L’OSE, 100 ans d’Histoire

Le centenaire de l’OSE a été marqué toute l’année 2012 par une série de manifestations, expositions, colloques, théâtre, projections et concerts.

By PAULA HADDAD
December 11, 2012 13:37
OSE

121212JFR24. (photo credit: DR)

 
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A l’occasion de cet anniversaire, Sabine Zeitoun réédite son ouvrage publié en 1990, dans une édition corrigée et augmentée.

Si la première version donnait une place centrale à l’OSE sous l’Occupation et son rôle dans le sauvetage de l’enfance juive, ici, le livre consacre une grande part à l’institution, depuis ses origines jusqu’à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

L’historienne a eu accès à de nouveaux documents, archives et témoignages, inexploités lors de sa thèse qui avait servi de source à la première version du livre, surtout pour la période des années 1912-1933.

Née en 1912 en Russie tsariste, dans un pays où l’antisémitisme était institutionnalisé dès les lois de 1881, l’OEuvre de Secours aux enfants (OSE) a été dès le départ façonnée par une culture de l’action médico-sociale initiée par ses fondateurs, tous issus de l’intelligentsia juive, explique Sabine Zeitoun.

Le livre montre notamment l’importante activité caritative développée par l’OSE au profit des réfugiés juifs qui fuient les zones de combat durant la Première Guerre mondiale.

Parmi les figures fondatrices de l’OSE, citons Andrée Salomon et le Dr Joseph Weill, qui avait compris dès la fin de 1941, avant le début des déportations, la nécessité de fermer les centres médico-sociaux et les maisons d’enfants.

L’auteure, qui a également été directrice du Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation à Lyon, de 1990 à 2001, a eu l’opportunité de recueillir la voix des piliers de l’OSE, avant leur décès.

En tant que spécialiste de la Résistance juive, Sabine Zeitoun revient également sur la période de l’Occupation en France, dans la troisième partie du livre. Un vaste sujet traité avec la plus grande exhaustivité et où l’on fait à nouveau la lumière sur la question controversée de l’UGIF.

A partir de décembre 1941, l’OSE et toutes les autres organisations juives doivent s’intégrer à l’Union générale des Israélites de France, structure coercitive, créée par le gouvernement de Vichy et placée sous la tutelle du Commissariat général aux questions juives. Plusieurs publications plus ou moins virulentes ont vu le jour sur cet organisme à qui l’on reproche une certaine responsabilité dans la déportation des Juifs de France. Sabine Zeitoun cite ainsi différents points de vue d’historiens, dont celui de Pierre-Vidal Naquet, qui parle de l’UGIF comme « d’une vaste zone grise, d’où se détachent un petit nombre de traîtres, mais aussi quelques héros ».

L’ouvrage rappelle bien sûr l’action de l’OSE dans l’organisation du sauvetage d’enfants, par des circuits de Résistance, dont le fameux réseau clandestin, dit « circuit Garel ». Enfin, la préface d’un livre n’est pas toujours éclairante, mais celle de Serge Klarsfeld l’est à double titre. Il est bien sûr celui qui a créé l’association « Les Fils et Filles des Déportés juifs de France », mais aussi l’enfant qui, à 5 ans, a vécu dans une maison de l’OSE.

En 1941, durant six mois, il a habité au Masgelier dans la Creuse, avant même la mise en oeuvre de la Solution finale. Il écrit : « La plupart des enfants que j’y ai côtoyés sont aujourd’hui vivants et le doivent à la vaillance et à l’ingéniosité de l’OSE ».

Ce livre de plus de 400 pages peut sembler ardu, mais il est accessible et s’avère un outil majeur pour comprendre la place de l’OSE dans l’histoire du XXe siècle. u Sabine Zeitoun, Histoire de l’OSE, De la Russie tsariste à l’Occupation en France (1912-1944), L’OEuvre de Secours aux Enfants du légalisme à la résistance, ed. L’Harmattan.


Un voyage vers la lumière 

Amandine Saffar

« Pour plus de lumière », est un « cadeau » du rabbin Jonathan Sandler, un cadeau venu de loin, qui semble traverser les temps et faire fi de ce 21e siècle violent.

Le défunt rabbin, enterré à Jérusalem avec ses deux fils, Arieh, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, après leur assassinat sanglant par Mohamed Mérah à Toulouse à la rentrée des classes de 2011, commentait chaque semaine la parasha pour le journal Kountrass. En son hommage, les éditions Kountrass ont décidé de compiler et publier ses écrits sur les portions de la Torah hebdomadaires, ainsi que ses commentaires sur les résumés des fêtes.

Un ouvrage qui ne se consulte pas sans émotion. Le rav Sandler fonctionnait selon un choix analytique : citer un verset puis l’interpréter, à la lumière des textes sacrés, des commentateurs, dont Rachi principalement, et de son propre génie.

Dans un style concis et sobre, le recueil met en lumière les coutumes du judaïsme au miroir de la modernité. Au sujet de la fête de Hanouka, le Rav interroge d’abord l’histoire talmudique : pourquoi la Michna ne porte-t-elle pas davantage d’attention à la fête des lumières ? En effet, elle semble, selon ses mots « évoquée en passant » et ne possède pas son propre traité. A cela il répond : « Le Talmud (Yoma 29) enseigne : De même que l’aube met fin à l’obscurité de la nuit, Esther clôture la période des miracles. Mais qu’en est-il du miracle de Hanouka ? » demande le Talmud. Et de nous livrer une mystérieuse réponse : « Il est fait mention uniquement de miracles qui peuvent être retranscrits par écrit ».

Hanouka, selon la conclusion du Rav, est un évènement que l’on relaye à l’oral. Le « miracle » de Hanouka, la fiole d’huile, n’est là que pour rappeler que chaque seconde de vie est un miracle caché personnel ou collectif, et qu’« après une période de désolation, nous devons raviver notre rapport au divin. Non pas nous contenter d’une application mécanique des mitsvot, mais vivre pleinement leur sens, car ces dernières doivent nous servir de tremplin pour nous rapprocher de Dieu, et ainsi consolider l’alliance ».

Troublant, ce message de vie, face à l’adversité. La parasha de la semaine, relative à Hanouka, est « Vayeshev ». On peut aussi citer ici le choix de verset du rabbin Sandler à ce sujet : « Reouven leur dit donc : ‘Ne versez point le sang ! Jetez-le dans cette citerne qui est dans le désert, mais ne portez point la main sur lui’. C’était pour le sauver de leurs mains et le ramener à son père » (Genèse 37, 22). Puis de commenter la citation de ses mots : « L’homme, en tant que créature disposant du libre-arbitre, peut provoquer la mort de quelqu’un à l’encontre de sa destinée »… Beaucoup de témoignages de ses proches, ainsi que des grandes figures du rabbinat français, dont le Rav Monsonego qui a aussi perdu sa fille Myriam dans le massacre de Toulouse, précèdent le recueil des sidras. Parmi eux, se découvre, non sans saisissement, celui de son père, Samuel.

Jonathan Snadler est né en France, mais a étudié à la yeshiva Beit Halevy de Jérusalem où il avait choisi de s’installer et de fonder une famille, avant de partir à Toulouse, comme émissaire. Aussi son père écrit-il à propos de son petit-fils : « Je n’entendrai jamais Gabriel entonner les 4 questions de la Haggada, Ma Nishtana. Je ne connaîtrai jamais sa prononciation du Kamatz, suivant l’ancestrale tradition de la famille ou à l’israélienne, Gabriel, premier des Sandler, né à Jérusalem après 2 000 ans d’exil. L’arme de l’assassin a tu sa voix pour l’éternité ».

L’ouvrage est porteur d’une histoire, bien au delà de celle de la Bible. Il rend hommage à la profondeur du Rav Sandler, et à la foi inébranlable qui l’habitait, lui et les siens, et qu’il s’employait à transmettre avec un amour véritable de la Torah et de ses commandements. Mais c’est aussi un appel à la vie, au courage, à la force de continuer, quelle que soit l’adversité. Le titre, Pour plus de Lumière, choisi par sa femme Eva, sied à merveille en cette veille de Hanouka. u Pour plus de Lumière, du Rav Jonathan Sandler, aux éditions Kountrass.

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