieuses : selon lui, les jeunes sont la solution. Très vite rejointe par des dizaines de membres, l’association compte désormais des centres régionaux dans de nombreuses villes ainsi que des antennes sur les campus, notamment à Sciences Po et à la Sorbonne. « Les intellectuels de Coexister ! », plaisante Samuel : il est vrai que les associations sur les campus se distinguent généralement par l’organisation de conférences sur la laïcité dans les médias ou la position des religions vis-à-vis de l’homosexualité.

Malgré quelques polémiques intrinsèques à toute association traitant de l’interreligieux – notamment le refus des Restos du Cœur d’accepter l’aide d’une jeune membre de Coexister portant le voile – le leitmotiv de l’association reste « Diversité dans la foi, unité dans l’action ». Et c’est là qu’intervient l’InterFaith Tour : en parcourant les cinq continents pendant un an, les cinq garçons, qualifiés de « boys band de la foi » par la journaliste Ruth Elkrief, ont adopté une « position d’écoutant », récolté des témoignages et affiné leurs perspectives sur les enjeux actuels de l’interreligieux.

L’InterFaith Tour en Israël

Avec 27 initiatives étudiées, dont une quinzaine rien qu’à Jérusalem, Israël est bien sûr le haut lieu de la coexistence et du dialogue interreligieux, une étape incontournable pour l’InterFaith Tour, qui a consacré un mois à la ville trois fois sainte. « Avec les Etats-Unis, c’est le pays où nous avons passé le plus de temps », explique Samuel. « C’est un pays inépuisable ! »
Très bien accueillis par les différents acteurs des initiatives interreligieuses, « ravis de savoir qu’il y a un souci de faire connaître en France les initiatives israéliennes » selon Samuel, les cinq garçons ont particulièrement apprécié la démarche d’Interfaith Encounter Association, une association basée à Jérusalem qui promeut le dialogue entre toutes les communautés présentes en Israël et en Judée-Samarie : des Palestiniens interrogent des officiers de Tsahal, des habitants des implantations rencontrent des Arabes israéliens. « C’est une sorte de Coexister en Israël ! » remarque Samuel. Puis, plus grave, faisant référence aux attentats qui ont secoué le pays ces dernières semaines, il note l’importance de ces associations dans la lutte contre le terrorisme : « comprendre, écouter et respecter le narratif de l’autre » est une réelle protection dans une zone du monde où la propagande fait rage.
Ilan fait aussi remarquer les actions du Centre Peres pour la Paix de Tel-Aviv dont le but est de « bâtir une infrastructure de paix et de réconciliation par et pour les habitants du Moyen-Orient », à travers des initiatives artistiques ou sportives. Toutes ces associations souffrent de solitude, « elles méritent plus », ajoute Samuel. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de l’InterFaith Tour : mettre en contact les missions rencontrées à travers le monde, pour qu’elles « s’autoalimentent ».



La religion comme solution

Il y aurait donc de l’espoir pour éviter la « guerre de religions » que beaucoup de médias et politiques français semblent promettre à Israël ? Bien que l’InterFaith Tour se refuse à toute analyse rapide, qui ne serait « pas humble », pour Ilan, le géopoliticien, « ce n’est pas une guerre de religions » et il met en garde contre la recherche du titre choc : « les mots peuvent faire mal ; les mots peuvent tuer ». « On est clairement dans une instrumentalisation politique de la religion » dans une perspective séparatiste et cloisonnante, continue Ilan, « ce qui va totalement à l’encontre de l’idée première, étymologique de la religion : relier ». Et les trois religions présentes à Jérusalem sont « parfaitement capables de s’entendre sur certains points, pour rejeter la Gay Pride par exemple », ajoute-t-il, amer.
Samuel se montre plus optimiste quant aux capacités des associations rencontrées à recréer du lien, du tissu social dans un pays éclaté : en désaccord avec les vues pessimistes des Américains ou des Européens, « la religion n’est pas le problème, mais peut-être la solution », explique-t-il.
Quant aux difficultés rencontrées au sein même de l’InterFaith Tour, les garçons les reconnaissent avec franchise – le désaccord étant un des carburants du dialogue interreligieux. Même si, en réalité, « les conflits du quotidien étaient très pragmatiques », explique Ilan : « nous nous battions plus souvent pour la douche qu’au sujet de la reconnaissance d’un Etat palestinien ! » Pour ce juif pratiquant et tous les membres de Coexister, « la question n’est pas de savoir si on peut vivre ensemble, mais de savoir ce qu’on peut faire ensemble ».
Un deuxième tour du monde est d’ailleurs au programme pour récolter de nouvelles idées pour le vivre-ensemble : départ le 1er juillet 2015 pour ce nouveau groupe, qui passera bien sûr à Jérusalem.

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