La guerre d’Octobre, selon Gitaï

C’est le grand film de la guerre de Kippour : par un fait étrange, un des seuls existant sur ce combat-là et qui soit entré dans l’histoire.

By HÉLÈNE SCHOUMANN
October 8, 2013 17:51
2 minute read.
Scene du film d'Amos Gitai

P21 JFR 370. (photo credit: DR)

 
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La guerre de Kippour va changer le destin du jeune Amos Weinraub. Celui qui n’est pas encore Amos Gitaï est alors étudiant en architecture, comme son père, le grand Munio, héritier du Bauhaus, à l’allure si Mitteleuropa. Gitaï lui a d’ailleurs consacré un film magnIfique, sorti en 2012 : A lullaby to my father.

Mais avant ce parcours mythique qui fait de lui un cinéaste à part entière, contesté dans son pays, mais adulé dans le monde entier, Gitaï, tout comme des milliers de jeunes israéliens est mobilisé le 6 octobre 1973. Il a 23 ans. Touché de plein fouet par les violents combats, Amos va perdre toute son escadrille dans cette guerre, ses copains, ses illusions et son nom.

Renonçant à sa carrière d’architecte, il troque Weinraub, trop diasporique, contre Gitaï, nom de sa mère, bien ancré dans la réalité sioniste, puisque celle-ci vient d’une famille établie en Palestine depuis très longtemps.

Ce traumatisme de la guerre surprise à jamais gravé en lui, il décide de devenir cinéaste pour raconter. Il dévide alors le fil de sa mémoire, de film en film, mais tourne autour sans y parvenir. Il visionne des documentaires ardus. Dans sa tête, les images s’amoncellent, les thématiques s’enchaînent comme des milliers de ronces qui entourent le château de la belle au bois dormant. Mais le prince a du mal à se frayer un passage.

La naissance du cinéaste


Pourtant, à l’aube de ses cinquante ans, en l’an 2000, il combat le dragon et réalise enfin ce qui sera sans doute son plus bel opus, entièrement biographique, Kippour, qui pourrait porter en sous-titre « La danse de mort »… Il filme ces sept soldats, comme un chiffre symbolique, qui ne rentreront jamais dans l’âge adulte. Militaires qui s’enfoncent dans la boue accompagnés par les pales cinglantes de leur hélicoptère qui rythment leurs pas et le film comme une danse macabre. Une apothéose métaphorique d’une violente et dansante agonie que Gitaï capte dans le brasier ardent de son colérique regard. Le cinéaste livre avec force ces images au goût amer sur ces combats. Et ces guerriers valeureux dont les jambes s’enfoncent dans le bourbier sont à l’image de cette guerre de Kippour qui fut un échec politique. C’est aussi de cette vérité qu’il est question dans le film d’Amos Gitaï.

Perdus dans ce chaos, le personnage qui porte son nom, incarné par son double à l’écran Liron Levo, va sur le Golan avec son ami, à la recherche d’Egoz, leur unité spéciale qu’ils ne trouveront jamais… Quête de l’impossible, film initiatique, il n’est pas étonnant que ce long-métrage à couper le souffle soit le seul et unique qui ait passé les feux de la rampe sur cette guerre.

Car c’est aussi là, au tournant de ces années sombres, dans cette guerre, que va mourir avec ses compagnons Amos Weinraub, sage étudiant inspiré par l’ombre gigantesque de son père, et que va naître dans la lumière Amos Gitaï.


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